site peplums

plus grands peplums

LES PLUS GRANDS PEPLVMS EN DVD

 
Mise à jour 19 avril 2009
Les Editions FABBRI ont arrêté leur Collection "LES PLUS GRANDS PEPLUMS". Les derniers exemplaires restant en stock ont été transférés à l'ASSOCIATION PEPLUM (FESTIVAL DU FILM PEPLUM D'ARLES). Vous pouvez les commander à l'adresse suivante : assoc.peplum@cegetel.net
 

28. Samson contre Hercule (Gianfranco Parolini, 1961. Avec Brad Harris, Alan Steel, Walter Reeves, Brigitte Corey, Serge Gainsbourg) (en kiosque en France : 25 août 2005)

Samson rend visite à la ville de Sullan, dont la reine Mila est son amie. Le rebelle Hercule lui dispute la possession d'un sanglier, dont Samson comptait faire son souper. Surviennent alors les gardes de l'usurpatrice Romhilde, qui l'arrêtent sans autres formes de procès. Comme ami de l'ancienne reine, Samson ne peut être que son ennemi. Aussi, son fourbe et odieux conseiller Warkalla lui ayant conseillé de le faire périr, le héros est-il placé dans une machine de torture qui doit l'écraser.
Néanmoins, avec l'aide d'Hercule et du peuple révolté, Samson renversera le régime tyrannique et restituera son trône à Mila.

Rien de très mythologique dans ce film - au demeurant bande d'aventures fort bien troussée - tourné en même temps qu'Hercule se déchaîne. La ville de Sullan (ou Solum) est imaginaire, et il est un peu vain de vouloir la rattacher à certaine Salum, au sud de l'Egypte, une oasis à la frontière de la Lybie, ainsi qu'au combat du ravisseur des Pommes d'Or des Hespérides contre le tyran égyptien Busiris. Difficile, onomastiquement, de rattacher Busiris à Warkalla (Serge Gainsbourg); et du reste, si Hercule affronta bien en terre africaine le géant Antée, le rapport avec Samson (véritable héros du film) est tout simplement impensable.

samsom vs hercule

 

Il est clair par ailleurs que le décor gréco-romain du film ne fait pas référence à l'Egypte, même si l'on a pu une fois apercevoir une statue pharaonique égarée-là par hasard, et même si le titre allemand, Herkules im Netz der Cleopatra a pu faire allusion à une grande reine de ce pays. Pourtant, il n'est pas totalement invraisemblable d'imaginer une rencontre entre le fils de Zeus et le Juge de Dan, ennemi des Philistins, comme du reste le fera Pietro Francisci dans Hercule, Samson et Ulysse. Les Philistins ne passaient-ils pas pour être originaires de la mer Egée - plus précisément de Caphtor, la Crète ?

Si l'identification du muscle-man de service avec le biblique Samson semble incontestable au moins dans les intentions des scénaristes - le titre original est bien Sansone (voir notre commentaire à Hercule se déchaîne) - celle de son antagoniste «Hercule» est spécieuse. A commencer par le nom de l'acteur «Walter Reeves» que nombre de fiches techniques distinguent d'un autre acteur jouant dans le film : Sergio Ciani. Ancienne doublure de Steve Reeves, Sergio Ciani deviendra une star du muscle opera sous le pseudonyme d'Alan Steel; Walter Reeves fut son premier pseudo, qu'il n'utilisa qu'à cette seule occasion. Or donc, dans les fiches schizophrènes, «Walter Reeves» est Hercule et Sergio Ciani «Macigno». Et la situation se complique avec les sources anglo-saxonnes qui le désignent comme Hermès ou «Millstone», c'est-à-dire «pierre à meule», libre traduction de l'italien «Macigno», «roc», «rocher», «pierre». C'est de «macigno» que les Italiens tirent d'ordinaire le nom de Maciste (même si, de toute évidence, G. D'Annunzio, homme cultivé, songeait au superlatif grec de megas). Il faut donc bien s'y résoudre : il n'y a pas d'Hercule dans ce film, juste un faire-valoir de Samson-Brad Harris, la vedette du film de Parolini.
Mais juste une question, en passant : depuis quand la chair du sanglier est-elle
casher ? Sans doute est-il vrai que Samson fut un grand pécheur, lui qui aima une femme philistine !

 

27. Deux Nuits avec Cléopâtre (Mario Mattoli, 1953. Avec Sophia Loren, Ettore Manni, Alberto Sordi) (en kiosque en France : 11 août 2005)

Alexandrie, 31 av. n.E. La belle reine d'Egypte, Cléopâtre, s'ennuie dans son palais tandis que l'amour de sa vie - Marc Antoine - combat au loin. Elle occupe ses nuits en attirant dans son lit les hommes de sa garde personnelle, qu'elle fait ensuite mettre à mort. Il ne ferait pas bon, en effet, que l'indiscrétion de ces coqs en rut ne flétrissent sa réputation !
Un jour, Marc Antoine requiert la présence sur le front de son amante... et alliée militaire. Par souci de discrétion, elle se fait remplacer sur le trône par une sosie, Nisca, une jeune femme dégotée dans une taverne par son Grand Eunuque Tortul. Or, cette nuit-là, c'est Cesarino, un officier provincial fraîchement promu, qui est de faction devant la porte de sa chambre - un honneur que ne lui envient nullement ses collègues qui tiennent à leur peau... Ignorante des manies de sa reine, la pauvre remplaçante laisse repartir à l'aube son empressé admirateur, Cesarino ! Faut-il que ce Cesarino soit un sur-mâle pour survivre à ce congrès avec l'insatiable reine ?

Encore obscure débutante, Sophia Loren dans le double rôle de Cléopâtre et de Nisca, son sosie. Et Ettore Manni (qui allait faire carrière dans le rôle de l'éternel centurion romain) en Marc Antoine. Le comique Alberto Sordi campe Cesarino, et le traître attitré des films de cape et d'épée, Paul Müller, dans le réjouissant rôle de Tortul ! D'un point de vue historique, il y a peu de choses à dire sur cette comédie à l'italienne conduite par un spécialiste du genre, Mario Mattoli (dans le domaine du péplum, on lui sera encore redevable d'un succulent Les Deux Corniauds contre Hercule / Maciste contro Ercole nella Valle dei Guai, avec Franco Franchi et Ciccio Ingrassia : «Maciste contre Hercule dans la Vallée des Larmes», tout un programme !), si ce n'est que, des Elégies de Properce («cette prostituée offerte à ses esclaves, qui réclama, pour prix de son obscène mariage...», III, 30-32) au Pseudo-Aurélius Victor («... si débauchée qu'elle s'afficha souvent et si belle que beaucoup payèrent de leur vie une nuit avec elle»), le film de Mattoli illustre superbement la propagande augustéenne, qui pointait du doigt «le Serpent du Nil», la prostituée égyptienne qui tourna la tête au digne Marc Antoine (Ah bon ?).

2 nuits avec cleo
La même année, l'Américain William Castle nous avait gratifié d'une Cléopâtre interprétée par Rhonda Fleming se consolant avec un certain Lucillius (William Lundigan), officier d'Antoine (Raymond Burr), en l'absence de celui-ci (Le Serpent du Nil, 1953). Six ans plus tard, Cottafavi en reprendrait l'idée en nous montrant Linda Cristal/Cléopâtre s'échappant de son palais le soir et dansant dans les bouges, d'Alexandrie sous le pseudonyme de Bérénice. Marc Antoine y était incarné par Georges Marchal mais, glissant d'une case, Ettore Manni demeurait son soupirant transi, sous les frusques du gladiateur Lucillius-Curridio (Les légions de Cléopâtre, 1959).
Toutefois, Lucillius/Lundigan était un incorruptible républicain, un fidèle de Brutus auquel il avait survécu à la bataille de Philippes, avant de devenir le prisonnier, puis l'ami d'Antoine; et il ne cédait point à la séduction du «Serpent du Nil». Quand à Lucillius-Curridio-Ettore Manni - ami d'Antoine certes, mais surtout... émissaire d'Octave -, il était, si c'est possible, moins docile encore que son homonyme américain !

La reine dévoreuse d'hommes, la mante-religieuse est une constante du péplum, depuis la reine de l'Atlantide Antinéa, dans des différentes versions cinématographiques du roman de Pierre Benoit, et jusqu'à la Messaline cottafavienne, sans oublier Omphale, la Reine de Lydie, dominatrice d'Hercule. Mais l'expression la plus achevée du personnage appartiendra paradoxalement à notre «prude» Moyen Age en l'espèce de Marguerite de Bourgogne. Son époux Louis X le Hutin étant parti à la guerre, la reine Marguerite et ses deux sœurs, Blanche et Jeanne - toutes trois belles-filles de Philippe le Bel - se livraient à tous les excès de la débauche dans la «Tour de Nesle», sise face au Louvre, de l'autre côté de la Seine, assassinant ensuite leurs amants devenus témoins gênants. Alexandre Dumas père et Frédéric Gaillardet en tirèrent un drame en cinq actes et en prose (La Tour de Nesle, 1832) et plus tard Michel Zévaco (Buridan, le héros de la Tour de Nesle, 1926). Le sujet fut porté à l'écran une demi-douzaine de fois (*)

Pour en revenir aux prouesses érotiques prêtées à Cléopâtre, nous n'insisterons pas sur les softcore (The Notorious Cleopatra, A.P. Stootsberry, 1970) avec Sonora et Les Nuits chaudes de Cléopâtre (Cesar Tod [un nom pareil ne s'invente pas !], 1984) avec Marcella Petrelli, ou hardcore (The Love Nights of Anthony and Cleopatra, Joe D'Amato, 1996) avec Olivia del Rio. Mais nous aimerions signaler deux courts textes : Théophile Gautier, Une nuit de Cléopâtre (1838) - pendant que les légions d'Octave débarquent en Egypte, Antoine et Cléopâtre, de croisières en banquets, filent le parfait amour -, et aussi un certain chapitre de l'Aphrodite. Mœurs antiques (1898) de Pierre Louÿs, où l'on voit extrêmement précoce la petite Cléo - moins de dix ans - s'immiscer dans les affaires privées de sa sœur aînée, la reine Bérénice.

(*) La Tour de Nesle (Albert Capellani, 1912), avec Henry Krauss et René Alexandre; Buridan, le héros de la Tour de Nesle (Pierre Marodon, 1923 - d'après M. Zévaco), avec Hector Bragny et Harry Flemming; La Tour de Nesle (Gaston Roudès, 1937), avec Tania Fédor et Jean Weber; Buridan, le héros de la Tour de Nesle (Emile Couzinet, 1951 - d'après M. Zévaco), avec Georges Rollin, Jacques Torrens et, dans le rôle de Marguerite, Clarisse Deudon; La Tour de Nesle (La Torre del Placere) (Abel Gance - FR-IT, 1955 - d'après A. Dumas), avec Pierre Brasseur et Sylvana Pampanini; et enfin Der Turm der Verbotenen Liebe (Franz Antel, 1968 - d'après A. Dumas), avec Jean Piat et Teri Tordai. On en trouvera une version plus historique dans le tome I du cycle de Maurice Druon, Les Rois Maudits (1955) : «Le Roi de Fer» (cf. DVD Les Rois Maudits (1972), de Claude Barma).

 

26. Jules César, conquérant de la Gaule (Amerigo Anton [= Tanio Boccia], 1963. Avec Cameron Mitchell, Rik Battaglia, Nerio Bernardi, Dominique Wilms) (en kiosque en France : 28 juillet 2005)

En 54 av. n.E., le [pro]consul romain Jules César a déjà conquis la plupart des territoires du nord de la «Provincia» et s'apprête à tenter l'invasion de la Bretagne pour la seconde fois. Mais la Gaule, soumise depuis peu, est secouée à nouveau par un mouvement de rébellion. Son meneur, Vercingétorix, un ancien esclave gaulois affranchi, est parvenu à fédérer autour de qui de nombreux peuples prêts à en découdre avec Rome pour recouvrer leur liberté. C'est la ville fortifiée d'Alésia qui sera le théâtre de ce terrible affrontement...

En recopiant ci-dessus le résumé figurant au dos du DVD, je n'ai corrigé que l'essentiel, laissant délibérément la date de 54 av. n.E., car le film ne contient pas que le siège d'Alésia en 52 (hélas difficile à distinguer de la bataille de Gergovie - si la question vous branche, regardez plutôt le Jules César d'Uli Edel, de préférence en VO, car la VF a été scandaleusement raccourcie, précisément au détriment du siège d'Alésia) mais également celui de l'Atuatuca qui, lui, se déroula en octobre 54. Au cours de celui-ci, quinze cohortes romaines commandées par Sabinus et Cotta se firent massacrer par les Eburons d'Ambiorix (par Vercingétorix, dans le film). Evidemment, le spectateur belge aura bien du mal à reconnaître le paysage de Tongres, dans le Limbourg belge, car le film a été tourné - comme d'hab - en Yougoslavie; toutefois, depuis La bataille des Ardennes / Battle of the Bulge, filmée en Espagne, ledit spectateur en a l'habitude savez-vous ! Et puis d'ailleurs, on n'a toujours pas avec certitude identifié le site de l'Atuatuca (on a aussi avancé divers sites de la région liégeoise) !

jules cesar
Autrement plus croquignole est la reine des Belges, Astrid, accourue au secours de son fiancé Vercingétorix (*) ! C'est sans doute parce que Dominique «La môme Vert-de-Gris» Wilms est d'origine belge, qu'elle a été désignée comme telle dans certains synopsis, la VF ne se prononçant pas sur cette grave question. Pourtant, le Star Ciné-Vaillance fait d'Astrid la reine des Suèves... Comme quatre ans plus tôt Jules avait infligé une solide raclée à leur roi Arioviste, je ne vois pas très bien ce que ces derniers seraient venu faire à Alésia. Il est vrai que les Suèves germaniques - naguère invités par Celtill, vergobret des Arvernes, à «occuper» le territoire de ses ennemis les Eduens - les Suèves, donc, devaient bien avoir quelque part conservé de la sympathie pour le fils de leur ancien allié, Vercingétorix (si toutefois les Suèves - affreux et féroces barbares - eurent jamais de la sympathie pour qui que ce soit, bien entendu !). Rappelons tout de même que c'est l'invasion du territoire des Eduens, alliés de Rome, qui avait justifié l'entrée en Gaule de Jules César !

Mais bon, moi je préfère m'en tenir à la reine des Belges parce que ça flatte ma fibre patriotique.

Bref, je ne vais pas refaire ici la Guerre des Gaules (je tiens sous le coude un dossier Vercingétorix - oui, le «chef-d'œuvre avec Christophe Lambert» ! - qui contient tout ce que vous vouliez savoir sur ce sujet sans jamais avoir osé me le demander par e-mail !). Par rapport à L'esclave de Rome et Seul contre Rome (et aussi ici : CLICK) qui traitent de la Guerre des Gaules d'une manière plus fantaisiste, pour ne pas dire désinvolte, la version d'Amerigo Anton a le mérite de mettre en scène, très librement s'entend, des faits avérés. En dehors de l'inévitable beau centurion de service Claudius Valerius - «ils» s'appellent toujours ainsi, même dans les films de Marco Vicario ! -, les officiers de César, interprété par Cameron «Bonanza» Mitchell, sont tous authentiques : Marc Antoine (Bruno Tocci), Quintus Cicéron (Aldo Pini) et les pauvres Quintus Sabinus (Piero Palermini), le vaincu de l'Atuatuca, et Publius Crassus (Fedele Gentile), qui en 53 rejoignit en Orient l'armée de son père, le fameux Marcus Licinius Crassus, où ils se firent tous deux tuer à la désastreuse bataille de Carrhæ. Sans oublier le sénateur Caius Oppius (Cesare Fantoni), une créature de César.

Bien sûr, ce n'était pas évident de résumer en 105' trois années d'une guerre qui en dura huit, aussi les scénaristes durent-ils quelque peu aménager l'Histoire; ainsi César va se découvrir une fille adoptive, Publia ! Mais il y a de très bonnes choses : l'excellent passage où l'on voit César dicter simultanément ses mémoires et plusieurs lettres à autant de secrétaires; les intrigues du Sénat opposant Cicéron à Pompée; et les aller-retours, l'hiver, de César entre le front gaulois et Ravenne, siège de son proconsulat; la traversée des Cévennes enneigées avec, hum !, seulement dix hommes... Ah ! Cameron Mitchell, figure éminemment sympathique du péplum (Il Massacro della Foresta Nera, All'ombra delle Aquille, etc.); il prêta sa voix, paraît-il, au Christ dans la VO de La Tunique !
Le seul bémol du film, historiquement parlant, est la relation de César avec Vercingétorix. Celui-ci n'était nullement un esclave, mais le fils d'un notable de la République des Arvernes, nommé Celtill. Celtill était un vergobret, l'équivalent d'un consul à Rome, qui aspirait à la royauté. Mal lui en prit. Marchant sur ses pas, Vercingétorix avait d'abord été un allié de César, sans doute le commandant de la cavalerie arverne auxiliaire des Romains.
«J'ai combattu. J'ai gagné... mais je n'ai pas conquis l'âme des hommes, elle est aussi indomptable que les nuages dans le ciel», philosophe César en pardonnant au rebelle vaincu, qui repart libre. Happy End. Clio, la Muse de l'Histoire, se retourne sur sa couche ouatinée... là-haut dans l'Olympe !

(*) Princesse suédoise, Astrid (1905-1935) était devenue reine des Belges en épousant le roi Léopold III. Aurait-on confondu Sverige et Suevi ? Traduttore, traditore !

 

25. Maciste contre les hommes de pierre (Giacomo Gentilomo, 1964. Avec Alan Steel, Jany Clair, Hélène Chanel) / 84' [DVD inédit] (en kiosque en France : 14 juillet 2005)

Voici bien longtemps, par une nuit de pleine lune, une énorme boule de feu apparut dans le ciel et s'écrasa sur la terre, bouleversant les provinces de l'Etat de Samar. Alors, des êtres étranges apparurent dans la montagne, exigeant du roi de Samar un holocauste de jeunes filles et jeunes hommes.
Tous les trois mois, quand vient la nuit du sacrifice, les jeunes gens sont traînés par les Gardes du Palais devant l'entrée de la caverne, d'où jaillit une lumière aveuglante, tandis que surgissent d'étranges Hommes de Pierre. Ces créatures gardent le corps inanimé de leur Reine Sélène qui ne pourra revivre que lorsqu'une enfant royale lui ressemblant sera sacrifiée.

Maciste est appelé à l'aide par son vieil ami Gladius, père de la belle Agar. Pour satisfaire le génie de la montagne, Samara, la reine de Samar, a l'intention de lui livrer sa propre demi-sœur, Billis. Son sang pur devrait permettre le réveil de Sélène, la reine endormie. Aidé par Agar et Darix, cousin de la reine et fiancé de Billis, Maciste parviendra-t-il à la sauver à temps, confronté aux terribles gardiens de la montagne, les Hommes de Pierre ?

 

maciste c hommes pierre
Ne cherchez pas dans un atlas : vous ne trouverez pas de «Samar». Il y a bien une île de ce nom aux Philippines, connue des amateurs de films d'aventures depuis que George Montgomery lui consacra Samar, l'île des révoltés (1962), mais ça s'arrête-là. «Samar» est cependant un de ces noms magiques, qui font rêver... «Samarcande», porte de l'Orient, par exemple. Toutefois, nous orienterions notre exégèse plutôt vers la Bible, vers Samarie la païenne ! Samarie fut autrefois le royaume des Dix tribus d'Israël; déportées on ne sait où par le conquérant assyrien, elles furent remplacées par des colons venus du Pays d'entre les Deux Fleuves, adorateurs des cruelles divinités de l'Assyrie. Les Evangiles, en tout cas, nous présentent ces Samaritains comme des gens infréquentables. Agar, quant à elle, était le nom de l'esclave égyptienne d'Abraham, qui conçut pour lui Ismaël - dont descendent les Arabes -, avant que son épouse Sarah ne donne enfin à l'ancêtre des croyants, Isaac, l'aïeul des Hébreux. Mais à côté de ces noms accrochés-là par le scénariste (ç'aurait pu en être d'autres !), c'est surtout dans la mythologie kabbaliste que puisèrent les scénaristes : les «Hommes de Pierre» auxquels réfère le titre français (Maciste et les hommes de pierre), ces créatures sélénites ainsi que le rappelle le titre américain (Hercules against the Moon-Men), ont tout du golem, la créature minérale qu'au XVIe s. le rabbin Loew inventa pour protéger les Juifs du ghetto de Prague; si la créature d'argile n'était pas sévèrement surveillée, elle pouvait créer les pires catastrophes. Le golem n'eut qu'un succès limité à l'écran (adaptations du roman de Gustav Meyrinck en 1920 (Carl Boese & Paul Wegener) et 1936 (Julien Duvivier)) et en BD devint «la Chose» dans le comic's des «Four Invincibles». Au niveau du péplum italien, nous ne voyons guère que le Procuste d'Hercule contre les Vampires, cette créature stalagmitique installée aux portes de l'Hadès, qui distend ou raccourcit les membres des compagnons d'Hercule qu'elle a couchés sur un de ses lits. Et les présents Hommes de Pierre qu'affronte Maciste. D'aucuns ont vu dans Maciste contre les Hommes de Pierre une tentative par Giacomo Gentilomo de renouveler le succès de son fabuleux Maciste contre le Fantôme (1961), succès redevable pour beaucoup au talent d'assistants comme Sergio Corbucci, Alvaro Mancori, Duccio Tessari et Paolo Moffa. A l'époque de sa sortie, le film fut fort mal reçu, on reprocha à Gentilomo de s'être fait «aider» par son producteur Luigi Mondello, qui tourna nombre de scènes, mais Maciste contre les Hommes de Pierre (Maciste e la Regina di Samar) devait être redécouvert au début des années '80 grâce à son édition en vidéo.
Il y a un intéressant travail sur les couleurs comme ces rouges et verts «à la Bava» qui éclairent le colloque entre Samara et Rodopesh (*) et, d'une manière générale, nimbent les abords de la Montagne de la Mort où, dans un paysage lunaire battu par des vents furieux, peine la sinistre colonne des jeunes gens enchaînés promis au sacrifice et, plus tard, le peuple révolté. Là s'ouvre le sas du vaisseau spatial de roche brute, qui laisse percer une lumière aveuglante. L'intérieur de l'aérolithe baigne dans une ambiance en noir et blanc. Là, au pied d'une idole représentant une femme à tête d'hippopotame, au sommet de crâne de laquelle palpite un cerveau non-humain (**), a été déposé le sarcophage de plexiglas de la Reine Sélène qui attend l'enfant royale Billis. Lorsque la Lune se rapprochera de la Terre, son sang versé la tirera de son long sommeil. Alors un cataclysme bouleversera la Terre (images de tempête marine, en noir et blanc avec filtre vert, et plans de lave empruntés, comme d'habitude, à Haroun Tazieff, providence des auteurs de péplums) et les Hommes de Pierre pourront enfin assujettir à leur règne notre planète...

Les jeunes gens livrés en tribut à la voracité des habitants de la Montagne de la Mort,... le combat de Maciste contre un monstre velu aux incroyables défenses de sanglier dans le labyrinthe de souterrains sous le palais... On aura reconnu, d'une manière générale, la trame de Thésée et le Minotaure, combinée avec celle de la Belle-au-Bois-Dormant... un peu vampire. Après Les Vampires de Freda, Le masque du Démon de Bava et Le moulin des supplices de Ferroni, le thème devenait difficile à renouveler; mais l'ambiance particulièrement glauque de cette nouvelle mouture nous ménage d'agréables moments.

Voilà un péplum fort classique, avec ses ingrédients obligés : bagarre à un contre trente, machine de torture qui va empaler le héros, philtre censé le soumettre à la volonté de la cruelle reine etc., le tout relevé par un zeste de science-fiction. L'action se place dans une civilisation imaginaire de facture vaguement gréco-romaine, Samar (dans Maciste contre le Fantôme, Salmanak était plutôt arabe). La musique, parfois tonitruante, de Carlo Franci soutient bien le propos, avec des passages à l'orgue électrique qui font penser à Carlo Rustichelli.

(*) Qui rappellent irrésistiblement le couple Astra - Kobrak dans Maciste contre le Fantôme.
(**) On aura reconnu l'effigie de Touéris, la déesse égyptienne de la naissance.

 

24. La vengeance d'Hercule (Vittorio Cottafavi, 1960. Avec Mark Forest, Broderick Crawford, Wandisa Guida) / 86' [DVD inédit] (en kiosque en France : 30 juin 2005)

Hercule est en train d'accomplir le Douzième et dernier de ses Travaux : maîtriser Cerbère, le chien à trois têtes gardien des Enfers. A Œchalie, tout le monde le croit mort, à commencer par le roi Eurytos, son ennemi de toujours. Ce dernier s'est mis en tête de conquérir Thèbes, sa rivale, et Hercule était l'unique obstacle à son ambition. L'unique ? Non, il reste encore son fils Hyllos. Or Hyllos est amoureux de Théa, la fille d'Eurytos. Il devrait lui être facile de d'attirer le jeune homme dans un traquenard...
Or, contre toute attente, Hercule revient des Enfers, où il a conquis le rubis mystique qui est l'œil du Dieu-Cyclope de la Vengeance. Hercule restitue l'œil au dieu, dans son temple. C'est alors que la Sibylle lui prophétise de nouveaux malheurs. Hercule rentre à Thèbes, retrouve son ami le roi Androclès, mais aussi son épouse Déjanire et son fils Hyllos. Inexplicablement, Hercule s'oppose aux fiançailles de celui-ci avec Théa. Sa véhémence laisse présager un douloureux et honteux secret...

Vittorio Cottafavi signe ici un des meilleurs «Hercule», le premier avec Mark Forest qui vient de débarquer des States, et le troisième de la saga. Au départ, le film - dont le titre de travail était Hercule contre les Dieux - devait être interprété par Steve Reeves et, bien avant sa sortie, il fut annoncé par le distributeur américain A.I.P. sous le titre Goliath et le Dragon / Goliath and the Dragon, avec Reeves. Aux States, le film sortit avec une séquence additionnelle avec un dragon, et une BO refaite par Les Baxter (au lieu de celle d'Alexandre Derevitsky) : cette version américaine est disponible en DVD Zone 1 chez Something Weird Video. Le décor des Enfers et le rubis mystique resserviront l'année suivante pour Hercule contre les Vampires, de Mario Bava, avec Reg Park.

veng hercule

Tout le scénario gravite autour d'une idée philosophique qu'exprime judicieusement Tyndare, le conseiller du tyran : «C'est l'intérêt, et non la destinée, qui guide l'homme.» Toute la tragédie grecque est sous-tendue par l'idée que les dieux, jaloux du bonheur des humains, leur suscitent les pires maux par pure jalousie (d'où le titre de travail, cité ci-dessus, justifié par la malédiction que lui dédie Hercule : «Je te renie, Zeus, dieu stupide et cruel ! Je te déclare la guerre. Crains le courroux d'Hercule !»). C'est justement une tragédie d'Euripide qui fournit la base du film : Héraclès furieux (420 av. n.E.). Hercule est descendu aux Enfers, accomplir le Douzième de ses Travaux; on le croit mort, aussi un usurpateur, Lycos, a pris le pouvoir à Thèbes après avoir assassiné le régent Créon, et s'apprête à immoler Mégarée, l'épouse du héros, et leurs trois fils. Revêtus des ornements funèbres, ils se sont réfugiés auprès d'un autel, en attendant que Lycos vienne leur trancher la gorge. C'est alors que réapparaît Hercule. Le héros tue Lycos, puis - frappé de folie par Héra, la déesse qui veut sa perte - massacre sa femme et ses enfants. Le scénariste complète cet argument au moyen d'un emprunt à l'histoire des Héraclides : après avoir tué le roi d'Œchalie Eurytos, qui lui avait naguère refusé la main de sa fille Iole, Hercule enfile la tunique empoisonnée de Nessus et meurt sur le mont Œta. Eurysthée en profite pour exiler du Péloponnèse les fils d'Hercule. Au cours de son existence mouvementée, l'infatigable fututeur en avait engendré près d'une centaine ! Plus tard, conduits par Hyllos, né de Déjanire, les Héraclides revinrent en Argolide, affronter leur cousin. Pour obtenir la victoire, Hyllos - qui a épousé Iole - doit immoler sa sœur Macaïra. Ensuite il vainc le tyran Eurysthée aux Roches Scironides, dans l'Isthme de Corinthe, et lui tranche la tête. Tels sont les éléments à partir desquels ont été concoctés les scénarios de La vengeance d'Hercule (et d'Hercule contre les Vampires). Ce données seront, bien entendu, recomposées dans une action unique. D'abord, le personnage de Lycos est éliminé (on le retrouvera tyran d'Œchalie et tuteur de Déjanire dans Hercule contre les Vampires); il est remplacé par Eurytos d'Œchalie - souvent confondu dans les synopsis de La vengeance... avec Eurysthée de Mycènes (sic). Il est vrai que le personnage incarné par Broderick Crawford procède un peu des deux. Iole devient Théa, la promise d'Hyllos : comme Hercule est censé être un personnage édifiant, respectable, et déjà marié avec la maman d'Hyllos, on gomme le fait qu'il ait également été l'amoureux éconduit d'une jeunesse, Iole, et qu'il a - le brutal ! - assassiné ses frère et père pour la posséder. En revanche, les ennemis d'Hercule suggéreront à Hyllos que si son père s'oppose à son mariage avec Iole, c'est parce qu'il la veut pour lui-même. C'est ce qu'on nomme une litote.

Le film est parcouru des personnages intéressants comme le polymorphe Nessus, satyre et centaure, gardien de la cascade - filmée aux chutes des «Mormores», près de Terni en Ombrie, à 100 km de Rome - et ravisseur de Déjanire. Hercule y vainc successivement un Cerbère en carton pâte (des effets spéciaux comme ça, on n'en fait plus : savourez bien, c'est du 45 ans d'âge !), une chauve-souris géante en peluche puis un ours de même matière et, enfin, un éléphant qui s'apprêtait à écraser la poitrine de son fils; il arrache des arbres, redresse des toits effondrés, effondre sa propre maison puis, tel Josué, sape les murailles d'Œchalie. Il y a aussi, dans les oubliettes d'Eurytos, une impressionnante collection de serpents de toutes tailles et un dieu-cyclope de la vengeance inconnu de la mythologie grecque, mais prétexte à un joli mouvement vertical de caméra, à 180.

Barbu, Mark Forest est un excellent Hercule, que toutefois il n'incarna que cette seule et unique fois avant de se spécialiser dans le rôle du glabre Maciste. Broderick Crawford, une «gueule» des films de gangster à Hollywood, y interprète un Eurytos cruel à souhait. Quand à la pulpeuse et fatale Wandisa Guida, dans le rôle d'Arsinoé.... Mmmmm !

 

23. Les Horaces et les Curiaces (Terence Young & Ferdinando Baldi, 1961. Avec Alan Ladd, Franco Fabrizi, Franca Bettoja, Jacques Sernas) / 85' [DVD inédit] (en kiosque en France : 16 juin 2005)

667 av. n.E. Sous le règne de Tullus Hostillius, quatre-vingt-cinq ans après sa fondation, l'orgueilleuse cité de Rome lutte contre Albe, sa rivale, sa métropole aussi. Lors d'un engagement guerrier, Horace - qui commande à la VIe légion - disparaît mystérieusement. En réalité il a été blessé et fait prisonnier. Mais déjà les siens le suspectent de traîtrise ou de lâcheté. Son frère cadet Marcus est, à sa place, choisi pour gendre par le roi qui lui donne sa fille Marcia.
Ayant réussi à s'évader, Horace affecte d'ignorer les accusations portées contre lui par ses ingrats compatriotes. Pourtant, son soutien serait bien utile à la Patrie, car les dieux ont décidé de mettre fin à cette guerre qui dure depuis sept ans, en départageant les deux camps par un duel à mort opposant les champions des Albains et ceux des Romains : les trois frères Curiaces et les trois Horaces. Les vainqueurs décideront de laquelle des deux villes aura autorité sur l'autre.

L'épisode tiré de Tite-Live est fameux : il a inspiré à David une toile célèbre et sa tragédie à Corneille. En nos oreilles résonnent encore la fameuse réplique de Caius Horatius (le père) à Julie : «Que vouliez-vous qu'il fît contre trois ? - Qu'il mourût, Ou qu'un beau désespoir alors le secourût», réplique le fier patricien (Act. III, sc. 6). Mais les potaches, c'est plus probable, se souviendront plutôt de la contrepèterie, non moins connue, des «Voraces» et des «Coriaces» !
Peut-être par fidélité aux sources, les scénaristes ont élagué l'imbroglio sentimental imaginé par le tragédien français : Sabine, l'épouse d'Horace-aîné est la sœur des Curiaces; et Camille, sœur des Horaces aime un des Curiaces, auquel elle a été autrefois promise
(«Rome à qui vient ton bras d'immoler mon amant»).

horaces & curiaces

Reste que le film de Terence Young (le réalisateur des premiers James Bond, qui reviendra au péplum une douzaine d'années plus tard avec Les Amazones, tourné en Sardaigne) constitue un bel exemple d'une règle classique du scénario cinématographique : d'entrée de jeu le héros est connoté dans la particularité qui le caractérise et qu'il portera comme un fardeau tout au long du film, jusqu'au dénouement final. Ici, la lâcheté. Dans l'histoire, Publius Horatius n'est considéré comme lâche qu'au cours du duel qui le voit, indemne, fuir devant les trois Curiaces blessés, lesquels ont tué ses deux frères Marcus et Elius. Dans le film c'est dès le premier quart d'heure qu'il est, par erreur, considéré comme lâche suite au désastre de sa légion. On notera aussi la litote : dans la tragédie, Horace tuait de sa propre main sa sœur Camille amoureuse d'un Curiace; dans le film, Horatia, de chagrin, se suicide en se transperçant avec l'épée de son frère... On ne pouvait imaginer le preux cow-boy solitaire Alan Ladd trucidant sa sœur illico au nom d'une vague question d'honneur familial.
Las, dans les
Golden Sixties les Romains - depuis longtemps, déjà - n'étaient plus que l'ombre de ce qu'ils avaient été !

 

22. Le triomphe d'Hercule (Alberto De Martino, 1965. Avec Dan Vadis, Moira Orfei, Marilu Tolo, Pierre Cressoy) / 84' [DVD inédit] (en kiosque en France : 2 juin 2005)

Prince félon de Mycènes, Milo a assassiné Pandion, le roi de cette orgueilleuse cité. Afin de conquérir le trône, il fait combattre Gordius, son homme de main, dans un tournois dont le vainqueur épousera Attè, la fille du défunt roi. Mais c'est sans compter le demi-dieu Hercule, appelé à la rescousse, qui devra affronter le pouvoir conféré à Milo par un poignard magique, lequel, sorti de son fourreau, fait apparaître sept colosses de bronze, les Centimains. Or Hercule - trompé par Milo - a sur les mains le sang de son innocent demi-frère Eurysthée, aussi les dieux lui ont-ils retiré sa force surhumaine....

Alberto De Martino s'est fait connaître des afficionados par quatre films de «gladiateurs spartiates» (II gladiatore invincibile [Anthony Momplet : De Martino collabore à la mise en scène, 1961]; I sette gladiatori (Les sept gladiateurs [Pedro Lazaga, prête-nom], 1962); Gli invincibili sette (Les sept invincibles) (1963); La rivolta dei sette/I sette contro Sparta (La révolte de Sparte) (1965)) et deux films mythologiques, Perseo l'Invincibile (1962) aux remarquables effets spéciaux de Carlo Rambaldi (King Kong, 1976; Conan le Destructeur, 19......) dont c'était alors l'un des premiers travaux de professionnel et Il trionfo di Ercole. Cette fantaisie à prétexte mythologique se permet quelques écarts avec des données pourtant bien fixées. Il n'y eut jamais d'amitié entre Hercule et Eurysthée. Milo est un personnage imaginaire, et l'étiquette «sorcière du monde infernal» associée à sa mère Pasiphaé échappe à l'entendement grec : la vraie Pasiphaé était une fille du dieu Soleil et l'épouse du roi de Crète Minos; manquant à ses engagements, celui-ci avait refusé de sacrifier à Zeus un magnifique taureau blanc - il en fut puni à travers sa femme Pasiphaé qui se prit d'une passion sexuelle pour le bel animal et s'accoupla avec lui, dissimulée dans une génisse de bois fabriquée par Dédale; de leur étreinte naquit le Minotaure... le célèbre monstre du Labyrinthe.

triom hercule

Minos... Milo... et l'imagination du scénariste a fait le reste. Ce fut un des Travaux d'Hercule que de dompter le Taureau Blanc - le Taureau de Crète; quand à Thésée, on sait qu'il tua le Minotaure...
Les scénaristes ne se font généralement pas grand scrupule à emprunter à Samson au profit d'Hercule : celui-ci va donc momentanément perdre sa force à cause du meurtre d'un innocent, son demi-frère (sic) Eurysthée, et très finement le film fait ici référence au fait que lorsqu'il assassina son ami Iphitos, Hercule avait un fois déjà été privé de sa force surhumaine (en fait, il avait été vendu comme esclave à Omphale, reine de Lydie, aux pieds de laquelle il filait la laine, vêtu d'une robe de femme). Le tournoi nuptial a dans le film, malheureusement, des relents de combat de gladiateur inconcevables dans le contexte hellénique. Mais Hercule avait bien participé à un tournois de ce genre - en fait, un concours de tir à l'arc - pour obtenir la main d'Iole, fille d'Eurytos roi d'Œchalie.
Les plus étonnants personnages du film sont les sept «Centimains» (en grec, les
Hécatonchires). Dans la légende ils n'étaient que trois : Kottos, Gyès et Briarée (ou Ægeon). C'étaient des fils de la Terre à cinquante têtes et cent mains; selon l'Iliade, Thétis - la mère d'Achille - les avait sorti du Tartare où ils étaient retenus prisonniers, pour qu'ils soutiennent Zeus contre ses frères et sœurs (*), les dieux révoltés contre son autorité.

(*) Notamment Héra et Poséidon.

 

21. Carthage en flammes (Carmine Gallone, 1959. Avec Pierre Brasseur, Anne Heywood) / 106' [DVD inédit] (en kiosque en France : 19 mai 2005)

Les jours de Carthage sont comptés. Les légions romaines, conduites par Scipion Emilien, assiègent la ville. Les drames humains y prennent une nature encore plus tragique, plus rapide. Hommes et femmes se débattent entre l'amour et la mort, dominés par le destin tragique qui pèse sur cette cité, où l'on offre des sacrifices monstrueux à Moloch, et où le gouvernement des marchands, à la fois sinistre et désarmé, est la proie d'intrigues incessantes.
Hiram, l'exilé, fauteur de la résistance à outrance - et rentré clandestinement après la dernière bataille favorable à Carthage - aime Ophir, la fille du chef des marchands... Fulvie, une jeune Romaine mourra dans l'immense brasier de cette ville, où elle était venue chercher l'amour impossible d'Hiram. Phégor, le chef des gardes de Carthage, périra avec elle dans ces flammes où elle l'entraînera dans sa fureur d'avoir été poursuivie par lui et dans sa folle douleur d'avoir été repoussée par Hiram.

La Troisième guerre punique s'achève sur le siège de Carthage (148-146), mené par les légions de Scipion-Emilien. Le consul de 147, Scipion-Emilien (P. Cornelius Scipio Æmilianus Africanus Numantinus), était le fils de Paul-Emile, le vainqueur de Pydna, celui qui avait délivré la Grèce du joug macédonien. Mais le jeune homme avait été adopté par le fils aîné de Scipion l'Africain, le vainqueur d'Hannibal à Zama (203), demeuré sans héritier. On peut regretter que, dans le film, le siège de la métropole punique se résume à deux affrontements de cavalerie dans la plaine. Particulièrement cruel et inexpiable, le siège de Carthage - dont les derniers défenseurs préférèrent brûler vifs - nous montre l'empire romain naissant, déjà au faîte de sa gloire. Rien ne résiste à Rome, qui vole de victoires en victoires - bien que la république latine n'ait pas encore digéré le concept de l'annexion territoriale. Vaincre ses ennemis lui suffit. Le grand historien de cette période est un ancien général ennemi, le Grec Polybe rallié corps et âme à Rome.

carthage en flammes

Les Romains vont raser la grande métropole africaine jusqu'à ses fondations, labourer son sol maudit et y semer du sel pour le rendre stérile.
Mais moins de deux siècles plus tard, ils la reconstruiront (en 20), comme ils reconstruiront plus vite encore Corinthe (en 80), anéantie la même année...

Le film de Carmine Gallone - on lui doit aussi le mussolinien Scipion l'Africain, 1937, ainsi que Messaline, 1951, mais aussi les meilleurs épisodes de Don Camillo - est tiré du roman d'Emilio Salgari, le «Jules Verne» italien (*), lequel ici doit beaucoup à Gustave Flaubert - il suffit de mettre les textes côte à côte, la description du sacrifice à Moloch par exemple !
Moloch ! La cruelle idole ignivome... Peut-être le plus prodigieux fantasme que nous ait légué l'Histoire de l'Antiquité ! Imaginez un peuple assez barbare ou fanatique pour immoler sa progéniture devant une idole d'airain. Toutefois, ceux qui nous en ont fait la relation (Diodore, Clitarque, Plutarque) étaient des Grecs, ennemis naturels des Carthaginois. Mais curieusement, les historiens romains des Guerres puniques ne font pas la moindre allusion à ce type de sacrifices humains; peut-on croire que, le cas échéant, ils s'en seraient gênés ? Du reste, la dyade tutélaire de la cité de Didon était Baal-Hammon et Tanit - que les Romains nommaient Saturne et Junon -, tandis que Moloch est un emprunt à la Bible,
mutatis mutandis, qui n'était peut-être pas même le nom d'une divinité, mais un terme technique recouvrant certains rites de passage.

Bien sûr, Baal-Hammon («Baal-le-Brûlant») excite notre imagination. Mais quelle serait l'interprétation correcte du cimetière d'enfants incinérés retrouvé en 1921, au lieu-dit «Tophet Salammbô» ? Référée aux stèles de N'Gaous, l'exégèse scientifique invite à considérer que ce cimetière particulier serait en relation avec les enfants mort en bas-âge - à l'époque, c'était fréquent - ou à l'offrande de victimes animales de substitution pour ceux qui y avaient réchappé. Tant pis pour Cabiria (1913) et pour l'Histoire de Ruth (1960), les classiques ! Et tant pis pour les aventures d'Alix, dont le père flaubertien, Jacques Martin, a aimé revenir, et revenir encore sur cette thématique.

Anne Heywood a accepté non sans réticence de tourner nue, sauf un string, mais sous un fin voile noir - mentionné dans Flaubert - la scène où ses compatriotes veulent la sacrifier à l'idole crématoire. Plus tard, Daniel Gélin se souviendra du film comme d'une inextinguible rigolade avec Pierre Brasseur, celui-ci totalement à contre-emploi avec sa voix de basse. Sur le plateau voisin, à Cinecittà, Fellini tournait La Dolce Vita, tandis que le pauvre Louis Malle - qui de sa vie jamais ne risqua de se voir confier le tournage d'un film épique, sauf peut-être Viva Maria -, qui passait par là, s'indignait de ce que l'on puisse participer à de telles c... Comme disait le bon William Transpire, «Il y a plus de choses sur cette terre, Othello, que ne puisse en concevoir ta philosophie.»
On notera, dans le rôle du Carthaginois Tsour, un certain Mario Girotti (qui l'année suivante incarnera le Romain Quintus, le neveu - tué à Cannes - du consul Fabius Maximus dans Hannibal); plus tard il deviendra une vedette majeure du western italien sous le pseudonyme anglicisé de «Terence Hill».

(*) La brochure Fabbri qui accompagne le DVD le compare à Alexandre Dumas. Jules Verne, Alexandre Dumas... il y avait un peu des deux chez le père de Sandokan et autres Corsaire Noir, Rouge ou Vert !

 

20. L'enlèvement des Sabines (Richard Pottier, 1961. Avec Roger Moore, Mylène Demongeot, Jean Marais, Francis Blanche) / 89' [DVD inédit] (en kiosque en France : 5 mai 2005)

Ayant fondé Rome avec une poignée de fidèles, Romulus s'aperçoit vite que l'absence de femmes est cause de nombreux inconvénients, dont le principal est de ne pas assurer une descendance aux fondateurs de la ville, et un avenir à celle-ci.
Partant à la recherche de leurs futures femmes, les Romains se heurtent à l'hostilité, non pas des jeunes filles, séduites par leur physique avantageux, mais de leurs éventuels beaux-pères, qui, les sachant pauvres et n'étant pas sûrs de leur avenir, renvoient les prétendants d'une manière plutôt énergique.

Par le biais de l'humour, Francis Blanche nuance cette histoire de rapt qui fut, en fait, un viol collectif. Ah les affres du célibat forcé ! Comment en sortir ? Le très british Roger Moore nous campe un Romulus qu'il est jusqu'au bout des ongles, à la scène comme à la ville, le fun sur le plateau étant de soustraire ses amours extra-conjugales à la curiosité d'une épouse jalouse - comme le rappelle Mylène Demongeot dans son livre de souvenirs Tiroirs secrets. Quant à Jean Marais, habitué des films historiques - plutôt cape et épée (Le Miracle des Loups, Le Capitan, Le Bossu etc.) que péplum (Ponce Pilate) - il joue les utilités, celle du dieu Mars, le dieu de la guerre, qui conseille secrètement son fils occupé à faire sa petite lessive dans sa kitchenette, à l'insu de ses ragazzi de camarades romains. Non vraiment, vivre sans femmes n'est pas une vie !

 

enl sabines

En fait Romulus était lui-même un Sabin, petit-fils du roi d'Albe-la-Longue, Procas. Procas descendait à la onzième génération d'Iule-Ascagne, le fils du Troyen Enée réfugié sur les côtes du Latium après la destruction de sa patrie. Ce roi avait eu lui-même deux fils, Amulius et Numitor. Au premier il avait donné ses richesses, ses troupeaux, à l'autre le pouvoir. Mais un pouvoir sans moyens n'en est pas un, et bien vite le riche Amulius déposa son royal mais impécunieux frangin Numitor. Or Numitor avait une fille, Rhea Silvia, une vestale à la cuisse légère qui ne sut dire «non» à un séduisant militaire, lequel n'était autre que le dieu Mars en personne. Romulus et son frère jumeau Rémus furent le fruit de cette idylle. Enfants de l'amour, qui plus est d'une Vestale - ô honte -, les deux frères furent exposés sur les bords du Tibre. Allaités par une louve, ils furent recueillis par un pauvre berger et élevés en exil, loin des monts Albains, sur une colline de ce qui n'était pas encore Rome, le mont Capitolin. Ce brave berger se nommait Faustulus, et sa femme Acca Larentia, surnommée elle aussi la «Louve», id. est «La Pute» - et l'on viendra s'étonner de ce que Romulus, dépourvu de morale comme de principes, maquait les filles de ses voisins les Sabins !

Les Sabins sont l'un des trois peuples primitifs qui - avec les Etrusques et les Latins - se fondirent pour donner naissance au peuple romain. Leur territoire fut conquis en 290 par M. Curius Dentatus, et les Sabins reçurent le droit de cité romain en 268. Situé dans les monts Albains, au N.-E. de Rome, leur territoire s'étendait jusqu'au Quirinal, une des Sept Collines. On n'a jamais retrouvé trace de leur capitale mythique, Albe-la-Longue (Alba Longa) que les historiens situent néanmoins du côté de Castel Gandolfo, la résidence d'été des papes. Plusieurs grandes familles romaines se vantaient de leur origine sabine, la plus fameuse et la plus remuante étant celle des Claudii qui, unie à la postérité du fils d'Enée, les Iulii donna à Rome sa première dynastie impériale, les Julio-Claudiens. Le cognomen d'une de ses branches était Nero, qui veut dire «fort» ou «guerrier»; le dernier à l'avoir porté fut l'empereur Néron. Une des tribus romaines, les Tatienses, tirait son origine du roi sabin Titus Tatius, roi de Cures, qui grâce à la trahison de Tarpeia avait pu s'introduire dans Rome pour arracher à Romulus les jeunes filles enlevées.
Au temps du dictateur albain Metius Suffetius et sous le règne, à Rome, du roi Tullus Hostilius (en 667), se place l'épisode fameux de la rivalité des Romains et des Albains : le duel des trois frères Horaces et des trois frères Curiaces. Il a été porté à l'écran par Terence «007» Young, avec Alan Ladd dans le rôle d'Horace aîné,
Les Horaces et les Curiaces : le DVD est annoncé au catalogue Fabbri.

Suite…