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(1er octobre 2013) Hervé DUMONT,
ENCYCLOPÉDIE DU FILM HISTORIQUE (Encyclopedia of Historical Films),
CINEMA & HISTOIRE – HISTOIRE & CINEMA
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(11 septembre 2013) BD : Jacques MARTIN, Valérie MANGIN & Thierry DÉMAREZ,
Alix Senator
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(31 août 2013)

William BLANC,
«Peplum's Not Dead»,
Metaluna, n 4
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Digression 1 : 300
Digression 2 : Constantinople (Fetih 1453)

(21 août 2013) BD : Luca BLENGINO & Luca ERBETTA,
Sarrasins !,

Soleil
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(15 août 2013) Pantelis MICHELAKIS & Maria WYKE (éd.),
The Ancient World in Silent Cinema,

Cambridge University Press
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(1er juin 2013) BD : Jean DUFAUX & Philippe DELABY,
Murena/9 : Les Épines,

Dargaud
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TOUTES LES RECENSIONS : CLICK
 

(1er octobre 2013)
Hervé DUMONT,
ENCYCLOPÉDIE DU FILM HISTORIQUE (Encyclopedia of Historical Films),

CINEMA & HISTOIRE – HISTOIRE & CINEMA (click)

Après L'Antiquité au cinéma (volume 1 – Flipbook), Hervé Dumont vient de mettre en ligne, sur son site CINEMA & HISTOIRE – HISTOIRE & CINEMA, les volume 2, Moyen Âge et Renaissance, volume 3, L'Absolutisme (XVIIe - XVIIIe s.) et volume, 4, Le XIXe s., qui sont donc disponibles gratuitement (sous réserve de quelques chapitres à encore mettre en place d’ici la fin de l’année).

Fruit de 40 ans de recherches, ce site propose une nomenclature unique en son genre, de quelques 15.000 films et téléfilms historiques, captures d’opéra etc., avec fiches techniques et commentaires pour la délectation des chercheurs, cinéphiles, cinévores, historiens, journalistes et curieux de tous bords.

Cinéma & Histoire - Histoire & Cinéma se veut un outil de travail référentiel, mais aussi une invitation ludique au voyage et à la découverte à travers les océans connus ou oubliés de l'audiovisuel. Un corpus qu'Internet permet aujourd'hui de diffuser plus efficacement et plus largement que l'édition papier et que l’auteur, Hervé Dumont, par des pages de mises-à-jour, se promet de tenir à niveau.

site herve dumont, cinema & histoire
 
herve dumont

Hervé et Jacqueline Dumont, les auteurs de l'Encyclopédie du film Historique
(phot. Florian Cella, 24 heures).

 

(11 septembre 2013)
J. MARTIN, Valérie MANGIN (sc.) & Thierry DÉMAREZ (d.),
Les Aigles de Sang («Alix Senator»/1)
[12 septembre 2012] &
Le Dernier Pharaon («Alix Senator»/2), Casterman [11 septembre 2013]

1. Les Aigles de Sang.
- Rome, l'an 12 av. n.E. L'empereur Auguste est tout-puissant. Alix a plus de cinquante ans. Il est sénateur.
Alors que la paix semble enfin régner dans l'Empire, M. Vipsanius Agrippa, le gendre d'Auguste, est tué sauvagement par un aigle, l'oiseau de Jupiter ! Attentat politique ou malédiction divine, ce sera à Alix de découvrir ce qui se cache derrière cette mort mystérieuse. Avec l'aide de Titus, son fils, et de Khephren, celui de son compagnon Enak disparu, il découvrira qu'un terrible ennemi a fait son nid dans les entrailles mêmes de Rome.

Soixante-quatre ans après la parution des premières planches dans Tintin, Alix est, comme Dorian Gray, rattrapé par son âge.

2. Le Dernier Pharaon. - Alexandrie, toujours l'an 12 av. n.E. Accompagné de ses fils Titus et Khephren, Alix Gracchus, désormais sénateur romain, arrive en Alexandrie, où il est en mission pour le compte de son ami et protecteur, le puissant empereur Auguste. Suite aux événements tragiques survenus dans le précédent opus, Alix doit retrouver la trace du général Quintus Rufus, qu'Auguste soupçonne d'être responsable des meurtres d'Agrippa et de Lépide. Revenir ainsi en Egypte est peut-être aussi une occasion unique, pour Alix, de venger enfin la mort du père de Khephren, Enak, son ancien compagnon d'aventures.
Sur place, Alix est attendu par une vieille connaissance, le préfet Barbarus (1) - aux côtés de qui il a combattu à Actium, ainsi qu'Agrippa et Q. Rufus ! Mais aussi, dans l'ombre, par d'autres personnages, qui ne lui veulent manifestement pas du bien... Un nouvel arc narratif s'ouvre pour le célébrissime personnage créé par Jacques Martin, mais aussi une déferlante d'images fortes pour une reconstitution saisissante du quotidien du monde antique.

En complément de l'édition courante, un tirage luxe limité à 7.000 ex. bénéficie d'un dos toilé, d'un visuel de couverture inédit et d'un dossier spécial de 8 p. consacré à Alexandrie.

Pour en savoir plus : click

 

(31 août 2013)
William BLANC,
«Peplum's Not Dead. Un état des lieux»,

in Metaluna. Mag Cinock'n'roll, n 4, septembre-octobre 2013, pp. 40-42

Spécialiste des films médiévaux, William Blanc (Festival «Bobines et Parchemins») s'interroge sur les nouvelles tendances du péplum. «À l'opposé du manque criant d'imagination des grosses machines hollywoodiennes, le genre italien fut une formidable école», écrit-il, fusillant les films numérisés de Zack Snyder, Louis Leterrier et autre Tarsem Singh. Critères purement cinématographiques, là où nous privilégierions plutôt le contenu historique ou mythologique. Rappelons que, considéré comme un chef-d'œuvre, Gladiator, a lui aussi largement bénéficié du numérique - signe des temps.

metaluna

Bon dossier «péplum» néanmoins, qui capte les lignes de force de la problématique - sauf peut-être un petit détail mais qui a son importance : en 1913 déjà, Piero Fosco [Giovanni Pastrone], industriel turinois et pionnier du cinéma, était conscient de l'impact de la respectabilité intellectuelle. Il a donc demandé au grand poète Gabrielle D'Annunzio d'accepter de signer, pour 50.000 francs, le scénario de Cabiria; celui-ci se contenta donc de parapher les feuillets et d'émettre quelques suggestions pour les noms des personnages (2). Pour l'anecdote, ajoutons que, chose plus amusante encore, son fils Gabriellino D'Annunzio est cité comme coréalisateur avec Georg Jacoby du Quo Vadis ? (1924); mais lui aussi ne fut qu'un prête-nom de complaisance, car souffrant de troubles mentaux il ne tourna strictement rien (3).

À noter la synergie entre Metaluna nouvelle formule (rédacteur en chef : Jean-Pierre «Mad Movies» Putters) et l'émission radio Culture Prohibée. Cette année 2013, Culture Prohibée propose à ses auditeurs et dans le but de leur en offrir toujours plus, des «podcast bonus», une nouveauté dans sa rubrique «Audio». Désormais, il est possible d'écouter la version intégrale des entretiens qui, pour être intégrés au montage de l'émission, ont dû être coupés, découpés, re-découpés. Culture Prohibée durant une heure, c'était souvent à contrecœur que ses animateurs se voyaient contraints de reformater leur matériel.
C'est ainsi que vous pourrez écouter soit la version radiodiffusée de l'émission où revenant sur son dossier consacré à la mort du péplum dans le n 4 de Metaluna, le «mag cinockn'roll», William Blanc parle du péplum entre la 31'42" et la 36'30" (click), mais vous pouvez également opter pour le bonus, c'est-à-dire l'intégrale de son interview, deux fois plus longue (13'54") (click).
Sur le site web de Metaluna on trouvera également un Bonus «Man of Steve» (click).

Digression : de 300 à Fetih 1453

Il y a un temps pour chaque chose. Après le nuancé docufiction français en deux parties Au nom d'Athènes («Marathon» et «Salamine») (Fabrice Hourlier, 2012), nous attendons sereinement la séquelle de 300 : 300 - Rise of an Empire, réalisée par Noam Murro, sur scénario de Zack Snyder et Kurt Johnstad, dont la sortie est imminente (annoncée en France pour le 5 mars 2014).

Donc à l'horizon se profile la séquelle de 300, racontant cette fois la bataille navale de Salamine; mais revenons sur le superbe film de Zack Snyder. Il ne nous a pas échappé que l'ensemble des critiques professionnels l'ont incendié, alors qu'auprès du public populaire, il rencontrait un beau succès comme on a pu le constater sur les Forum, où l'on est - semble-t-il - moins délicats ? Un rapeur marseillais, El Matador, réussit même à placer son «À armes égales» en générique de fin de la VF. Au point de susciter toute une série de docufictions, mais aussi des projets de séquelles ou de parodies, dont - à notre connaissance - au moins une a abouti, Spartatouille (Meet the Spartans, Jason Friedberg & Aaron Seltzer, 2008 - avec Sean Maguire et Carmen Electra).
L'idéologie de 300 a semblé nauséabonde à plus d'un, et pas seulement aux ayatollahs iraniens lesquels s'étaient subitement rappelés que la Perse anté-islamique les concernait aussi - quelque part. Cette concession au «politiquement correct» de nos directeurs de conscience cinématographique fait sourire. Dans les années '60, le déferlement des surhommes bodybuildés avait également fait grincer des dents dans les sacristies, faut-il le rappeler ? Quant au conflit Orient-Occident, il est vieux comme le monde, il suffit d'ouvrir le journal pour le constater, aussi préférerions-vous le point de vue plus nuancé récemment développé dans Guerres & Histoire (4).

300 zack snyder

En 1962, La Bataille des Thermopyles de Rudolph Maté était un véritable film historique, en même temps que la commémoration du «Non» opposé à Mussolini par Ioannis Métaxas, le 28 octobre 1940 - tout de noir vêtus, les «Immortels» perses faisaient-ils allusion aux uniformes des Panzerdivisionen accourues à la rescousse du Duce... ou tout simplement aux chemises noires des fascistes ?
Baignant dans une sombre ambiance wagnérienne, le surprenant 300 de Zack Snyder (d'après la BD de Frank Miller) est quant à lui, au contraire, un film mythologique avec ses hoplites en «nudité héroïque». Mais 300 est aussi un témoignage sur son époque, l'Ère bushienne engagée dans sa lutte contre l'Axe du Mal.
Dépeints comme des mutants dégénérés, ces Perses reflètent peu ou prou les conceptions des géographes antiques - tels Ctésias ou Mégasthène... - sur les peuples des confins du monde connu. Pline en a dressé le catalogue au livre VII de son Histoire naturelle : Sciapodes, qui utilisent leur énorme pied comme ombrelle, et autres peuples sans tête (le visage au milieu de la poitrine) ou à tête de chien, à l'œil unique, satyres ou pygmées, etc. Si un masque d'argent dissimule un visage putréfié de zombie, de mort-vivant, faut-t-il y voir autre chose qu'une métaphore de leur nom d'«Immortels» - porté par la Garde royale perse, constamment au nombre de 10.000, ses pertes étant automatiquement compensées par une réserve d'aspirants ?

Dans les années '60, personne ne s'est offusqué de La bataille de Marathon de Tourneur ni de La bataille des Thermopyles de Rudolph Maté. Il n'y avait du reste pas lieu de le faire. En ces temps-là, comme disait l'autre, le Shah d'Iran était bien tranquille chez lui, assis sur le trône des Pahlévis. C'était le bon vieux temps de la Guerre froide; l'ennemi était le communiste sans Foi ni Loi. Et la menace que faisait planer sur nos têtes l'arsenal nucléaire, devait sans doute être moins impressionnante qu'actuellement celle des kamikazes islamistes (pincez-moi, j'hallucine !). «Dans ta petite mémoire de lièvre, / Bécassine, il t'est souvenu (...)» :

«Il est toujours joli, le temps passé,
Un' fois qu'ils ont cassé leur pipe,
On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés
Les morts sont tous des braves types.»

Georges Brassens, le Temps passé

Il me souvient qu'en 1987, invité au Festival Péplum de Carthage, j'étais convié à dire quelques mots à la radio, à propos du film projeté le soir dans l'amphithéâtre romain, précisément La bataille de Marathon (1960). La position idéologique de la Tunisie par rapport au conflit opposant alors l'Iran chiite à l'Irak sunnite (enfin, je crois), n'était certes pas pour moi une préoccupation majeure. C'est néanmoins en tournant sept fois ma langue dans la bouche que j'ai entamé sur les ondes mon petit couplet scolaire à propos du minuscule État démocratique, Athènes, qui avait tenu tête à la plus grande puissance de l'Asie, soumise à un empereur-dieu ! Comment les Tunisiens voyaient-ils ce conflit mettant aux prises leurs coreligionnaires, je n'en avais aucune idée. Je ne voulais en rien froisser les auditeurs du pays qui m'accueillait, mais - dans la rue - l'ambiance était assez électrique et trois semaines plus tard, le leader historique Bourghiba était renversé et remplacé par le général Ben Ali.

Du reste, pourquoi nier une évidence qui est le pilier même de l'humanisme gréco-latin. Sans vouloir méconnaître la lecture politique d'une œuvre - nécessairement fille du contexte qui l'a vu naître -, j'avoue que seule la lecture «archéologique» m'intéresse.

T-shirt 300 T-shirt 300 T-shirt 300

Glorifié par un impressionnant choix de T-shirts «Molôn labé !» («Viens les prendre !») ou «This is Sparta» le film de Zack Snyder, encore six ans après sa sortie, semble avoir reçu un excellent accueil en Grèce, où d'habitude les péplums relatifs aux antiquités nationales sont assez fraîchement perçus. Les films sur la guerre de Troie ne trahissent-ils pas systématiquement Homère en faisant la part trop belle aux Troyens, ces vieux ennemis d'au-delà des Dardanelles ? (Mais il est difficile, pour les films-makers, de faire l'apologie du massacre d'une cité toute entière). Quand ce ne sont ceux sur Alexandre - comme récemment Oliver Stone - qui évoquent une orientation sexuelle jugée blessante, quand il ne flatte pas d'inacceptables revendications autonomistes macédoniennes ? (ph. M. ÉLOY - Rhodes, juillet 2013)

T-shirt 300 T-shirt 300 T-shirt 300

Des Achéménides aux Parthes, la Perse a toujours été un opposant à l'Occident grec puis romain, et chrétien ensuite. Aujourd'hui encore l'islamisme dont se prévalent ceux qui ont renversé le Shah, s'oppose en tous points aux valeurs occidentales de liberté individuelle. Pourquoi donc considérer 300 comme idéologiquement «douteux et malodorant» (et que sais-je encore d'autre ?). Le film de Zack Snyder montre les Perses tels que n'importe qui verrait ses ennemis. Ainsi, par exemple, les Français voyaient les Uhlans - lesquels avec leur lance, comme chacun sait, clouaient les enfants aux portes des granges (cf. l'arbre où les Perses ont empalé tous les habitants d'un village grec) (5). Ainsi est l'ennemi haïssables que l'on s'apprête à affronter les yeux dans les yeux, le fer au poing, et qu'il faut tuer avant qu'ils ne nous tue. Telle est notre vision archéologique de 300, film outrancier certes, comme se doit d'être une caricature politique. L'Histoire des Thermopyles exaltée par l'Amérique du «méchant» Bush, n'était-elle pas sur le point de se répéter dans celle du «gentil» Obama, lequel récemment s'apprêtait à bombarder la Syrie ? Implacable logique de la géopolitique, qui doit nous rappeler, avec Pascal, que «l'Homme n'est ni Ange ni Bête, mais que qui veut faire l'Ange...» Fin de la digression 1.

300 rise of an empire 300 rise of an empire
 

fetih 1453, faruk aksoy

Que dire du récent Constantinople (Fetih 1453) de Faruk Aksoy, film ultra-nationaliste dans la mouvance idéologique de l'actuel Premier ministre Recep Erdogan (dont on a beaucoup entendu parler ces derniers temps !), qui s'inscrit dans la perspective du renouveau ottoman (6). Avec un budget de 17 millions de dollars, trois années de tournage, 15.000 figurants et 6 millions de spectateurs en Turquie, ce film est sans doute le premier blocbuster d'envergure du cinéma turc. Il conte la prise de Constantinople par le sultan Mehmet II et la fin de l'Empire romain d'Orient. 150.000 Turcs et vassaux ont écrasé 6 ou 8.000 Grecs (dont 800 Génois), bel exploit qui rappelle les Thermopyles; cette fois cependant, les mollahs iraniens n'ont pas bronché pour fustiger la belle moralité politiquement incorrecte. Deux poids, deux mesures ?

Fétide 1453

Par moment, et par son ampleur, le film de Faruk Aksoy, Constantinople / Fetih 1453, dont le titre original peut se traduire par «Conquête 1453», peut faire penser à Kingdom of Heaven de Ridley-Scott, à qui il serait une réplique - sinon une réponse... Mais cette vaste fresque historique turque, assez entertainement avouons-le, et qui ne dissimule pas le goût du sultan pour le vin ou la précarité de ses collaborateurs (lesquels à tout moment peuvent, pour une parole malheureuse, se faire exécuter), se réduit vite à un duel à mort entre deux super-fighters : le mercenaire génois Giustiniani et le Turc Ulubatli Hasan (en qui quelques ironistes ont vu une réplique d'Aragorn du Seigneur des Anneaux !). Systématiquement, le film fait passer l'empereur byzantin Constantin XI Paléologue et ses officiers pour hypocrites, lâches et dégénérés, entourés d'esclaves nues qui servent leurs banquets, et accumule les anachronismes (le télescope dont use Giustinianni ne sera inventé que 150 ans plus tard) ou induit de fausses motivations, notamment celles du ralliement aux Turcs du fondeur de canons Orban (7).
Le pire, c'est qu'à la fin du film, le sultan est accueilli quasiment en libérateur par la population chrétienne convaincue de sa magnanimité : «Nous partageons la même terre, alors célébrez votre religion à votre guise» (!).

Fetih 1453 passe bien entendu sous silence le fait que - selon le droit de la guerre de l'époque (8) - la ville fut livrée au pillage et au viol trois jours durant, que 50.000 Byzantins (la quasi totalité de la population civile) furent vendus comme esclaves, et que les plus belles églises (dont Sainte-Sophie) furent transformées en mosquées. «C'est un film émouvant. J'ai même versé quelques larmes, confiera le Vice-Premier ministre turc Bülent Arinc. Toutes les spécificités de la conquête sont expliquées. C'est le meilleur film de ces dernières années.» La prise de Constantinople «marque la fin du Moyen Âge», expliquera le réalisateur, Faruk Aksoy. C'est, bien sûr, une façon de voir les choses...

Naturellement, nous sommes bien conscient qu'au lieu de diffuser le message de haine de 300 («... Ne rien leur laisser !»), Fatih 1453 fait passer [ou essaye de faire passer] celui de la «tolérance» qui plus tard sera le credo de l'empire ottoman «multi-culturel» et «multi-confessionnel». Nuançons justement cette tolérance qui, tout de même, fera des millets chrétiens grec orthodoxe et arménien, ou juif, des sujets de seconde zone - discriminés tant dans leurs aspirations sociales que fiscalement, parce que rayas (non-musulmans). N'oublions ni les circonstances ni les conséquences de ce funeste lundi 28 mai 1453 ! Fin de la digression 2.

Appendice : Interview de Michel Éloy, recueillie par William Blanc

Prolégomènes

Pourriez-vous d'abord présenter votre travail sur les péplums ? Et pourquoi diable aimez-vous les films de gladiateurs ?

Mon premier péplum fut Les Travaux d'Hercule. Jusqu'alors nourri de western (c'était dans les années '50), je découvrais une civilisation maritime qui d'emblée me fascina. Les flots bleus de la mer Tyrrhénienne, c'était tout de même autre chose que notre grise mer du Nord où tout petit je passais mes vacances. Mais en ramassant des coquillages sur la grève et m'intéressant aux choses de la mer, j'avais intégré de vagues notions de mythologie à travers le légendaire marin (la Méduse, Neptune, Triton etc.). Il y avait eu aussi quelques pages de L'Île maudite de Jacques Martin lues dans le désordre des épluchures ménagères. Mon premier amour pour l'Antiquité fut la mythologie grecque; Rome n'est venue que beaucoup plus tard.

C'est donc ainsi que, dans une salle de cinéma de quartier, je me suis découvert le goût de l'Antiquité. Je devais avoir neuf ans. Je voyais des films et, rentré à la maison, je vérifiais dans le Larousse ce qui m'avait été montré à l'écran... Achetant de plus en plus de bouquins pour compléter ma documentation, j'ai fini par prendre conscience que le cinéma prenait parfois - sinon toujours - des libertés avec les faits. Je me suis donc attelé à cette tâche exégétique de démêler le vrai du faux et du fantasmatique...

hercule, reine de lydie

Dans la mythologie, Omphale, reine de Lydie eut Hercule pour esclave durant sept années; il lui avait été vendu en expiation du meurtre de son épouse au cours d'une crise de folie. Dans le roman de Pierre Benoît, Antinéa reine de l'Atlantide transforme en statues d'orichalque les corps de ses amants délaissés. Télescopant le mythe grec avec le fantasme littéraire, le scénariste Ennio De Concini imagina le second volet de la saga, Hercule et la reine de Lydie, sur arrière fond du Cycle thébain (la rivalité d'Étéocle et Polynice, les Sept contre Thèbes). Éternité du mythe de la mante religieuse, ici incarnée par la rousse et pulpeuse Sylva Lopez, à la ville épouse de Francis Lopez célèbre auteur d'opérettes marseillaises. Un cocktail réussi !

Que faisait-il dans cette galère ?
Je pars de l'idée que la plupart des gens ne connaîtront de l'Antiquité (et de l'Histoire en général) que ce qu'ils en ont vu à l'écran, lu dans des BD ou des romans «historiques». Prenez par exemple Ben Hur... le commun des mortels s'imagine que, sur les trirèmes romaines, de pauvres esclaves ramaient sous le fouet... C'est faux. Dans sa documentation, Lewis Wallace a télescopé la trière athénienne avec les «chrétiennes» galères de Louis XIV; il suffit de relire le passage dans son roman pour le comprendre. Dans l'Antiquité, les rameurs étaient des professionnels rémunérés. À Athènes, c'étaient les citoyens les plus pauvres, parce qu'ils ne pouvaient se payer le très onéreux équipement d'hoplite (fantassin lourd). Mais lorsqu'on avait besoin des «Marines», ils se transformaient en infanterie légère. Il y en avait ainsi 170 sur une trière.
En fait, c'est seulement au XVe s. que les Chevaliers de Rhodes - ex Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem - ont, les premiers, eu l'idée de faire ramer des prisonniers turcs sur leurs galères... Le nom de «Turc» est resté attaché au chef de l'aviron - celui qui se trouve à l'extrémité, près de la coursive, et qui imprime le rythme à ses partenaires.
Mais voilà, parmi cent autres, un poncif sur les Romains qui a la vie dure !

Les gladiateurs
Un seuxième exemple nous est fourni par les gladiateurs, qui constituent un autre non moins incontournable cliché du film sur la Rome antique. J'ai des connexions avec l'archéologie expérimentale et les gens qui étudient cette institution ainsi que les techniques de combat antiques. À la décharge des cinéastes, je dirais que ces études sont assez récentes (une quinzaine d'années) et que dans les années '60, par exemple, on n'en avait aucune idée.
Aujourd'hui, les cinéastes consultent parfois ces spécialistes mais finissent toujours par n'en faire qu'à leur tête, histoire d'être entertainement ! Les clichés, le pouce vers le bas, Spartacus etc. persistent ! Dommage.

gladiator, ridley scott, russell crowe

Quintus (à propos des Germains) : «Les Hommes devraient savoir quand ils sont vaincus.» Maximus : «Le pourrais-tu, toi Quintus ? Et moi, le pourrais-je ?»
Belle illustration d'un lieu commun des historiens romains : les Barbares sortent de la forêt tandis que les Romains prennent position dans la plaine ! Détail amusant : le rauque accent germanique en plus, le cri de guerre des Marcomans ressemble à s'y méprendre à celui des Zoulous dans Zoulou de Cy Endfield (1963).

Spartacus
Deux mots, à propos de Spartacus : Blood and Sand, la série TV ultra-violente et sexuelle produite par Starz. Elle a de quoi choquer les spécialistes, pourtant je la trouve intéressante car elle montre une équipe de têtes brûlées prêtes à combattre jusqu'à la mort pour l'honneur du ludus. Un peu comme ces fous-furieux dans les films de kung-fu ? Si l'on remet un peu les choses en situation, on voit que la série respecte assez bien les mentalités guerrières de l'Antiquité. Rien à voir avec nos traditions, récentes, pétries d'humanisme baba-cool et de respect du vaincu (fin du XIXe s., Henri Dunant, fondateur de la Croix-Rouge, fut fraîchement reçu lorsqu'il alla exposer ses idées dans les différents Ministère de la Guerre - on ne disait pas encore «de la Défense»).
Reste que cette série se plante fréquemment sur la question des armaturæ (panoplies). C'est le plus souvent n'importe quoi. Mais elle montre bien que les esclaves, et notamment les gladiateurs-esclaves, ne sont que des outils-dotés-de-parole, qui peuvent aussi servir de sex toys à de nobles patriciennes. Il y a du reste une parenté sémantique entre le leno (proxénète) et le lanista (celui qui dresse des gladiateurs).

Archéologie du péplum

Quel sont les origines du péplum en dehors du cinéma ? Où les premiers réalisateurs de péplums sont-ils allés puiser leur inspiration ?

La Renaissance
Remontant à la Renaissance et même plus avant, elles sont aussi vieilles que notre civilisation occidentale gréco-romaine. En témoignent, au XIIe s., certains romans de chevalerie comme Le Roman d'Alexandre. Jean Lemaire de Belges nous a laissé une étonnante compilation sur Hercule et les antiquités troyennes (Illustrations de Gaule et Singularitez de Troye, 1511). Il faut rappeler qu'en 1453, la chute de Constantinople a vu quantité d'érudits Grecs fuir les Ottomans. Leurs bagages pleins de manuscrits oubliés chez nous, ils viennent se réfugier en Italie ou ailleurs en Europe. Voilà qui allait «booster» l'intérêt pour l'Antiquité.

La peinture pompier
La peinture y puise, ainsi que dans la Bible, le sujet de ses toiles qui est souvent prétexte à dénuder des corps ou à suggérer d'effroyables supplices... Sexe et sadisme sont de puissants moteurs pour nourrir nos pauvres fantasmes. Incroyables les nudités que peignirent les artistes de la très prude Angleterre victorienne !... L'Antiquité propose un puissant alibi, en nous ouvrant un univers réputé peuplé de déesses et d'athlètes païens où tout est possible; un espace virtuel totalement déconnecté du quotidien. C'est ainsi que Napoléon III aurait, au Salon de 1853, cinglé de sa cravache les Baigneuses de Courbet parce que l'artiste avait représenté des femmes ordinaires se séchant après s'être baignées nues. S'il avait peint un «Actéon surprenant Artémis et ses nymphes au bain...» c'eût évidemment été bien différent !
Cependant, stricto sensu, je ferais remonter le péplum aux fouilles de Winkelmann à Pompéi (1784) et à l'expédition de Bonaparte en Égypte (1798-1801). Ensuite de quoi égyptomanie, étruscologie etc. marquent le XIXe s. : le mobilier «Empire», la peinture archéologique (les «pompiers»), les premiers romans historiques qui emboîtent le pas aux tragiques des siècles précédents (Shakespeare, Racine, Corneille...) comme au théâtre lyrique.

hercule contre les vampires, reg park

Reg Park incarne un Hercule débonnaire et glouton, dans la lignée de l'Alceste d'Euripide. Mais cette photo illustre aussi les procédés industriels du péplum italien, car cette séquence, en réalité, figure dans deux productions Achille Piazzi de 1961 : Hercule à la conquête de l'Atlantide (Vittorio Cottafavi) et Hercule contre les Vampires (Mario Bava).

Les incunables du péplum
Voilà d'où nous vient le péplum. Des spectacles de cirque reconstituent les frasques de Cléopâtre ou de Néron, l'héroïsme de Vercingétorix (Barnum aux États-Unis, l'Hippodrome du Pont de l'Alma à Paris). Brodant sur la culture classique et officielle, les premiers films cinématographiques sont des petites bandes d'une ou deux minutes qui passent dans des baraques foraines. Tourné en septembre 1897 pour les Frères Lumière [cat. n 747], Néron essayant des poisons sur des esclaves fait 17 m, soit 55") et est considéré comme le tout premier «péplum».
Mais ces petites bandes deviendront grandes...

Entre 1900 et 1910, la durée moyenne des films passe d'une minute (15 mètres) à dix, voire quinze minutes ! En fait, la durée du métrage varie selon qu'il s'agît du cinéma muet (16 à 22 images/seconde, la vitesse n'étant pas encore standardisée) ou du sonore (24 images/seconde). Dans les ouvrages de référence, on indiquera le métrage - seul fiable - plutôt que la durée, qui est fonction de la vitesse d'enregistrement, mais aussi de la projection... à la manivelle (9).
Parmi d'autres tels Alice Guy et Victorin Jasset, Louis Feuillade et le «Film d'Art» (fondé en 1908) se feront une spécialité de ces «incunables»... Le premier film mythologique de Méliès, Le tonneau des Danaïdes (cat. n 314) fait, en 1900, 1'17"; huit ans plus tard La Prophétesse de Thèbes (1908 - cat. n 1096-1101) du même Méliès dure 1'42", mais la même année ses Torches humaines [de Justinien] (1908 - cat. n 1066-1068) en font près du double : 2'56".
Il faudra attendre 1913 pour voir réaliser des films plus ambitieux, parfois de plus d'une heure comme Cabiria (240') qui, tout de même, reste exceptionnel; cette année-là, L'Agonie de Byzance de Feuillade ne fait encore que 29' (10). N'oublions pas que les films, à l'époque comme de nos jours, doivent s'insérer dans les créneaux horaires des exploitants.
La mise en scène s'améliore aussi, du reste : ne se contentant plus de décors peints sur toile, Cabiria (G. Pastrone, 1913) s'approprie aussi l'espace en créant des décors en volume où se déplace le carello (travelling), bientôt imité aux Etats-Unis par Intolérance (D.W. Griffith, 1916) (11).

Les Trois Âges (mais sans Buster Keaton !)

Existe-t-il un âge d'or du genre, et, si oui, quand et pourquoi ?

Moi j'en vois trois. Il y a celui des anté-péplums ou incunables (1913-1925), celui des Golden Sixties (1957-1965), et celui de l'«Effet Gladiator» (2000-....). Mais entre ces trois âges, il ne faudrait pour autant pas croire qu'on ait arrêté de faire des péplums ! Dans les années '30, C.B. DeMille en réalise quelques uns parmi les plus fameux (Le Signe de la Croix, 1932; Cléopâtre, 1937). Dans les années '80, prospère (youp-là boum !) le péplum érotique dans le sillage de Caligula; mais aussi les «série-TV» péplums - Jésus de Nazareth (1975-77), Moi Claude Empereur (1976), L'Aigle de la IXe Légion (1977), Masada (1980), Les derniers jours de Pompéi (1983), Quo Vadis ? (1984), Anno Domini (1984).
Et les '90, qui démarrèrent avec les série bibliques télévisuelles de la Lube-R.A.I., se prolongèrent avec les productions de Sam Raimi (Hercules & Xena).
Enfin, pour la plus grande joie des «anciens», mais aussi de la nouvelle génération, la redécouverte du genre à travers la VHS d'abord, du DVD ensuite, y participa aussi. Sans nul doute possible.

L'Asie antique

Quelles limites peut-on assigner au genre (par exemple, peut-on inclure la série de Conan dedans, ou bien les films traitant du l'Antiquité asiatique) ?

Conan le Barbare est border line, mais pourquoi pas ? L'heroic fantasy est connexe au péplum car elle explore - en principe - des mythologies celtiques et germaniques, qui valent bien le gréco-romain-biblique. Et les maltraite tout autant, ajouterais-je, mais... that's life !

L'Empire des «Fils du Ciel»
Pour qui est imbibé de latin et de grec, prétendre en outre maîtriser la civilisation chinoise ou japonaise (ou hindoue) est peut-être excessif... Pour aussi sympathique qu'elle soit, l'Antiquité asiatique n'existe - à mes yeux - que dans la contiguïté chronologique. Ainsi faut-il être prudent car ce sont deux mondes qui ne communiquent guère. J'en parle d'autant plus à mon aise que ces derniers temps je me suis intéressé à la question d'éventuels contacts entre l'Empire romain et l'Extrême-Orient (qu'il s'agisse de l'éventuelle odyssée des survivants du désastre de Carrhæ (- 53), qui auraient migré jusqu'en Chine, ou les tentatives diplomatiques de Trajan, pour tourner la menace parthe (vers +120)). La seule chose que les Chinois aient eu chose en commun avec les Romains, c'est qu'ils furent les premiers, et sensiblement à la même époque, à se doter d'une armée professionnelle (12). Ça s'arrête-là, je pense. On peut bien évidemment s'intéresser à des périodes parallèles à notre Antiquité. Myth de Stanley Tong (2005), Les 3 Royaumes de John Woo (2009) qui se situe en 208 de n.E., vers la fin de la période Han, ou The Story of Han Dynasty de Wei Han Tao (TV 2007), relative au premier empereur Qin (221 av. n.E.)... Mais cela ne nous parle pas beaucoup.

Toutefois je m'étais intéressé à un film malais de 2011, Le Choc des Empires de Yusry Kru, inspiré d'une chronique intitulée Hikayat Merong Mahawangsa (qui semble remonter au XVIIe s., mais est peut-être plus ancienne). Il y est question d'un prince malais nommé Merong Mahawangsa, qui serait un descendant d'Alexandre le Grand; et d'une ambassade romaine au pays des Han justement vers 120 de n.E. L'empereur romain aurait voulu donner son fils à épouser à Meng Li Hua - fille l'Empereur de Chine - afin de sceller une alliance entre les deux empires. Mais il est surtout question d'un pirate malais nommé Garuda (l'oiseau des tempêtes dans la mythologie védique), dont l'intervention risque de faire capoter l'ambassade de Marcus Carpenius. De fait, il s'agit davantage d'un film d'arts martiaux que d'un film historique, malgré quelque citation d'Horace, en bon latin :

(...) carpe diem,
quam minimum credula postero

«Cueille donc le jour présent,
sans trop te fier au lendemain.
(HOR., Odes, I, 11. 8)

Le Pays du Soleil Levant
À noter au Japon la redécouverte de l'Antiquité romaine par le biais du manga : Cestus de Shizuya Wazarai (Hakusensha éd.), quinze albums entre 1998 et 2009; Agrippa de Tooru Uchimizu (Sueisha éd., 2011-2012), consacré à Vercingétorix comme le titre ne le dit pas; Virtus de Hideo Shinanogawa & Gibbon (Ki-oon éd., 2012-2013), qui s'inspire du Gladiator de Ridley Scott, etc. Mais l'un des plus curieux est Thermæ Romæ de Mari Yamazaki, qui disserte sur la culture du bain commune aux Romains et aux Nippons. Succès planétaire (la traduction française chez Casterman); une série TV en a été tirée, mais je n'ai pas encore eu l'occasion de la voir.

Perspectives d'avenir ?

Que pensez-vous des péplums actuels ? Personnellement, à part quelques exception (Agora et Gladiator par exemple), je trouve cette nouvelle vague de péplum assez décevante. Selon vous, le genre s'essouffle-t-il (à l'image du western) ou bien a-t-il un avenir (et si oui, lequel) ?

Ce troisième Age d'Or, dans le sillage de Gladiator, a ses spécificités. Beaucoup de téléfilms pas terribles; et des séries docufictions pas géniales non plus. Agora est sympathique car, pour une fois, c'est le fanatisme monothéiste qui est montré du doigt. Maintenant, s'il s'agit de savoir si l'on nous a représenté le vrai visage d'Hypatie... Les historiens en discutent encore, et bien sûr ne tombent jamais d'accord. Alors, le pauvre film-maker...

J'ai certes adoré Gladiator en dépit de certaines libertés prises avec l'histoire, mais le chef-d'œuvre absolu du Troisième âge d'or est et reste, à mes yeux, la série TV Rome (HBO). Pour une fois les cinéastes tentent de pénétrer l'âme romaine pour en faire une peinture assez exacte. L'exercice est périlleux car il s'agit non pas de reproduire les rites à l'identique, archéologiquement parlant, mais de les faire percevoir au spectateur, et sans pédanterie. Il me plaît de penser être plus spécialement redevable de cette délicate attention à John Milius (Conan le Barbare), un des trois concepteurs de la série avec Bruno Heller et William J. MacDonald. Au niveau du scénario, bien sûr, il y a des simplifications inévitables : par exemple Atia, la mère d'Octave, emprunte davantage à la débauchée Clodia - de célèbre mémoire - qu'à la vertueuse Atia historique...

Besoin de ressourcement
Le péplum est à l'Ancien Monde ce que le western fut au Nouveau. J'adore les westerns, et je pense que l'on fera toujours des péplums. Simplement parce que toute civilisation, toute culture a besoin de points de repères. A besoin de mythes. On n'a jamais publié autant de romans historiques que depuis le déclin de l'enseignement de l'Histoire dans les écoles. C'est un besoin. Retrouver nos racines, même si ce sont les marchands du temple qui nous les distillent sous forme de fast-food ou de plats surgelés de douteuse provenance ! Les gens se moquent de savoir si les constructeurs des pyramides étaient des esclaves fouettés ou de braves fellahs œuvrant par dévotion pour Pharaon-Dieu.
Ce qu'ils veulent, c'est qu'on leur parle de ce Passé. Même s'il s'agit de débiter de ces sympathiques stupidités comme nous en propose, par exemple, la para-archéologie ! Dans 10.000 B.C., Roland Emmerich nous montre, cornaqués par des Atlantes, des mammouths édifiant les pyramides de Gizeh ! D'où venons-nous ? Où allons-nous ? Tournons-nous en rond ? Toujours la même question. À chacun sa vérité.

Une petite crucifixion ? (13)
Le cinéma ressasse toujours les mêmes histoires, avec chaque fois une petite nuance en sus. Vous savez, Jésus-Christ a une toute autre carrure que Maciste (lequel, en additionnant le muet et le parlant, ne totalise à son actif qu'une quarantaine de films). Or on refait des films sur Jésus tous les ans. Ce qui fait de lui le héros de plus d'une centaine de films (14). Bien que détestant le gore, j'ai adoré La Passion du Christ de Mel Gibson parce que (en en rajoutant un peu, je le reconnais) il donnait une idée réaliste de ce qu'était une crucifixion, ce qui nous change du lénifiant discours chrétien habituel. Techniquement parlant, il y aurait à redire sur la position du supplicié sur la croix dans son film. Reportez-vous plutôt à L'Inchiesta de Damiano Damiani ou à La Dernière tentation de Scorsese. Mais on n'imagine pas un chrétien aussi intégriste que lui, tournant le dos à l'iconographie traditionnelle en relevant ce que nous apprend la découverte en 1968, dans le cimetière de Givat Hamitvar à Jérusalem, du squelette d'un notable juif crucifié en position de torsion.

Confusion des mentalités
Personnellement, je préfère les dieux de la Grèce. J'ai la nostalgie des péplums mythologiques des '60, d'Hercule et la Reine de Lydie, Hercule à la conquête de l'Atlantide ou contre les Vampires. Ou de Jason et les Argonautes. Une imagination débridée, ironique, mais toujours respectueuse. Ce qui m'irrite le plus, ce sont les récents films mythologiques dans le sillage du Choc des Titans 2, sinon de l'Hercule de Walt Disney. Voir Hadès, le Roi des Enfers, assimilé à Satan va au-delà de mes forces; il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes, ni le judéo-christianisme avec la religion gréco-romaine.

Pourriez-vous nous donner trois mots (n'importe lesquels) qui définiraient, selon vous, le mieux le genre) ?

Ce n'est pas moi qui l'ai dit, mais : «forain», «milliardaire» et «beau comme tout» (15) !

La vérité, si je mens..

Quels sont, d'après vous, les ingrédients pour faire un bon péplum ?

Une subtile alchimie entre l'exactitude et le poncif, entre les faits et l'imaginaire. Je ne pense pas que la légende soit plus belle que la simple réalité. Pour prendre un exemple dans le western : je ne vois pas en quoi la légende (Davy Crockett abattu sur le parapet d'El Alamo, alors que faisant les moulinets avec sa vieille «Betsy» il fauchait des rangs entiers de Mexicains) serait plus pathétique que la simple vérité historique (il s'est rendu avec une poignée de camarades, a été collé au mur et fusillé séance tenante). Je rêve d'un film qui donnerait une version plausible et honnête de la bataille des Thermopyles ou du désastre de Varus. Bref, qui irait plus loin que l'hagiographie.

 

(21 août 2013)
Luca BLENGINO (sc.) & Luca ERBETTA (d.), Sarrasins !,
Quadrants éd. (Soleil Productions), 48 p.
(Jean-Marc LAINÉ (adapt. txt. & dial.), Filippo RIZZU (coul.))

ISBN : 9782302030664

SYNOPSIS
An 927 (314 de l'Hégire). La Provence est déchirée par les incessants conflits qui opposent entre eux les nombreux seigneurs ou moines locaux. Elle est la proie de pirates sarrasins, les Muwallad qui règnent en maîtres sur la quasi-totalité des côtes méridionales françaises depuis une centaine d'années ! Pillages, enlèvements et demandes de rançon y sont monnaie courante. D'origine chrétienne, Hazar - «pari», en dialecte musta'rab - est un jeune pirate, téméraire et ambitieux, aux cheveux blonds et aux yeux bleus.

Depuis le Freinet de Saint-Tropez, le Farakhshanit, il accompagne ses frères les Muwallad dans leurs incursions sur la terre ou sur la mer. Quel sombre complot trame l'ambassadeur de la cour de Mâdinat al-Zahrâ', la capitale du sultanat d'al-Andalus ? Lors d'un raid qui vise un émissaire de l'abbaye de Cluny en route vers Rome, son père adoptif est sauvagement massacré et lui-même accusé de traîtrise. Il ne sera jamais un «vrai» Muwallad !
Hazar n'aura de cesse de prouver son innocence, quel que soit le prix qu'il devra payer.

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Luca Erbetta est né à Gênes le 27 avril 1979. Il a passé son diplôme au Lycée Artistique Ego Bianchi de Cuneo. Il a ensuite étudié un an dans une école d'Arts Plastiques à Nice. Après avoir collaboré avec le magazine italien de moto Tuttomoto comme dessinateur, il publie en France 1881, sa première BD, en collaboration avec le scénariste Luca Blengino (Éditions Semic). De 2005 à 2008, il a travaillé sur la série Watch (Editions Delcourt), pour un total de 6 tomes. Avec Luca Blengino, il est aussi co-scénariste. En 2008, il rejoint l'équipe, toujours plus cosmopolite, du projet Alter Ego, où il travaille en tandem de dessinateurs avec Efa. En 2010, aux USA pour l'Editeur Image, il a dessiné l'histoire en quatre chapitres The Writer, dans la série Sam & Twitch.

[@Texte - © Dupuis]

OPINION
Selon la légende scolaire, en 732, à Poitiers, Charles Martel arrêta l'invasion arabe. Ce que l'histoire universitaire nuance : il ne s'agissait pas d'une invasion mais d'un simple raid de pillards (oh ben, alors...). Traitant d'un sujet rarement abordé, sinon jamais, la BD que voici nous rappelle que deux siècles plus tard, les musulmans occupaient toujours le sud de ce qui n'était pas encore la France - quoique néanmoins et de longue date terre chrétienne. «Et ils y sont toujours», persifle une amie marseillaise. En Espagne, ils s'y maintinrent plus longtemps encore, apportant aux pauvres ignorants d'Espagnols - qui pourtant n'étaient nullement demandeurs - les lumières de leurs brillantes civilisation et religion.

Voici donc une bande dessinée historique qui sort des sentiers battus. D'abord par son sujet : la présence des Sarrasins dans la Provence française au Xe s., leur installation brutale et la lutte intestine entre les pirates Mullawad et le sultanat d'Andalousie.
Construite comme une de ces fameuses auberges espagnoles où l'on ne trouve que ce qu'on veut bien y apporter, cette BD - assez équivoque - autorise des lectures diamétralement opposées comme la paix entre les communautés (les deux héros, Hazar le chrétien islamisé et Fatima la musulmane christianisée) ou la lecture identitaire (Hazar n'a d'autre choix que de demeurer un Sarrasin). L'allusion au djihâd al-andalus, vieille revendication islamiste - avant que de convertir le restant de l'Europe à la pointe du cimeterre - n'aura pas échappé à qui sait lire entre les lignes. Mais justement, mettant en évidence la trahison du sultan d'Andalousie qui abandonne aux chrétiens le destin des Muwallad, la BD peut s'interpréter de différentes manières. Les Muwallad sont des pirates, donc des voyous. Mais le sultanat d'Andalousie perdurera quelques siècles encore (jusqu'en 1492), affirmant la pérennité de l'Islam en Espagne, donc en Europe. D'un autre côté, il serait également vain d'opposer Islam et Chrétienté. Le fameux Cid, au gré de ses intérêts du moment, ne dédaigna point d'à l'occasion mettre son épée cruciforme au service de l'un ou l'autre émir espagnol. Trêve de futiles anecdotes : la compréhension du lecteur moyen sera toujours métahistorique...

CRITIQUE
«Période historique méconnue, personnages forts et subtilement brossés, dessin réaliste à la fois dynamique et précis (les petites imprécisions anatomiques sont vite oubliées devant la fougue de l'ensemble), montée dramatique puissante... Tout est ici réuni pour rendre ce récit palpitant de bout en bout, même un lecteur allergique aux aventures médiévales. Le scénariste Luca Blengino (L'Astrolabe de glace, 7 survivants, Le Casse - Gold Rush) démontre une nouvelle fois qu'il maîtrise sur le bout des doigts l'art et les ressorts de la dramaturgie en bande dessinée, ce qui lui permet de construire un univers riche et documenté, et de le faire vivre avec la dose nécessaire d'action. Du beau boulot.»

Bo-Doï

 

(15 août 2013)
Pantelis MICHELAKIS & Maria WYKE (éd.),
The Ancient World in Silent Cinema,

Cambridge University Press, cartonné, 398 p. (24,8 x 17,4 x 3,4 cm)

ISBN-10 : 110701610X - ISBN-13 : 978-1107016101

PRÉSENTATION
In the first four decades of cinema, hundreds of films were made that drew their inspiration from ancient Greece, Rome, Egypt and the Bible. Few of these films have been studied, and even fewer have received critical attention. The films in question, ranging from historical and mythological epics to adaptations of ancient drama, burlesques, animated cartoons and documentaries, suggest a preoccupation with the ancient world that competes in intensity and breadth with that of Hollywood's classical era. What contribution did the worlds of antiquity make to early cinema, and how did perceptions of them change as a result ? Existing prints as well as ephemera scattered in film archives and libraries around the world constitute an enormous field of research, and this edited collection is a first systematic attempt to focus on the instrumental role of silent cinema in early twentieth-century conceptualisations of the ancient Mediterranean and Middle East.

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TABLE DES MATIÈRES

  1. Introduction : silent cinema, antiquity and «the exhaustless urn of time» (Pantelis MICHELAKIS & Maria WYKE)

    Part I. Theories, histories, receptions
  2. The ancient world on silent film : the view from the archive (Bryony DIXON)
  3. On visual cogency : the emergence of an antiquity of moving images (Marcus BECKER)
  4. Cinema in the time of the pharaohs (Antonia LANT)
  5. «Hieroglyphics in motion» : representing ancient Egypt and the Middle East in film theory and criticism of the silent period (Laura MARCUS)
  6. Architecture and art dance meet in the ancient world (David MAYER)
  7. Ancient Rome in London : classical subjects in the forefront of cinema's expansion after 1910 (Ian CHRISTIE)
  8. Gloria Swanson as Venus : silent stardom, antiquity and the classical vernacular (Michael WILLIAMS)
  9. Homer in silent cinema (Pantelis MICHELAKIS)

    Part II. Movement, image, music, text
  10. Silent Saviours : representations of Jesus' Passion in early cinema (Caroline Vander STICHELE)
  11. The Kalem Ben-Hur (1907) (Jon SOLOMON)
  12. Judith's vampish virtue and its double market appeal (Judith BUCHANAN)
  13. Competing ancient worlds in early historical film : the example of Cabiria (1914) (Annette DORGERLOH)
  14. Peplum, melodrama and musicality : Giuliano l'Apostata (1919) (Giuseppe PUCCI)
  15. «An orgy Sunday School children can watch» : the spectacle of sex and the seduction of spectacle in Cecil B. DeMille's The Ten Commandments (1923) (David SHEPHERD)
  16. Silent laughter and the counter-historical : Buster Keaton's Three Ages (1923) (Maria WYKE)
  17. From Roman history to German nationalism : Arminius and Varus in Die Hermannschlacht (1924) (Martin M. WINKLER)
  18. The 1925 Ben-Hur and the «Hollywood Question» (Ruth SCODEL)
  19. Consuming passions : Helen of Troy in the jazz age (Margaret MALAMUD)

    General bibliography
    Index of films discussed
    General index

CONTRIBUTEURS
Marcus Becker
is an art historian at Berlin's Humboldt University. He is Research Fellow at the Collaborative Research Centre «Transformations of Antiquity» and at a research project on set design and set designers in the Babelsberg film studios. He has published numerous articles on the reception of antiquity around 1800 as well as on cinematic scenography and is co-editor of a volume on Prussia and King Frederic II in film (Preußen aus Celluloid : Friedrich II. im Film, 2012).

Judith Buchanan is Professor of Film and Literature in the Department of English and Related Literature and currently Director of the Humanities Research Centre at the University of York. Publications include the monographs Shakespeare on Film (2005) and Shakespeare on Silent Film : An Excellent Dumb Discourse (Cambridge University Press, 2009), the edited volume The Writer on Film : Screening Literary Authorship (2013) and numerous articles on film and literature in the silent era. Current projects include work on the Bible and silent film, painting and early cinema, myths and fairy tales in film and literature and the body and The Tempest in performance.

Ian Christie is a film historian, curator, broadcaster and consultant. He has written and edited books on Powell and Pressburger, Russian cinema, Scorsese, and Gilliam, and worked on many film-related exhibitions. From 2003 to 2005, he was director of the AHRC Centre for British Film and Television Studies and in 2006 Slade Professor of Fine Art at Cambridge University. A Fellow of the British Academy, he is Professor of Film and Media History at Birkbeck College, director of the London Screen Study Collection and president of Europa Cinemas, of which he was a co-founder. Current research includes the early motion picture industry in Britain; film in the digital era; the history of production design, on which he published The Art of Film : John Box and Production Design (2009) and audienceship, about which he has edited Audiences (2012).

Bryony Dixon is a curator at the BFI National Archive with particular responsibility for silent film. She has researched and written on many aspects of early and silent film and co-directs and programmes the annual British Silent Film Festival (now in its sixteenth year) as well as programming for the BFI and a variety of film festivals, conferences and events worldwide. She is the author of 100 Silent Films in the BFI Screen Guides series (2011) and is most recently lead curator on the BFI silent Hitchcock restoration project.

Annette Dorgerloh is Senior Lecturer in the Department of Art History at Humboldt University, Berlin and member of the Collaborative Research Centre «Transformations of Antiquity», working on the project «Brave Old World : Sites, Programs, and Materials around 1800». Since 2011 she has been the head of a research project in history of production design in German cinema. She is the author of a book on tomb and memorial monuments in early German landscape gardens (Strategien des Überdauerns : Das Grab- und Erinnerungsmal im frühen deutschen Landschaftsgarten, 2012); co-author of a book on the Berlin Wall in film (Die Berliner Mauer in der Kunst : Bildende Kunst, Literatur und Film, 2011) and co-editor of a volume on Prussia and King Frederic II in film (Preußen aus Celluloid : Friedrich II. im Film, 2012).

Antonia Lant is Professor of Cinema Studies, New York University. She is the author of Blackout : Reinventing Women for Wartime British Cinema (1991) and editor of The Red Velvet Seat : Women's Writings on the First Fifty Years of Cinema (2006). She is a member of the National Film Preservation Board, Library of Congress, and is founding director of the MA Program in Moving Image Archiving and Preservation at New York University. Her active research interests are in silent cinema, women's film history and egyptomania in the arts. In addition, she is currently international research partner in «Texture Matters : The Optical and Haptical in Media», a project supported by the Austrian Science Fund and based at the University of Vienna.

Margaret Malamud is Professor of Ancient History and Islamic Studies at New Mexico State University. She is the author of Ancient Rome in Modern America (2009), and co-editor of Imperial Projections : Ancient Rome in Modern Popular Culture (2001). She is currently working on Classics as a Weapon : Debating Slavery and Liberty through Classical Exempla, funded by the National Endowment for the Humanities.

Laura Marcus is the Goldsmiths' Professor of English Literature at the University of Oxford and Professorial Fellow of New College Oxford. Her research and teaching interests are predominantly in nineteenth- and twentieth-century literature and culture, including life-writing, modernism, Virginia Woolf and Bloomsbury culture, contemporary fiction, and literature and film. Her book publications include Auto/biographical Discourses : Theory, Criticism, Practice (1994), Virginia Woolf : Writers and their Work (1997, 2004), The Tenth Muse : Writing about Cinema in the Modernist Period (2007) and, as co-editor, The Cambridge History of Twentieth-Century English Literature (Cambridge University Press, 2004). She is on the editorial boards of a number of journals and is one of the editors of the journal Women : a Cultural Review. She is currently completing a book on writers and the cinema, from the beginnings to the present.

David Mayer Emeritus Professor of Drama and Research Professor, University of Manchester, studies British and American popular entertainment of the nineteenth and early twentieth century. Recent writings explore links between the Victorian stage and early motion pictures. He is co-founder of The Victorian and Edwardian Stage on Film Project, a contributing member to The [D.W.] Griffith Project developed between Le Giornate del Cinema Muto, Pordenone, the British Film Institute and the US Library of Congress. His books include Harlequin in his Element : English Pantomime, 1806-1836 (1968), Henry Irving and The Bells (1984), Playing Out the Empire : Ben-Hur and other Toga-Plays and Films (1994) and Stagestruck Filmmaker : D. W. Griffith and the American Theatre (2009).

Pantelis Michelakis is Senior Lecturer in Classics at the University of Bristol. His research interests are in Greek theatre, literature and culture, and in their ancient and modern reception. He is the author of Achilles in Greek Tragedy (Cambridge University Press, 2002), Euripides' Iphigenia at Aulis (2006) and Greek Tragedy on Screen (2013). He has co-edited Homer, Tragedy and Beyond : Essays in Honour of P.E. Easterling (2001) and Agamemnon in Performance, 458 BC to AD 2004 (2005). He has also published articles on Greek tragedy and Greek literature, and their reception on stage and screen. He is currently continuing his collaborative research project on silent cinema with his co-investigator Maria Wyke.

Giuseppe Pucci is Emeritus Professor of Greek and Roman Art and Archaeology at the University of Siena, Italy. He has been Getty Scholar (1995-6), Senior Visiting Scholar at the Center for Advanced Study in the Visual Arts, Washington (2000) and visiting professor in many leading universities in Europe and the USA. He is Fellow of the Deutsches Archaeologischen Institut and of the Società Italiana di Estetica. He has devoted a List of contributors xvii number of papers to the cinematic fortunes of Caesar, Cleopatra, Agrippina, Zenobia and other characters of Roman history.

Ruth Scodel is D.R. Shackleton Bailey Collegiate Professor of Greek and Latin at the University of Michigan. Her publications include The Trojan Trilogy of Euripides (1979); Sophocles (1984); Lysias, Orations I and III (1986); Credible Impossibilities : Conventions and Strategies of Verisimilitude in Homer and Greek Tragedy (1999); Listening to Homer (2002); Whither Quo Vadis ? (2008; with Anja Bettenworth); Epic Facework : Selfpresentation and Social Interaction in Homer (2008) and An Introduction to Greek Tragedy (Cambridge University Press, 2010). She was President of the American Philological Association in 2007 and Leventis Visiting Research Professor at the University of Edinburgh in 2011.

David Shepherd is Senior Lecturer in Hebrew Bible at the University of Chester. His research interests include the reception and interpretation of the Bible in its ancient and modern contexts. His publications in relation to the representation of biblical narratives in the cinema include Images of the Word : Hollywood's Bible and Beyond (2008). He is currently co-chair of the «Bible and the Moving Image» programme unit of the International Meeting of the Society of Biblical Literature.

Jon Solomon Novak Professor of Western Civilization and Culture, and Professor of the Classics at the University of Illinois at Urbana-Champaign, received his Ph.D. (Classics) from the University of North Carolina in 1980. He publishes in a wide range of disciplines including the classical tradition in opera and the cinema, ancient Greek music theory, ancient Greek poetry, Greek mythology, ancient Roman cuisine, pedagogical computer applications, and The Three Stooges. He has published the first of three volumes of Boccaccio's Genealogy of the Pagan Gods (2011), a translation and commentary of Ptolemy's Harmonics (2000), The Ancient World in the Cinema (1978 and 2001), and co-authored Up the University : Re-Creating Higher Education in America (1993). His works in progress include a book on Ben-Hur and opera and the ancient world.

Caroline Vander Stichele is Lecturer in Biblical Studies at the Department of Art, Religion and Culture, University of Amsterdam, the Netherlands. Her research and publications focus on hermeneutics and the reception history of biblical texts and characters, representations of gender in Early Christian literature, and the Bible and modern media, especially film. She is co-author of Contextualizing Gender in Early Christian Discourse : Thinking beyond Thecla (2009) and co-editor of several volumes, including most recently Text, Image, & Otherness in Children's Bibles : What is in the Picture ? (2012). She is currently working on a book about Herodias.

Michael Williams is Senior Lecturer in Film Studies at the University of Southampton. His monograph Film Stardom, Myth and Classicism : The Rise of the Hollywood Gods, exploring the use of antiquity in the creation of Hollywood stardom, was published in 2012. He is also author of Ivor Novello : Screen Idol, a contextual study on Britain's first major film star (2003), and co-editor of the collection British Silent Cinema and the Great War (2011). Other work includes : queer readings of the heritage film; Belgian filmmaker Bavo Defurne; film adaptations of Highsmith's The Talented Mr. Ripley; Anton Walbrook; and the relationship between stars and antiquity in Ben-Hur (1925) and 300 (2006). He is an editorial advisor for The Velvet Light Trap and continues to research the relationship between stardom, classicism and sexuality.

Martin M. Winkler is University Professor and Professor of Classics at George Mason University in Fairfax, Virginia. His books are The Persona in Three Satires of Juvenal (1983), Der lateinische Eulenspiegel des Ioannes Nemius (1995), Cinema and Classical Texts : Apollo's New Light (Cambridge University Press, 2009) and The Roman Salute : Cinema, History, Ideology (2009). He also edited the anthology Juvenal in English (2001) and the essay collections Classics and Cinema (1991), Classical Myth and Culture in the Cinema (2001), Gladiator : Film and History (2004), Troy : From Homer's Iliad to Hollywood Epic (2006), Spartacus : Film and History (2007) and The Fall of the Roman Empire : Film and History (2009). He has published articles, book chapters, reviews, etc., on Roman literature, on the classical tradition and on classical and medieval culture and mythology in film.

Maria Wyke is Professor and Chair of Latin at University College London. Her research interests include the reception of ancient Rome, especially in popular culture. In both Projecting the Past : Ancient Rome, Cinema and History (1997) and The Roman Mistress : Ancient and Modern Representations (2000), she explored cinematic reconstructions of ancient Rome in the film traditions of Italy and Hollywood. She won a Leverhulme Major Research Fellowship to investigate the reception of Julius Caesar in Western culture, since published as Caesar : A Life in Western Culture (2007) and Caesar in the USA (2012). She continues now to work on the Antiquity in Silent Cinema project, investigating in particular representations of Roman history in the film industries of the USA, France and Italy.

 

(1er juin 2013)
Jean DUFAUX & Philippe DELABY,
Murena/9 : Les Épines,

Dargaud éd.

Dans Rome ruinée par le grand incendie de 64, des intrigues se nouent autour de Néron. Qui a bouté le feu à la ville ? Qui faut-il livrer à la vengeance du peuple romain ? Qui doit expier ? Les Juifs ? Difficile, car ils sont protégés par la judaïsante impératrice Poppée, que suit partout son confident Joseph ben Mattias - le futur historien Flavius Josèphe. Ou seulement la secte juive des chrétiens, ces individus suspects qui adorent un certain charpentier crucifié ? Néron tergiverse car il a pris l'un d'eux en sympathie - et rien moins que l'apôtre Pierre.

Seul Massam, le gladiateur borgne, connaît la vérité : l'incendie est parti d'une torche que lui a lancée Lucius Murena, au cours d'une bagarre qui les mettait aux prises... Massam compte bien, auprès de sa maîtresse Poppée, chèrement monnayer cette information qui mettrait hors cause ses protégés juifs...

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NOTES :

(1) Ce Publius Rubrius Barbarus a réellement été préfet d'Égypte en 13-12 av. n.E. Mais il ne nous est connu que par une inscription trouvée à Philæ; on ne sait rien de ses actions ni de sa personnalité. - Retour texte

(2) Cf. Maria Adriana PROLO, Giovanni Pastrone - Cabiria. Visione storica del III secolo a. C. - Didascalie di Gabriele D'Annunzio, Turin, Museo Nazionale del Cinema, 1977. - Retour texte

(3) Paolo ALATRI, Gabriele D'Annunzio (1983), Fayard, 1992. - Retour texte

(4) Dossier «Guerre du Péloponnèse : Athènes contre Sparte» (Guerres & Histoire [Science & Vie], n 14, août 2013). Nicolas Chevassus-au-Louis - entre-autres - remet les pendules à l'heure en rappelant que les «champions de la démocratie», en l'occurrence les Spartiates, par une de ces ironies dont l'Histoire est friande, étaient en fait la pire oligarchie fascistoïde qui soit. Du moins selon notre point de vue moderne, devrions-nous ajouter, car qui sommes-nous pour juger les critères moraux d'hommes vivant il y a 2.500 ans ? Et que pensera-t-on de nous, dans deux mille ans, qui avons ravagé la planète ? - Retour texte

(5) Sur la perception de l'ennemi, voyez l'excellent petit livre : Jean BACON, Les Saigneurs de la guerre. Brève histoire de la guerre et de ceux qui la font (préface gnl de BOLLARDIÈRE), Phébus, coll. «Libretto», 2003 (éd. révisée de 1981). - Retour texte

(6) Il s'agit d'une réévaluation de l'Histoire turque et de sa période ottomane, dénigrée par la révolution kémaliste à la fin de la WWI. - Retour texte

(7) Dans le film, il a recueilli une jeune musulmane dont le village a été exterminé par les chrétiens, et qu'il considère comme sa fille; en réalité, Orban avait d'abord proposé ses services à l'Empereur byzantin, mais les caisses de celui-ci étant vides, le vénal Autrichien s'était tourné vers le plus offrant. - Retour texte

(8) Que nous ne contestons pas. Une fois de plus : qui sommes-nous pour juger ? - Retour texte

(9) Cependant, pour le muet, on peut évaluer les durées de la manière suivante : 15 mètres = 1 minutes • 250 mètres = 15 minutes, approximativement • 300 mètres (1 acte) = 15-20 minutes • 600 mètres (2 actes) = 40 minutes • 900-1.000 (3 actes) mètres = env. 1 heure • 1.500 mètres = env. 1h 30' • 7 actes = plus de deux heures (remerciements à Hervé Dumont). - Retour texte

(10) Sa Nativité, en 1910, faisait 14', mais son Orgie romaine (Héliogabale), en 1911, seulement 9'. - Retour texte

(11) Exceptionnellement Cabiria (1913) dure 240' (ramenées à 148' dans les copies sonores des années '30).
Quant à Intolérance (D.W. Griffith, 1916), il s'agissait de l'assemblage de plusieurs films redistribués en montage alterné : l'épisode babylonien, la naissance du Christ, la Saint-Barthélémy et un épisode moderne. Dans sa version originale, inédite, le film durait 8 heures. Dans son exploitation commerciale, la première version aurait été de 220'. Selon les sources, on lui assigne une longueur de 5.200 m, soit env. 275' (G. SADOUL, Dict. du cinéma, Seghers, pp. 118-119), ou 210' (copie Gallery of Modern Art de New York, la plus longue connue à ce jour), ou 183' (copie Cinémathèque royale de Belgique). La version disponible en DVD chez Bach Films, coll. «L'Odyssée du Ciné», indique sur le boîtier : 150'. - Retour texte

(12) Il ne faut pas confondre les sociétés guerrières, comme les Celtes ou les Grecs, qui fournirent des mercenaires à tous les empires méditerranéens de l'époque, avec la notion d'«armée de métier», qui se moque bien des hiérachies sociales ou de la fortune personnelle de ceux qui y adhèrent.
Chez les Grecs, les soldats-citoyens, comme à l'origine à Rome, prenaient les armes chaque fois que la patrie était en danger. C'est-à-dire tous les ans, au printemps, dans des affrontements ritualisés. Puis retournaient à leurs occupations. Perpétuellement raidis sous leurs armures, les Spartiates constituaient sans doute l'unique exception à la règle générale prévalant dans le monde grec.
En ce qui concerne les Romains, le brave soldat-citoyen, qui de sa poche payait son équipement militaire, disparaîtra à partir de Marius lequel, aux alentours de -100, ouvrira les rangs de la légion à toutes les catégories sociales, y compris les plus démunies, les prolétaires, assurant leur équipement aux plus pauvres. - Retour texte

(13) ... comme demandait à Brian le centurion gay des Monty Python's Life of Brian. En approuvant : «Bien, prenez une croix et aller rejoindre vos petits camarades qui font la file.» - Retour texte

(14) Pour un bilan provisoire, arrêté en 1990 : Roy KINNARD & Tim DAVIS, Divine Images. A History of Jesus on the Screen, Citalel, 1992. - Retour texte

(15) Cf. Pierre Philippe, dans Cinéma 64, n 85. - Retour texte