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De Saint-Sulpice aux saints supplices

The Passion of the Christ
(Mel Gibson, 2004)

 

«A été crucifié» répètent les Chrétiens chaque jour, dans leur Credo. Mais pensent-ils à l'affreuse réalité de la pointe [du clou] qui se fraye un chemin à travers les muscles, du sang qui jaillit par la déchirure, des tressaillements incoercibles de l'homme torturé ?
DANIEL-ROPS, Jésus en son temps

 

Elle a déchaîné les passions religieuses. La dernière mouture en date de la vie du Christ, signée par Mel Gibson, est sortie sur les écrans américains mercredi 25 février 2004 - Mercredi des Cendres - «boosté» tant par les néo-évangélistes du Sud profond que par les cathos traditionalistes et avec les encouragements de George W. Bush. Quatre mille salles au lieu des deux mille initialement prévues : dans certaines paroisses, les fidèles furent invités à aller voir le film en lieu et place de l'office religieux !

Aux States, la promo du film de Mel Gibson est assurée par une société spécialisée dans le marketing religieux, Outreach, qui a poussé le bon goût jusqu'à proposer dans son merchandising sulpicien les clous de la crucifixion montés en pendentif. Entre autres gadgets ! Quoique après tout... pourquoi pas ? La plupart des chrétiens portent bien au cou l'instrument du supplice, cette croix que naguère le droit romain qualifiait de «bois d'infamie».

***

A l'heure où nous écrivons ces lignes, nous n'avons pas encore vu le film, que nous ne connaissons que par la presse et que de toute façon nous ne découvrirons que dans une version mutilée, expurgée. Les gardes-fous de la société bien pensante feront leur travail... tout en assurant une belle publicité à Mel Gibson (125,2 millions de dollars de recette, les cinq premiers jours d'exploitation) !

(Sa sortie est annoncée en Belgique pour le 7 avril 2004; quant à la France, elle le verra dès le 31 mars.)

passion mel gibson

Après L'Arme fatale 3 (Lethal Weapon 3, 1992), la carrière de l'acteur passé à la réalisation s'était infléchie vers des films plus personnels comme L'homme sans visage (The Man without a face, 1993). Au cours d'un de ces passages à vide que l'existence nous réserve, celui qui fut à l'écran Mad Max venait de trouver son Chemin de Damas... Tournant le dos à cette vie de bâtons-de-chaise qui est plus ou moins le lot de toute vedette du show bizz, il renouait avec les valeurs d'un catholicisme ultra-conservateur, celui de son père qui émigra en Australie pour éviter que ses fils n'aillent se faire tuer au Viêt-nam. Douze années durant, Mel cogitera La Passion du Christ. Ce qui ne l'empêchera pas de continuer à tourner des films d'action(1) comme BraveHeart (1995), qu'il réalisa et interprèta, et dans lequel il incarnait le rebelle écossais Wallace, très fier d'avoir appris le latin et d'avoir accompagné son oncle à Rome (détails qui ne sont pas anodins, comme on le verra). Ou d'endosser l'uniforme du lieutenant-colonel Harold G. Moore, «père» de son bataillon, qui, en novembre 1965, engagea dans la vallée de la Drang ce qui fut le premier affrontement de l'US Army au Viêt-nam (Nous étions soldats, Randall Wallace, 2001). Un film de guerre prenant en compte la détresse de ces familles dont les fils ou les maris ne reviendront peut-être pas.

Quinze ans auparavant, Martin Scorsese dans La dernière tentation du Christ s'était intéressé aux doutes du martyr, à la sensualité de son corps. L'homme privé Jésus rêvait de posséder Marie-Madeleine et de lui faire des enfants, alors que l'homme public se devait de mourir pour témoigner. De ce même Jésus-Christ, Gibson, quant à lui, a choisi de filmer la chair mortifiée. Au long de deux heures de projection, il retrace avec une précision de pathologiste les douze dernières de la vie du Christ, traçant une carte non pas «du tendre» mais... du gore au 1/6e.

 

Mangez-en, ceci est mon gore

Le film est basé sur les visions d'une mystique allemande, Anne-Catherine Emmerich, consignées dans un livre intitulé La douloureuse Passion de N.S. Jésus-Christ - Internet : http://www.livres-mystiques.com (2). Stigmatisée et grabataire, Anne-Catherine Emmerich (1774-1824) portait au front, aux mains, aux pieds et sur le flanc droit les plaies faites par la couronne d'épine, les clous et le coup de lance.

Appelant sur son propre corps tous les maux et maladies de la terre, A.-C. Emmerich était spécialement obsédée par la mortification de la chair. «Dès mon enfance - écrivit-elle - j'ai demandé pour moi les maladies des autres. J'avais la pensée que Dieu n'envoie pas des souffrances sans une cause particulière, et qu'il y a toujours quelque chose à payer par là.» A l'écran, le résultat est assez gore et n'épargne aucun détail des sévices et supplices endurés par le Christ pour la rédemption de l'Humanité pécheresse. «Jour après jour, on m'a craché dessus, battu, flagellé et obligé à porter une lourde croix sur mon dos dans un froid glacial. C'était une expérience brutale, au-delà de toute description. [Mais] si je n'avais pas subi tout ça, la souffrance n'aurait pas été authentique», expliquera Jim Caviezel, interprète du Christ et catholique fervent, qui fut d'ailleurs blessé au cours du tournage de ces scènes. Ce n'est pas pour rien que La Passion a été classée «R» par le MPAA, c'est-à-dire interdit aux moins de 17 ans non accompagnés («for sequences of graphic violence»)... Rien que la flagellation dure vingt minutes à l'écran (3), et c'est un Jésus aux chairs tuméfiées, éclatées qui est cloué sur la croix, un œil poché. Jamais on n'avait si loin poussé le réalisme... ou la complaisance sadique; mais s'il s'agissait d'enfoncer dans le crâne des spectateurs que le Christ n'avait pas rigolé sur sa croix, le message est très clair et reçu 5 sur 5. «... A souffert sous Ponce Pilate» n'est plus une simple figure de rhétorique du Credo, mais prend ici toute son acre saveur.

Ce culte de la douleur, Gibson le martèle sur tous les registres, à commencer par la citation de la prophétie d'Isaïe du générique : «Transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes» (Isaïe, 53 : 5). C'est pour nous que le Christ a souffert dans sa chair, et il est impossible au spectateur rivé à son fauteuil de ne pas intimement ressentir cette souffrance. Malheureusement, en fin de course, le divin souffle s'essouffle : après avoir minutieusement retracé la Passion, Mel Gibson élude quasiment le message de la Résurrection : nombre de critiques le lui reprocheront. «Ce film montre la mort sans l'itinéraire du Christ et sans, non plus, la Résurrection. Celle-ci n'est suggérée qu'à la fin (4) (...) Un prêtre a même dit qu'il ne voulait pas voir le film, mais la suite, la Résurrection. La Passion, c'est vendredi sans dimanche, c'est juste la mort (5) Que signifient alors ces souffrances endurées jusqu'à la nausée, si ce n'est d'opposer un déni à Satan, qui lui a dit : «Aucun homme ne peut porter tous les péchés du monde» ?
Pour l'actrice juive roumaine Maia Morgenstern, qui incarne Marie, mère de Jésus, «le film traite de ce que c'est que de laisser les gens dire ouvertement de ce qu'ils pensent et croient. Il dénonce la folie de la violence et de la cruauté». «Transposer au cinéma l'affirmation selon laquelle Jésus sauve l'humanité par ses souffrances et sa mort est donc tout un défi», écrit le Père Bertrand Ouellet. Mel Gibson «n'a aucunement l'intention de représenter une Passion à l'eau de rose du piétisme ou d'une fausse spiritualité», note le Père Thomas Rosica (6), un Canadien qui ne craint pas les émotions violentes, ni d'enfoncer les doigts dans les plaies comme l'illustre apôtre dont il tient son prénom. Au Vatican même, le porte-parole de la faction conservatrice, le cardinal colombien Dario Castrillón-Hoyos, préfet de la Congrégation pour le Clergé, voit dans ce film «un triomphe de l'art et de la foi». Et d'ajouter : «La vision de ce film engendre amour et compassion. Il donne au spectateur envie d'aimer plus, de pardonner, d'être bon et fort, coûte que coûte, car c'est ainsi que s'est comporté le Christ y compris face à des souffrances terribles comme celles-là.»

christ en croix

Il y a pire, toutefois, que tout ce grand guignol sanglant. Il y a aussi ces étranges obsessions antisémites à connoter la descendance d'Abraham «peuple déicide». A la décharge de Mel Gibson, observons tout de même ce souci de restituer Jésus à sa judéité en filmant en version araméenne (et latine pour les personnages Romains) : vrai défi aux plus élémentaires règles du business (7)... ou extrême habileté ? En attendant, Marie/Myriam appelle son fils Yeshoua, et celui-ci prie son Père : «Abba». Il nous semblait que Zeffirelli avait été le premier à se soucier de cette dimension juive (8). Mais chez Gibson, Jésus - par exemple - à plusieurs reprises, «répond par un psaume à ce qu'il doit subir, et Marie, apprenant l'arrestation de son fils, en cherche le sens avec les mots de la Haggadah, le rituel de la Pâque juive» (9). Comme disait Monica Bellucci (Marie-Madeleine, dans le film), «on a beaucoup parlé de l'éthique de ce long métrage et pas beaucoup du travail du réalisateur, Mel Gibson» (10). Le Père Rosica remarque que le film restitue «la nature ambiguë du procès de Jésus», tandis que le précité cardinal Castrillón-Hoyos déclare, patelin, que Mel Gibson «capte avec la caméra les subtilités et l'horreur du péché tout comme la délicate puissance de l'amour et du pardon, sans lancer ou insinuer des condamnations cachées contre un groupe concret». Mais alors, comment alors justifier le plan ahurissant où l'on voit les charpentiers du Temple confectionner l'instrument du supplice romain... sur les indications des prêtres juifs (11) ! Scène dépourvue de valeur historique, car si les chefs du Sanhédrin avaient eu le pouvoir légal de mettre eux-mêmes à mort celui qu'ils accusaient de blasphème, ils l'eussent bien entendu lapidé. Pour eux, point besoin de croix, ce supplice qui est celui qu'aime à infliger l'occupant étranger. Nous y reviendrons.

christ et croix

Contre le film se sont dressés, côté juif, Abraham Foxman de la Ligue anti-diffamation (A.D.L.), tandis que David Elcott, responsable des relations entre religions au comité juif américain, manifestait son scepticisme. Ils sont rejoints, chez les chrétiens américains, par le révérend John Pawlikonski (catholique).
Par contre, se déclarèrent favorables : le cardinal de Chicago, Francis Georges, et Luis Giovano, le porte-parole de la Ligue catholique; James Dobson et Jerry Falwell, leaders de puissantes associations évangélistes; et le pasteur Billy Graham (son fils, Franklin Graham se montrant pour sa part plutôt dubitatif). A leurs voix se joignent celles de quelques personnalités juives comme le rabbin Daniel Lapin, le conservateur Michael Medved, critique de cinéma, et l'écrivain juif orthodoxe David Klinghoffer.
Au Vatican, le porte parole de la salle de presse, Joaquin Navarro-Valls (12) (Opus Dei) après avoir donné à entendre que le pape - ayant visionné en avant-première un DVD les 5 et 6 décembre dans ses appartements privés - aurait déclaré «c'est comme ça que ça c'est passé», fit monter au créneau diverses personnalités romaines pour cautionner la qualité de l'œuvre, dont le cardinal Castrillón-Hoyos, Mgr Foley, président du Conseil pontifical pour les communications sociales, et l'Américain Augustin de Noia, dominicain, membre de la Commission théologique internationale. Moins malléable et plus prudent, le cardinal Walter Kasper, responsable notamment du dialogue avec le judaïsme, préféra s'abstenir... Toutefois, mardi 20 janvier 2004, le secrétaire personnel du pape, l'archevêque Stanislaw Dziwisz démentira que ce dernier ait donné un quelconque satisfecit au film. Cindy Wooden, correspondante de l'agence C.N.S. (Catholic News Service, organe de la Conférence épiscopale américaine), transmettra à l'A.F.P. que ce dernier lui avait déclaré personnellement que le pape «n'avait jamais fait part à personne de son opinion», se refusant à prononcer un jugement à titre personnel «sur une oeuvre artistique».


Tel père, tel fils ?

Le fait que le père de Mel Gibson ait tenu au New York Times des propos niant ou minimisant l'Holocauste - déclarations passablement embarrassantes pour son fils - n'est pas pour rassurer quant aux intentions du (des) promoteur(s) du film. Connu pour son antisémitisme, Hutton Gibson (85 ans) est un autodidacte qui avait envisagé la prêtrise. Il a fondé en Californie une secte catholique fondamentaliste et anticonciliaire regroupant 100.000 adeptes (13) dans la mouvance de la Fraternité Saint Pie X. Son fils, qui lui a construit à Malibu une chapelle de 2,8 millions de dollars, «La Sainte Famille», déclarera dans un entretien exclusif à la journaliste-vedette d'ABC News, Diane Sawyer : «Je ne veux pas manquer de respect à mon père. Il n'a pas nié l'Holocauste, il a juste dit qu'il y avait moins de six millions de Juifs tués dans les camps. (...) Je crois effectivement que des camps de concentration ont existé dans lesquels des Juifs innocents et sans défense sont morts cruellement sous le régime nazi.» Et au Los Angeles Times : «Je suis l'objet d'une persécution religieuse, une persécution comme artiste, une persécution comme Américain et une persécution comme homme.» Mel Gibson, qui apparemment ne s'attendait pas à toute cette agitation, se récrie : «Je ne suis pas antisémite. C'est totalement contraire aux principes de ma foi.» Pas question donc, pour lui, d'imputer la responsabilité de la mort du Christ aux juifs : «Nous l'avons tous tué. Je suis en tête de la liste des coupables. (...) Mon espoir est que ce film soit un message de courage et de sacrifice qui affectera profondément les gens, et les changera.»


To be historic or to be religious ?

Porter à l'écran la vie du Christ est donc, on le voit, un exercice périlleux. Il importe au cinéaste de regarder où il met les pieds, de savoir quel film il entend tourner. Un film historique ou un film religieux ? Cherchera-t-il à appréhender les faits «historiques» (14) ou à cerner des «vérités» théologiques (15) ? S'en tiendra-t-il aux énoncés des Evangiles de Matthieu et consorts, éclairés par deux mille ans de tradition antisémite (16), ou préférera-t-il leur décantation par Vatican II (17) ? Si les textes sont restés les mêmes, leur angle d'éclairage a changé. Ainsi, au regard de Vatican II, la quantité de foule approuvant les grands-prêtres a sa signifiance : une foule abondante équivaudrait à désigner le peuple juif dans son ensemble, alors qu'un très petit nombre (18) seulement corroborerait les Evangiles de Jean («A sa vue, les grands-prêtres et leurs agents de s'écrier : «Crucifiez-le, crucifiez-le !» (Jn, 19 : 6)) et de Marc («Les grands-prêtres excitèrent la foule» (Mc, 15 : 11)). C'est donc une minorité agissante qui cherche à perdre le Christ. La volonté de le condamner ne serait le fait que de quelques meneurs, non le sentiment populaire : la foule venue l'acclamer quelque jours auparavant, lors de son entrée dans Jérusalem, témoigne de ce que Jésus comptait de nombreux partisans ou sympathisants. De son côté, Luc laisse entendre que nombre de gens présents déplorèrent le supplice du rabbi et, «voyant ce qui était arrivé, s'en retourn[èr]ent en se frappant la poitrine» (Lc, 23 : 48). Tout ceci invite à une lecture nuancée du procès et de l'exécution du Messie.

Le problème de la représentation de l'Evangile à l'écran tient dans un subtil distinguo grammatical : Jésus a été traîné devant le tribunal de Pilate par «des» Juifs, et non par «les» Juifs. Mais essayez de faire passer cette nuance sur un écran large, quand le Christ est traîné devant Pilate par les chefs religieux de son peuple et leurs partisans, vociférant «Crucifigatur !» («Qu'il soit crucifié !»), tandis que ses propres disciples se sont volatilisés dans la nature, Pierre le premier.

Au long de l'histoire du cinéma, de précédentes versions de l'histoire du Christ hantèrent les écrans sans faire trop de vagues. Signalons tout de même le beau dérapage de C.B. DeMille - épiscopalien, mais né de mère juive - avec le Roi des Rois (1927), en son temps violemment critiqué par le rabbin Lissaner de la synagogue de Commonwealth, à Los Angeles. Le clou du film était le Golgotha s'entrouvrant sur un gouffre infernal qui engloutissait les «Juifs» déicides ! Il serait intéressant de vérifier si certaines phrases litigieuses comme ce «Que son sang soit sur nous et sur nos enfants» (Mt., 27 : 25) (19) figuraient ou non dans ces précédentes versions, en distinguant celles qui furent tournées avant la Shoah, celles après Vatican II (1962-1965)... et celles entre les deux.

Et si, en fait, le problème ne tenait pas tout simplement à la personnalité de Mel Gibson et, surtout, de son père. L'activité prosélytique fondamentaliste du producteur-réalisateur ne laisse, bien entendu, subsister aucun doute quant à savoir si La Passion gibsonienne puise sa sève dans une lecture traditionaliste des Ecritures. Mais cela suffit-il pour ipso facto l'assimiler à un antisémite à tous crins ? Il faut dire que l'idée - aberrante historiquement parlant - de montrer les Juifs confectionnant eux-même la croix, dans leur Temple, constituait une véritable provocation. Même si Mel Gibson l'a supprimée dans un geste d'apaisement... il n'en demeure pas moins qu'il l'a bel et bien imaginée et filmée cette scène, et que des photos ont été publiées dans la presse.

Voilà ce qui est choquant. Bien plus choquant que les interminables scènes de flagellation gore (20) qui ont le mérite de nous changer d'un certain christianisme à la guimauve, plein de bons sentiments, d'agnelets bouclés et de roses angelots. Le christianisme soft du cours de catéchisme, qui n'insiste pas plus qu'il ne faut sur le mythe fondateur (21), l'incroyable atrocité (refoulée) du Meurtre du Fils, cannibalisé dans l'Eucharistie. Un religieux canadien, Bertrand Ouellet (22) s'est étonné du simplisme de l'affiche qui porte le sous-titre Dying was his reason for living (Mourir était sa raison de vivre). «Hors contexte - écrit-il -, on pourrait croire qu'il est question d'une personne suicidaire ou psychologiquement dérangée. Que comprendront les passants qui verront l'affiche dans le hall d'une salle de cinéma ?»

fabrication croix

En tout cas, elle n'arrivera jamais à convaincre l'auteur (agnostique) de ces lignes de ce que la torture et le meurtre de Jésus-Christ étaient utiles, nécessaires au rachat (rachat à qui ?) d'on ne sait quel péché originel !
L'idée était toute païenne, du reste, empruntée au rythme des saisons. Le «Dieu qui meurt et ressuscite» : Osiris, Tamnuz, Adonis, Balder... les mythologies comparées, vous connaissez ?

portage croix

 

Une photographie soignée

Le R.P. Jean Charles-Roux - qui chaque matin, sur le plateau du tournage à Cinecittà, disait la messe en latin selon le rite tridentin (23) - compare à du Rembrandt la scène du Sanhédrin, tandis que le Père Rosica renvoie au Caravage le visage torturé de Ponce Pilate, tout d'ombre et de lumière. De même les images de Marie (Maia Morgenstern) et de Marie-Madeleine (Monica Bellucci) comme les scènes du martyre, nous restituent les Christ souffrant, pietà et autres mater dolorosa de la peinture italienne. Quoique dénotant un réel souci de recherche formelle, et en dépit de certains détails soignés, comme le faux nez dont Jim Caviezel avait été affublé pour adhérer à l'image de Jésus tel que nous l'a conservée le saint suaire de Turin, Mel Gibson ne donne pas l'impression d'avoir voulu faire un film archéologiquement acceptable, comme on va voir.

patibulum inchiesta
A gauche. Dans Jésus de Nazareth (1977) le patibulum se présente comme une sorte de vaste échafaudage où l'on peut venir accrocher le contingent de condamnés du jour.

A droite. Dans
L'Inchiesta (Damiano Damiani, 1986), passablement sanglant, Jésus est cloué à la croix dans la position exacte de Yohanan Ben Ha'galgol.
Les versions filmiques plus anciennes s'inspirent plutôt de la peinture. Dans
Le Roi des Rois (1927), seul Jésus bénéficie d'une croix bien rectiligne; autour de lui, sur des troncs d'arbres tors, à peine émondés, les larrons sont garrottés - et non cloués - dans de fantastiques contorsions - inspiré d'une gravure de Bernard Salomon (1559).

La Croix

En effet, en bon fondamentaliste, Mel Gibson a préféré négliger les enseignements tirés de la tombe du crucifié de Givat Hamitvar (24) pour nous délivrer une image de la crucifixion du Christ conforme à l'imagerie pieuse traditionnelle de la croix latine. De fait, les «bois d'infâmie» consistaient plutôt en un «T», plus fonctionnel, dont la poutre transversale était détachable.

Le poids énorme d'une croix complète - environ 150 kg - est en effet impossible à faire porter par un homme qui, de surcroît, vient d'être copieusement battu. Le condamné ne portait que la poutre transversale, qui devait être accrochée au patibulum, le gibet ou poteau fixe qui demeurait sur le lieu des exécutions. Selon Jim Caviezel, la croix factice qu'il portait sur le chemin du Calvaire pesait 75 kg, c'est-à-dire la moitié de ce qu'aurait pesé la vraie si elle avait été complète. En outre, on a depuis longtemps observé que les clous étaient enfoncés dans les poignets, entre le radius et le cubitus (25), et non dans la paume de la main - qui se serait déchirée sous le poids - comme on le voit faire en gros plan... par les mains de Mel Gibson lui-même, lequel fait ainsi une on ne peut plus discrète apparition dans son film (26). Mais pourquoi donc s'obstiner dans une représentation archéologiquement fausse ?

crucifixion

Croix «latine» ou «tau», la forme de la croix n'est toutefois qu'un détail technique. Autrement plus préoccupant est le fait qu'une des scènes qui a fait scandale lors de la première présentation du film en cours de montage, en montre la fabrication sous l'œil des prêtres juifs... à l'intérieur du Temple. Outre l'invraisemblance historique, il y a l'allusion en filigrane à l'accusation du crime rituel juif qui a fait les choux gras des antisémites, déjà bien avant le christianisme puisqu'il remonte à l'établissement des Grecs en Syrie et en Egypte suite aux conquêtes d'Alexandre, et à la persécution du judaïsme par les Séleucides qui profanèrent le Second Temple pour le consacrer à Zeus Olympien.


L'antisémitisme, tradition séculaire

Né de la difficile cohabitation des Grecs avec les Juifs, l'antisémitisme s'est nourri du particularisme juif qui considérait comme une souillure tout contact avec les païens (27), ce qui n'empêcha pas ses élites collaborationnistes de s'helléniser. Ces ragots, Flavius Josèphe les a analysés et réfutés dans son Contre Apion (II, VIII, 89-102), notamment la légende de l'idole à tête d'âne qui serait adorée dans le Temple de Jérusalem et la croyance qu'on y engraissait un prisonnier grec voué à être rituellement sacrifié et dévoré au cours d'agapes anthropophagiques. De là l'accusation de meurtre rituel d'un enfant chrétien, au cours d'une parodie des Pâques, qui sévit tout au long de notre moyen âge. Les Romains en avaient d'abord accusé les chrétiens à cause d'un certain «mangez, ceci est mon corps; buvez, ceci est mon sang», l'Eucharistie mal comprise; l'Empire romain devenu chrétien, ceux-ci la retourneront contre les juifs.

greatest story king of kings

A gauche. Les cheveux clairs et des yeux très bleus de ce Christ sont la négation de sa judéité. Couverture du roman de Fulton Oursler, «The Greatest Story ever Told» (1949) - édition américaine Permabooks de 1953 («La plus grande histoire jamais contée», George Stevens, 1965).

A droite. Couverture de la novelisation de Philip Yordan, d'après son propre scénario, de «King of Kings» («Le Roi des Rois», Nicholas Ray, 1961) (Permabooks, New York, 1961).
Dans le prologue du film, on voyait Pompée, le glaive au poing, pénétrer dans le Saint des Saints du Temple de Jérusalem, et s'étonner de ne point y découvrir l'idole à tête d'âne dont l'imagination des Grecs avait décrété l'existence
(28) !


Rien n'est innocent...

Porter à l'écran la vie du Christ est un exercice périlleux, disions nous. Ceux qui s'y risquent, s'entourent d'ordinaire d'une batterie de consultants toutes confessions confondues, y compris les deux autres religions du Livre, sans toujours totalement réussir à éviter les protestations des parties intéressées, voire des extrémistes de tout bord. C'est qu'il n'est pas indifférent que le Christ soit blond, brun, barbu ou glabre etc. Le fait même que son visage apparaisse à l'écran peut-être diversement apprécié - d'aucuns jugeront sacrilège le principe de son incarnation par un acteur (29). Dans la version 1927 du Roi des Rois, tourné en pleine prohibition aux Etats-Unis, Cecil B. DeMille eut à se justifier des... Noces de Cana, où l'on voyait, ô scandale, Jésus changer l'eau en vin. Comme si le bon public bigot des ligues de tempérance ignorait ses Evangiles ( Jn, 2 : 1-11 et 4 : 46) (30) ! Plus tard, l'Etat franquiste sanctionna durement l'étudiant catalan Enrique Irazoqui qui avait interprété un Christ «marxiste» dans l'intéressant Evangile selon Saint Matthieu (1966) de Pier Paolo Pasolini, qui pourtant recueillit l'approbation du Vatican. A propos du Jésus (1999) de Claude Moati, d'après le livre de Jacques Duquesne, ancien journaliste à La Croix, certains catholiques se formalisèrent du fait que Jésus avait des frères et des sœurs (le même terme araméen désignant aussi les cousins et les cousines, sens retenu par l'exégèse). Une Marie prolifique jetait une légitime suspicion sur le dogme de sa virginité et de l'immaculée conception. Rappelons à ce propos que, décédé peu après sa seconde mouture des Dix Commandements, C.B. DeMille travaillait au scénario d'une Reine des Reines, consacré à Marie, mère de plusieurs enfants, ce qui heurtait le puissant lobby catholique hollywoodien.

Il nous faut enfin évoquer le provocateur La dernière tentation du Christ (1988) de Martin Scorsese ? Publié à Athènes en 1954 (31), le roman de Nikos Kazantzakis avait été mis à l'index par le pape dès avril de la même année. Il se trouva des gens pour affirmer que l'ancien séminariste Scorsese s'était laissé manipuler par les producteurs juifs d'Hollywood pour nous délivrer un film assez peu... catholique. Pourtant, Kazantzakis et Scorsese ne posaient-ils pas une question existentielle intéressante, touchant à la consubstantialité du Christ ?
Pour les catholiques comme pour les orthodoxes, Jésus-Christ est Dieu et Homme en même temps. S'il est Homme, qu'en fut-il de ses désirs humains, charnels ? La question peut paraître triviale, mais puisque Jésus est aussi Homme, on ne peut sérieusement l'éluder... En son temps, l'Eglise catholique orthodoxe - c'était avant le Grand Schisme - eut à combattre l'hérésie monophysite qui professait que le Christ était uniquement Dieu, et son contraire, l'hérésie arienne, pour qui Jésus était seulement homme, un prophète - l'une et l'autre nées dans ce creuset de spiritualité qu'était Alexandrie.


Les extraordinaires destins de Judas et de Ponce Pilate

Judas. - «Que son sang soit sur nous et sur nos enfants» (Mt, 27 : 25). «Ces mots furent-ils réellement prononcés ? On n'est pas obligé de le croire», commentait, sceptique, Renan, un siècle avant Vatican II. On peut en effet tenir cette formule rituelle de la rhétorique orientale pour un effet de style de Matthieu, qui ne fut pas un témoin direct de la scène qu'il décrit. Cette phrase néanmoins, et quelques autres du même tonneau, a longtemps nourri l'antisémitisme des Eglises chrétiennes - catholiques, orthodoxes et protestantes confondues -, notamment le passage de Luc qui attribue la responsabilité de la mort du Christ au seul Judas : ce n'est pas d'un Simon, d'un Samuel ou d'un Mardochée qu'il s'agit, non : c'est Judas, celui qui porte le nom éponyme de la Judée (32). Mais on a beau dire, sans le nécessaire Judas il n'y aurait pas eu de Christ. Judas fut, en quelque sorte, le premier martyr de la cause chrétienne et le plus utile, celui qui réalisa les prophéties (Psaumes, Isaïe). Certes Jésus était Juif, et son crime fut d'énoncer des principes nouveaux, qui allaient à l'encontre de la stricte orthodoxie juive - par exemple l'idée que Dieu ait pu engendrer un Fils selon la chair. C'est ainsi qu'il dressa contre lui la hiérarchie religieuse de son propre peuple, laquelle bien évidemment le condamna comme la Sainte Inquisition condamna Galilée ou Copernic.

Ponce Pilate. - Marc, qui peut-être assista à l'arrestation de Jésus (33) (Mc, 14 : 51-52), dans son Evangile composé à l'intention des judéo-chrétiens de Rome, minimisait la responsabilité des Romains, et en particulier celle de Ponce Pilate qui ne consentit à condamner Jésus que sous la menace d'une émeute. Sans doute était-il politique, pendant les persécutions néroniennes - on estime que l'ouvrage fut écrit entre 60 et 70 -, de ménager les autorités impériales en chargeant le Sanhédrin. «A sa vue, les grands-prêtres et leurs agents de s'écrier : Crucifiez-le, crucifiez-le ! Pilate leur dit : «Chargez-vous en vous-mêmes, car pour moi, je ne trouve pas de quoi le condamner» (Jn, 19 : 6).

Au contraire, l'auteur du IVe Evangile, Jean - qui n'était peut-être pas ce Jean, le «disciple préféré» - rédigea sa version après les persécutions de Domitien (mort en 96). Les rapports entre chrétiens et Romains étant alors apaisés, Jean ne cherche plus à innocenter le préfet de Judée... Qu'importe, c'est le portrait dressé par Marc qui prévaudra dans l'imaginaire chrétien. N'avait-il pas, ce cher Pilate, une femme compatissante, Procla ou Claudia Procula, à laquelle fait allusion Matthieu sans la nommer (Mt, 27 : 9) ? La tradition la présente comme crypto-chrétienne, et les Eglises grecque et éthiopienne la vénèrent comme une sainte. Finalement Ponce Pilate, qui fut autant nécessaire à Jésus-Christ que Judas, fut lui-même sanctifié par les Grecs, les Coptes et les Ethiopiens vers le IVe ou Ve s..
Ce Pilate, pourtant, avait d'ordinaire la main lourde lorsque les Juifs s'agitaient pour des histoires d'impôts (le financement de l'aqueduc) ou de représentation (les imagines impériales). Une épître d'Agrippa Ier citée par Philon le décrit vénal et brutal. Assurément, Pilate savait être intransigeant lorsque l'ordre romain était mis en cause. Intransigeant, mais pas stupide. Crut-il devoir lâcher du lest lorsque le Sanhédrin, en principe à sa botte, lui envoya - sous un vague chef d'inculpation politique - un gourou nommé Jésus, que prêtres et pharisiens souhaitaient faire disparaître, c'est-à-dire condamner à mort ? Pilate eut tout aussi bien pu refuser de condamner Jésus, histoire de démontrer au Sanhédrin qu'on ne l'influençait pas ainsi. Tout comme il lui était loisible de donner raison aux chefs religieux - ces auxiliaires du pouvoir - dans cette affaire qui ne concernait pas les intérêts romains, sauf à éviter de nouvelles émeutes.

David Elcott, déjà cité, a ironisé à propos d'un Pilate-Hamlet shakespearien imaginé par Gibson. Mais telle est bien la représentation que les chrétiens se font du préfet de Judée, et tel apparaît-il dans la plupart des vies du Christ portées à l'écran (mais certes pas dans la version de Zeffirelli - la première à donner un look juif à Jésus faut-il le souligner ? -, où Rod Steiger incarnait un préfet brutal et pressé). En 1961, le Ponce Pilate d'Irving Rapper et Giampaolo Callegari, avec Jean Marais dans le rôle du préfet rongé par le doute et Jeanne Crain dans celui de Claudia Procula, ne devait guère faire de vagues, soit parce que le film ne visait pas le battage médiatique, soit aussi parce que le scénario était plus nuancé ou astucieux : c'était le même acteur, John Drew Barrymore jr qui incarnait et Jésus, et Judas. Et surtout, c'était avant Vatican II.


Le temps de tous les intégrismes...

2003-2004. Cecil B. et la prohibition sont maintenant bien loin, et plus personne, par ailleurs, ne se choque de voir un acteur prêter ses traits aux Christ - fut-il un agnostique notoire comme Robert Le Vigan (Golgotha, 1935) ou Robert Powell (Jésus de Nazareth, 1977).
Entre-temps, il y a eu l'Holocauste. Avec Vatican II et la déclaration Nostra Ætate («A notre époque»), le catholicisme ému a revu ses positions. On a relu les textes et admis que la faute de quelques personnes ne saurait rejaillir sur l'ensemble du peuple juif et en poursuivre la postérité des siècles durant.
On s'est souvenu - par exemple - que, parmi ses disciples, Jésus distinguait Pierre pour l'inespérée divine révélation qu'il avait eue, laquelle ne devait pas être évidente pour l'ensemble de ses pieux coreligionnaires : «Sois heureux, fils de Jonas, car cette révélation t'est venue non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les Cieux» (Mt, 16 : 17).

Et aussi que, devant acheter notre rédemption, le supplice du Christ était - de toute façon - inscrit dans un plan divin conçu de toute éternité.

Depuis Vatican II, près de quarante années sont passées. Quarante est un nombre mystique dans la Bible. Entre-temps les conflits Est-Ouest, Nord-Sud ont généré la Croisade de George W. Bush contre l'«Axe du Mal» du terrorisme arabo-musulman. En tenue de pilote de course, Bush peut parader au Daytona 500, dans la Bible belt qui vit naître le K.K.K., où Bobby Labonte pilote un bolide Chevrolet portant le logo de The Passion of the Christ. Outreach Inc. a bien fait son boulot de marketing (34) !

Si la politique américaine avait toujours consisté en un appui quasi-inconditionnel à Israël, Bush soutenu autant par les pétroliers et marchands de canons que par les lobbies fondamentalistes des néo-évangélistes américains et d'une extrême-droite catholique, accuse un bémol en ce domaine. Le film de Mel Gibson - ouvertement soutenu par Bush, qui a déclaré son intention de voir le film (35) - et la polémique qu'il suscite vient en quelque sorte entériner ce nouvel état de fait : le malaise américain vis-à-vis de l'allié sioniste (36). Comment dès lors s'étonner de l'inquiétude de tous ceux qui œuvrent au rapprochement judéo-chrétien ?


Info ou intox ?
En date du 18 mars, Mel Gibson, mis en appétit par le péplum biblique, a déclaré dans une émission de radio américaine caresser le projet de porter à l'écran l'histoire des frères Maccabées. Il s'agit de la révolte juive de -167 contre les Séleucides gréco-syriens qui voulaient convertir les Juifs à l'hellénisme et recycler en Temple de Zeus celui de Iahvé. Au terme d'une guerre de trois ans, Judas Maccabée et ses frères Jean, Simon et Jonathan, fils du grand-prêtre Mattathias, chassèrent de Jérusalem la garnison du roi Antiochus IV Epiphane, et rendirent son Temple au dieu d'Israël (-164) : c'est l'origine de la fête juive de la Hanukka (Dédicace), qui se célèbre le 25 Kisleu (novembre-décembre).
A notre connaissance, le sujet n'avait été porté à l'écran que deux fois : la première au temps du muet (
I Maccabei, Enrico Guazzoni, 1911); la seconde dans les Golden Sixties (Cinq hommes contre un empire/Il Vecchio Testamento, Gianfranco Parolini, 1962), avec le culturiste Brad Harris dans le rôle de Simon Maccabée. Howard Fast, l'auteur de Spartacus - porté à l'écran par Kirk Douglas et S. Kubrick (1960), et par Robert Dornhelm (2004) -, en tira un roman, My Glorious Brothers (1950).

macchabees


Suite…

 


 

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PEPLVM - Images de l'Antiquité

 

 

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NOTES :

(1)Il est du reste en train de préparer la production d'un cinquième «Mad Max», Fury Road, annoncé pour 2005 - Retour texte

(2) Le Chapitre XXII, soit 13.000 signes, est tout entier consacré à la description du supplice de la flagellation où l'on voit les tortionnaires mettre tout leur cœur à lacérer les chairs de leur victime, l'insulter, se relayer, boire un coup, recommencer, etc.
Dans sa Vie de Jésus, Ernest Renan l'expédiait en deux lignes, tandis que Daniel-Rops (Jésus en son Temps) se répandait en considérations juridico-techniques (les flagella, les flagra, etc.). C'est dire si, de l'expiation par le sang et la souffrance, Gibson s'est montré un observateur attentif ! - Retour texte

(3)David Elcott (comité juif américain) compta 270 coups de verge dans la première demi-heure - Retour texte

(4) «Trois secondes à peine. Un écran noir. Un faisceau de lumière qui le déchire. Le bruit du tombeau qui s'ouvre. La lumière s'intensifie. Le corps apparaît. II n'a plus de sang. Juste les marques des clous sur la paume des mains. Puis, plus rien. Entre les deux, on assiste à la mise à mort d'un homme pendant deux heures, entrecoupée de quelques flash-bac - Retour texte

(5) R. LE SOMMIER, in La Libre-Match. - Retour texte

(6) Président-directeur général de la première télévision nationale catholique canadienne et de la Fondation catholique «Sel et Lumière média». - Retour texte

(7) Il y avait eut, tout de même, un précédent avec The Genesis Project (1976-1979), une série de dix-huit vidéo-cassettes de 25'/30' chacune, diffusées conjointement avec le texte de La Bible de Jérusalem en 152 fascicules édités par les Editions du Signe/Bible 2000 et diffusés par la Société des Périodiques Larousse (S.P.L.) en 1982 et reprises en 1997. Conçues sous l'égide de l'Alliance Biblique Universelle, les neuf premières concernent l'A.T., les neuf autres le N.T. et parlent araméen, grec et latin; le nom des acteurs ne figurent pas au générique.
Il semble toutefois que les épisodes relatifs au Christ aient été compilés et synthétisés dans une VHS de 117' intitulée Jésus (The Public Life of Jesus, Peter Sykes & John Kirsh, prod. John Heyman, Warner Bros-Genesis - EU, 1979), avec Brian Deacon dans le rôle-titre. - Retour texte

(8) Ainsi, d'habitude, Barabbas nous est présenté d'après les Evangiles comme un brigand, un assassin. Dans le film de Zeffirelli, il était clairement un sicaire - un résistant, un patriote. Rien de tel auparavant. - Retour texte

(9) Michel KUBLER, in Religion, 26 février 2004. - Retour texte

(10) Ciné-TéléRevue, nŒ 13, 25 mars 2004, p. 17. - Retour texte

(11) Scène figurant dans la version projetée en juillet 2003 devant un public religieux soigneusement sélectionné (les journalistes de cinéma étant exclus). Il semble qu'elle ait été retanchée depuis, suite aux protestations...
Détail amusant : dans La dernière tentation..., c'est le charpentier Jésus de Nazareth qui dans son atelier confectionnait des croix pour le compte des Romains (!). - Retour texte

(12) Lire à ce sujet : Caroline PIGOZZI, «Au Vatican, du pain bénit pour l'Opus Dei», Paris-Match, 25 février 2004. - Retour texte

(13) Il y a aux Etat-Unis 63 millions de catholiques. - Retour texte

(14) On ne possède pas les pièces du procès, et les témoignages des Evangiles, de seconde main, ne sont pas absolument fiables. - Retour texte

(15) Le paramètre «Jésus est [Fils de] Dieu», par exemple. - Retour texte

(16) Sous l'alibi du «peuple déicide», cette tradition antisémite reflète surtout l'inimitié historique entre le judaïsme et de sa secte dissidente et hérétique, le christianisme.- Retour texte

(17) Le travail de réconciliation entre juifs et chrétiens avait été initié par la conférence de Seelisberg (1948). Réuni à l'initiative du pape Jean XXIII - qui en confia l'organisation au cardinal Agostino Bea s.j. - le Concile Vatican II (1962-1965) réévalua la position de l'Eglise catholique, apostolique et romaine et non seulement vis-à-vis des autres courants du christianisme, mais aussi à l'égard des juifs : les expressions relatives à la «perfidie» [id. est «infidélité»] des juifs «déicides» furent gommées du rituel. Après l'Holocauste nazi, cette remise des pendules à l'heure s'imposait.
Par ailleurs la mise en cause du latin comme langue de la messe amena un froid avec les catholiques conservateurs qui, en 1988, aboutit à l'excommunication de leur chef de file, Mgr Lefèvre.- Retour texte

(18) On ne sait où exactement Pilate tenait son prétoire (le palais asmonéen ? la forteresse Antonia ?), mais dans l'un et l'autre cas il devait s'agir d'un lieu assez exigu.- Retour texte

(19) Rectifiant le tir, Mel Gibson l'a, paraît-il, retirée... des sous-titres de traduction. Mais en la conservant dans le dialogue latino-araméen.
En tout cas cette phrase litigieuse parce que mal comrise (il faut la replacer dans le contexte de la théâtralité rhétorique orientale) ne figure ni dans La plus grande histoire jamais contée (George Stevens, 1965), ni dans la version longue (TV) de Jésus de Nazareth (F. Zeffirelli, 1977), où la scène du lavement des mains est éludée ou contournée. Mais cette scène était incontournable dans Ponce Pilate (I. Rapper & G.P. Callegari, 1961), plaidoyer en faveur du préfet incarné par Jean Marais, où la Passion est filmée de très loin. Notons tout de même qu'elle était prononcée sous une forme extrêment mal choisie «Que son sang retombe sur nous. Sur nous et sur Israël !», VF) par un personnage nommé Aaron, chef des marchands du Temple que Jésus avait malmenés; et que c'étaient ces marchands qui s'y montraient les plus ardents défenseurs de Barabbas, le brigand qui les dépouillait ! Dans cette version, au Sanhédrin, autant Caïphe se montrait bienveillant vis-à-vis de Jésus (!), autant Anne était déterminé à le perdre : manière de signifier que tous les Juifs n'étaient pas hostiles à Jésus. - Retour texte

(20) On trouve sur un «Forum de discussion» la remarque d'un visiteur qui trouve hypocrite le reproche de violence fait à La Passion, alors que ladite violence éclate de partout dans n'importe quel film. Il faudrait distinguer la violence cathartique des films d'actions (et pan ! je te dégomme un salopard) de celle, glauque, qui consiste à torturer un innocent pendant deux heures, surtout dans le contexte d'une religion connue pour son mépris de la chair, sa délectation dans la mortification. - Retour texte

(21) En fait, les Evangiles ne s'attardent guère à décrire les mauvais traitements subis par Jésus : elles se bornent à mentionner qu'il fut flagellé et insulté. Point. Puis crucifié. Point.
C'est à partir du Moyen Age que l'art religieux chercha à restituer visuellement le martyre du Christ, à vouloir saisir sur son visage les affres de l'agonie mêlées à l'extase mystique. - Retour texte

(22) Directeur général de Communications et Société (Canada). - Retour texte

(23) Ainsi nommé d'après le Concile de Trente; on dit aussi : «Messe de Saint Pie V». - Retour texte

(24) Il s'agit d'un sarcophage contenant les restes d'un notable juif, Yohanan Ben Ha'galgol, mort par crucifixion au Ier s. de n.E., retrouvé près d'une porte de Jérusalem à l'été 1968. Le clou unique encore fiché dans les os des deux talons, les traces d'usure sur les os des poignets nous renseignent sur sa position assise, les jambes tordues, sur un gibet qui, par ailleurs, devait être assez différent de celui qu'imaginent traditionnellement les chrétiens (la croix latine). - Retour texte

(25) Détail confirmé par les traces d'usure relevées sur le squelette du crucifié de Givat Hamitvar.- Retour texte

(26) On connaît ce genre de coquetterie dont Alfred Hitchcok s'était fait une spécialité. Mais ici, il ne faut sans doute rien voir d'autre que la revendication de l'acteur, empreinte de spiritualité et proclamée haut et fort :«C'est nous [tous] qui l'avons crucifié; JE suis le premier coupable.» - Retour texte

(27) Ainsi Caïphe et ses amis négocièrent avec Pilate sur le lithostrôtos, le parvis de son prétoire car en ce jour saint c'aurait été une souillure que de pénétrer dans la demeure d'un païen («Mais les juifs n'entrèrent pas eux-mêmes dans le prétoire, pour ne pas contracter souillure et pouvoir ainsi manger la Pâque» (Jn, 18 : 28)).- Retour texte

(28) A la différence des Temples gréco-romains, qui n'étaient pas des lieux de réunion des fidèles mais où il était loisible de pénétrer, celui des Juifs était rigoureusement interdit aux non-juifs, et même - partiellement - aux femmes juives. Les Grecs ne pouvaient donc que fantasmer sur ce qui s'y trouvait. Dans leur volonté politique d'opérer un syncrétisme religieux entre les différents panthéons des peuples soumis à l'oikouméné, les mythographes avaient fait une seule divinité du Sabazios thrace - Typhon grec - Seth égyptien - Iahvé juif. Le dieu égyptien du désert, Seth, étant représenté avec une tête d'âne ou d'okapi, ce Iahvé dont on ne voyait aucune représentation ne devait pas être différent. Mieux, le sentiment de honte lié à la nature asine d'un tel dieu expliquait justement sa discrétion ! - Retour texte

(29) Le documentaire de Martin Goodsmith, Jésus-Christ à l'écran (1992) juxtapose le certificat du British Board of Films Censors d'un Barabbas 1935 - film inconnu de nous -, avec une séquence qui nous est présentée comme la version britannique du Golgotha de Duvivier, où le décor est néanmoins différent de celui du film français, le rôle de Ponce Pilate n'étant du reste plus tenu par Jean Gabin (chose logique s'il s'agit d'une multiversion).
Et le commentaire de préciser : «Pour le public britannique, Jésus est resté absent de la majeure partie du film. Mis à part quelques plans très éloignés, la censure s'est chargée de le faire disparaître. La commission de censure a été créée en 1913. Elle brandissait deux interdits : la nudité et la description du Christ. Les réalisateurs rivalisent alors d'ingéniosité pour citer Jésus sans jamais le montrer. (...) La restriction était toujours de mise dans l'Angleterre des années '30.»
Dans la version 1959 de Ben Hur, William Wyler s'interdit de filmer de visage de l'acteur Claude Heater qui interprétait le rôle du Christ.- Retour texte

(30) C.B. DeMille dut insérer un carton expliquant que «le vin jouait un rôle dans la religion hébraïque». Et le vin de la messe chrétienne, alors ?
H.B. Warner, qui dans le film incarnait le Christ, était un alcoolique notoire qui faisait la fortune des bootlegers... Mais, selon les services de presse, il resta sobre durant le tournage. Voilà qui rassure.- Retour texte

(31) Il avait déjà été publié en Suède et en Norvège dès 1951. Bien sûr, Kazantzakis s'attira aussi la colère de l'Eglise orthodoxe. - Retour texte

(32) Cf. Claude AZIZA (texte rassemblés par -), Jésus, Omnibus, 1998, pp. 787-788. - Retour texte

(33) Mais n'assista certainement pas aux délibérations du Sanhédrin, ni sans doute au jugement de Pilate (aucun disciple du Christ, tous en fuite, n'étant alors signalé par les Evangiles - sauf quelques femmes au pied de la croix, et peut-être Jean à ce moment).
On appréciera la valeur historique des «témoignages» sur lesquels nous basons notre connaissance du procès de Jésus et de ce qui s'y est dit exactement ! - Retour texte

(34)R. LE SOMMIER, Paris-Match, 28 février 2004. - Retour texte

(35) N. MATTHEHEIM, Le Soir, 25 février 2004. - Retour texte

(36) Cf. contra l'opinion de David Elcott (responsable des relations entre religions au comité juif américain) : «Je ne crois pas qu'un seul chrétien, même au fin fond de l'Amérique latine, deviendra antisémite en voyant ce film (...). Le but du marketing était de présenter Mel Gibson en victime d'une kabbale des juifs de Hollywood. Bravo, c'est réussi. Les vraies victimes de ce film ne sont pas les juifs. Ce sont les Eglises, méthodiste, épiscopalienne, catholique et les confessions juive et musulmane qui, dans ce pays, ont passé quarante ans à construire un dialogue. Je reproche à Mel Gibson de professer son évangile à lui, un évangile qui n'a pas varié depuis le massacre de la Saint-Barthélemy.»
Elcott explique que, dans le contexte actuel, «ce film fait partie d'une croisade plus large, très dangereuse qui divise le monde en deux camps, eux et nous, eux les musulmans, nous le monde judéo-chrétien». Mais que viennent faire ici les musulmans ? Elcott s'explique : «L'attitude de Gibson est de même nature que celle des fondamentalistes de l'islam. Il s'agit de riposter. Mais ce n'est pas en prenant des positions extrêmes qu'on répondra à des attitudes extrêmes» (R. LE SOMMIER, Paris-Match, 25 février 2004). - Retour texte