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Die Hermannsschlacht
(La bataille d'Arminius)
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6. L'emplacement de la bataille
Depuis la redécouverte dans les années 1300, dans
la bibliothèque d'un monastère, des Annales
de Tacite, quelque 650 lieux différents ont été
proposés pour avoir vu le désastre de Varus, ainsi
que le rappelle le Major Tony Clunn. En 1965, le film italo-allemand
Il Massacro della Foresta Nera situait l'emplacement de
la bataille dans la... Forêt Noire - sans doute à
cause de certains manuscrits de Dion Cassius nommant fautivement
le lieu de la bataille Maurousios, -, du côté
des Champs Décumates (cet espace entre les sources du Rhin
et celles du Danube). Anne Bernet, dans son roman Les mémoires
de Ponce Pilate montre Varus et ses légions venant
directement de Gaule, pourchassant Arminius et traversant le Rhin
à la hauteur de Strasbourg. En 1885, Theodor Mommsen -
dans un ouvrage publié à Berlin - fut le premier
à faire le rapprochement entre la bataille du Teutoburgerwald
et les monnaies d'époque augustéenne que l'on retrouvait,
nombreuses, aux environs de Venne au pied du mont Kalkriese, près
d'Osnabrück, depuis le XVIIe s. (1).
Le seul ennui, c'est qu'on n'y trouvait pas de matériel
militaire. Jusqu'alors on situait la bataille plus au sud-est,
à Detmold où, d'ailleurs, on avait érigé
le fameux et colossal monument commémoratif, l'Hermannssdenkmal
inauguré le 16 août 1875 en présence du Kaiser
Guillaume Ier.
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Le Major Tony Clunn. Photo Thomas Ernsting.
(National Geographic, éd. allemande, mars
2002) |
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| En 1987, un numismate amateur et
officier britannique stationné en Allemagne, le Major Tony
Clunn vint explorer le Goldacker, «le Champ d'Or»
avec un détecteur de métaux et découvrit
162 monnaies d'argent et... trois balles de fronde. Il n'en fallait
pas plus pour que Wolfgang Schlüter, de l'Université
d'Osnabrück, relance les fouilles. Dans un champ proche,
nommé Oberesch furent exhumés divers objets
militaires dont un masque de fer plaqué d'argent comme
en portaient les officiers de cavalerie et les porteurs de l'aigle
(aquilifer).
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Sans doute la plus belle
pièce recueillie à Kalkriese : le masque
d'acier recouvert d'argent. Probablement d'un grand inconfort
respiratoire, il ne devait se porter qu'à la parade,
non au combat, et est sans doute tombé du paquetage
de son propriétaire. (A propos du champ d'Oberesch
et de l'emplacement de la découverte du masque
de fer, voyez le site de Ralf-Rainer Sass : l'Oberesch
et vue
aérienne de l'Oberesch.)
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7. Arminius à l'écran
7.1. Die Hermannsschlacht (Leo König,
AL - 1923/24)
Une fois déjà, vers 1920, le cinéma avait
mis en scène l'épopée d'Arminius avec l'Hermannsschlacht
de Leo König interprété par Georg Smieter.
Ce film était l'aboutissement logique de toute une tradition
littéraire allemande. Son scénario ne s'inspirait
nullement de l'Hermannsschlacht de Grabbes, hymne plein
de visions merveilleuses sur la patrie du poète, mais bien
davantage - écrit le critique Günter Bastian - de
l'Hermannsschlacht d'Heinrich von Kleist (1808). Les tendances
anti-françaises du film, réalisé au lendemain
du Traité de Versailles (1919) s'accordaient parfaitement
avec les accents pleins de haine patriotique de Kleist contre
Napoléon, oppresseur de l'Allemagne.
7.2. La Corona di Ferro
(Alessandro Blasetti, IT - 1940)
Arminio (Arminius) est le nom donné par les scénaristes
de Blasetti au héros de La Couronne de Fer, incarné
par Massimo Girotti, film exaltant l'alliance Rome-Berlin. L'action
a pour cadre, en effet, un royaume imaginaire - moitié
médiéval germanique, moitié des Mille-et-Une
Nuits (2)
- qui fait sans doute référence aux temps bénis
où coexistaient au sein du Saint Empire romain germanique
de Frédéric II Hohenstauffen, les Etats allemands,
l'Italie et les Deux-Siciles... Selon le prologue du film, la
Couronne de Fer est «offerte au pape par l'empereur de
Byzance». Censée avoir appartenu à Constantin
le Grand (3),
cette couronne - dans laquelle sainte Hélène aurait
incorporé un des clous de fer ayant servi à la crucifixion
du Christ - fut au long de l'histoire portée par Charlemagne,
Frédéric III de Habsbourg, Charles-Quint et Napoléon
Ier. C'est, en fait, la couronne des rois lombards, le symbole
de la monarchie italienne. Selon le film, la Couronne de Fer apaise
les conflits, et c'est ce qu'il va advenir entre Licinio roi de
Kindaor, le «roi de la Mer», et le «roi de la
Montagne» Artace, roi de Darcali. Licinio est vainqueur
de son ennemi, et s'apprête à conclure la paix avec
lui lorsqu'il est traîtreusement assassiné par son
frère Sedemondo. Une génération plus tard
le fils de Licinio, Arminio qui a été élevé
par les Fauves de la Vallée des Lions, va lutter pour abattre
le tyran; il retrouvera sa cousine Elsa fille de Sedemondo, et
épousera Tundra fille du roi ennemi de Darcali après
avoir rendu la Couronne de Fer au pape.
Dans ce film, Arminio demi-nu a tout de Tarzan. Comme ce dernier,
il a été élevé par des animaux, loin
des hommes et de leur civilisation frelatée. Il est aussi,
comme Siegfried, un personnage fruste, un fils de na nature. Son
mariage avec la fille de l'ennemi consacre au-delà des
vicissitudes de l'Histoire les retrouvailles des cousins séparés
du Saint Empire, l'Allemagne et l'Italie. En dépit de l'antagonisme
germains-latins vivement ressenti dans la péninsule, le
fascisme italien ne s'interdit point de trouver du côté
du peuple allemand et des «grands ancêtres»
communs des Germains et des Italiens, idéalisés
par l'historien romain Tacite (4),
sans oublier le superstrat ostrogothique. Si bien que les deux
idéologies surent se compléter et s'interpénétrer.
Hitler copia le «salut romain» des partisans de Mussolini,
cependant que les fascistes décalquaient le «pas
romain» sur le «pas de l'oie» des armées
prussiennes.
(Dans les années '60, Carlo Ludovico Bragaglia s'inspirera
- de loin - de l'enfance d'Arminio dans la Couronne de Fer
pour nous concocter un Ursus nella Valle dei Leoni, bizarrement
rebaptisé de ce côté-ci des Alpes Maciste
dans la Vallée des Lions (1961).)
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Jaquettes danoises (Under Ørnens
Skygge [All'ombra delle Aquille] & Massakren
I den Sorte Skov [Il Massacro della Foresta Nera])
et anglaise (Arminius the Terrible) en provenance
du site www.cultmovies.dk
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II. Pour qui sonne le glas...
IL MASSACRO DELLA FORESTA NERA (1965)
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7.3. Arminius
the Terrible (Ferdy Baldwyn - AL-IT, 1965)
(Hermann der Cherusker / Il Massacro della Foresta Nera)
L'an mille neuf cent soixante-quatre sonne le glas
du Second Age d'Or du péplum. Les westerns-spaghettis
des «Trois Sergio» - Leone, Corbucci et Sollima
- fracassent les écrans. En hâte, Samson troque
son pagne brodé pour des jeans de cow-boy (Samson
et le Trésor des Incas) tandis que les sauvages
montagnes yougoslaves, désormais hantées de
guerriers apaches, accueillent les aventures de Winnetou.
Du jour au lendemain, les films épiques passent à
la trappe : Harald Reinl et ses Nibelungen (1966)
mènent un combat d'arrière-garde sans espoir,
tandis que le trop bien nommé Dernier
des Romains (1968/69) adopte un profil bas.
Quand à Hermann der Cherusker / Il Massacro della
Foresta Nera, qui narre l'anéantissement des
trois légions du propréteur Quintilius Varus
dans le Teutoburger Wald, les bobines ne sortent même
pas de leurs boîtes. Elles y attendront la conclusion
de douze années de batailles juridiques entre leurs
producteurs pour enfin apparaître à l'écran
sous des affiches relookées façon «heroic
fantasy». Hans von Borsody y troque son bonnet de
fourrure pour un casque ailé dans la plus pure tradition
romantique allemande, tandis que son torse maintenant dénudé
barre toute la largeur de l'affiche.
Tourné en 1965-1966, en effet, le film ne sort en
Allemagne, qu'en 1977. Il semble avoir fait l'objet d'une
timide et brève apparition sur les écrans
italiens en 1967, pour être réédité
en 1976. Mais s'il fut diffusé - au moins en VHS
- en Angleterre, Etats-Unis, Danemark et Espagne etc., il
demeurera inédit en France comme en Belgique. On
a parlé de querelles juridiques entre producteurs,
etc. Une chose est certaine : les faits historiques qui
y sont exposés, sans être fondamentalement
inexacts, ont été pas mal triturés.
Ainsi y voit-on le général romain Drusus complimenter
Arminius, libéré du service. Or ce Drusus
Claudius Nero (5),
frère de Tibère le futur empereur, est celui
qui soumit la Germanie entre -12 et -9, date à laquelle
il mourut des suites d'une chute de cheval. Il ne risque
donc pas d'avoir eu sous ses ordres celui qui, dix-huit
ans plus tard, en +9 (6),
supposé âgé de 25-27 ans, infligera
à Varus le désastre qui fait l'objet du film
!
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Détail de l'affiche italienne.
(Il Massacro della Foresta Nera / Hermann der
Cherusker)
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Arminius : le «Chevalier Blanc»
ou Dark Vador ?
(Il Massacro della Foresta Nera / Hermann der Cherusker) |
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| Filmé simultanément avec
Il Massacro..., son «petit frère» All'ombra
delle Aquille subit un sort identique. Nous ne l'avons pas vu,
mais au vu des informations recueillies, All'ombra... se
passerait après la mort d'Auguste - donc ferait suite à
Il Massacro... - et traite de ces interminables révoltes
Illyrico-Pannoniennes. (Du fait de la mention du chef illyrien Baton,
nous aurions plutôt situé cette bande en prologue à
Il Massacro..., mais soit !). Selon une habitude bien ancrée
chez nombre de producteurs comme Marco
Vicario, pour ne pas le nommer (mais il n'est pas le seul),
le film réutilise quantité de stock shots du
premier, jeu délicat que favorise la similitude des scénarios.
Il est clair que les producteurs ont une fois de plus voulu faire
deux films pour le prix d'un seul. Hans von Borsody (Arminius) et
Antonella Lualdi (Thusnelda) ont toutefois disparu du générique,
mais Cameron Mitchell - dont l'identité, dans le précédent
film, oscillait entre «Colonna» et «Cæcina»
selon les sources - y devient un certain tribun du nom de «Marcus
Ventibius», tandis que Dieter Eppler devient Baton, etc. |
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DRUSUS I &
II et GERMANICUS
Drusus I. - Frère
du futur empereur Tibère,
Drusus I, Drusus Claudius Nero (-38 à -9),
soumit la Germanie entre -12 et -9, date à laquelle
il décéda des suites d'une chute de cheval.
Le Sénat lui octroya le surnom de «Germanicus»,
qu'il légua à ses descendants (FLORUS, IV,
12).
Lorsque leur mère Livia quitta son premier mari Tib.
Claudius Nero pour épouser Octave-Auguste,
elle était déjà enceinte de Drusus.
Auguste adopta Drusus - qui était peut-être
son fils naturel -, mais pas son frère aîné
Tibère, dont il détestait le caractère
renfermé. Quand en +4, tous ses espoirs d'assurer
sa succession se furent les uns après les autres
évanouis dans la tombe, Auguste se résigna
à adopter le «vieux» et grincheux Tibère
- qui ainsi assumerait le rôle d'empereur... intérimaire
- à condition que Tibère lui-même adoptât
Germanicus, lui conférant de la sorte une place prééminente
dans la liste des successibles...
Germanicus. - C. Julius Cæsar
Germanicus (-15 à +19) est le fils de Drusus
I et, par conséquent, le petit-fils de l'empereur
Auguste. Bien fait de sa personne, c'était un homme
brillant et prometteur, à qui tout réussissait.
Portant exactement le même nom que son célèbre
aïeul par adoption Jules César, le jeune Caius
Julius Cæsar reçut de son père Drusus
I le cognomen de «Germanicus». Après
avoir mâté la mutinerie des légions
du Rhin, il retrouva et vengea les aigles de Rome bafouées
et infligea de sévères revers à Arminius
au terme d'une campagne qui dura cinq ans (de +11 à
+16).
Celle-ci, toutefois, demeura inachevée du fait de
son rappel à Rome par l'empereur Tibère, qui
était à la fois - nous l'avons vu - son oncle
naturel et son père adoptif. Autant Tibère
adorait son frère Drusus I, autant jalousait-il le
fils de celui-ci, Germanicus.
(On peut s'étonner de ce que le
film de 1965 ait boudé le personnage de Germanicus,
remplacé par Aulus Cæcina peut-être pour
pouvoir ménager un de ces happy-end dont,
dans les Golden Sixties, le péplum italien
avait la spécialité même s'agissant
des pires tragédies. Les Allemands se vengeront malicieusement
en rebaptisant chez eux Germanicus in der Unterwelt
tel épisode cromagnonesque des aventures de l'intemporel
Maciste (Maciste contre les Monstres / Maciste contro
i Mostri / Colossus of the Stone Age, Guido Malatesta,
1962).)
Drusus II. - Fils chéri de Tibère
et de Vipsania Agrippa, Drusus II - Drusus Cæsar
(-13 à +23) - est le neveu de Drusus I. Consul en
+15, il commandera en Germanie. Il finira empoisonné
par son épouse Livilla, maîtresse et complice
du préfet du prétoire Séjan. Tardivement
informé par Antonia en sa retraite de Capri, Tibère
ordonnera la destitution et l'exécution de Séjan
et son remplacement par Macron.
Drusus III. - Pour la complétude,
signalons que dans le tableau généalogique
des Julio-Claudiens un dernier Drusus est associé
au chiffre III. Drusus Cæsar (+7 à +33)
est le deuxième fils de Germanicus et d'Agrippine
I. Son frère aîné était Néron
César (pas l'empereur, mais un autre, fils d'Agrippine
I !) et son cadet Caius César «Caligula»
(qui devint empereur, lui !). |
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La logique d'une chronologie rigoureuse
voudrait qu'Arminius ait servi dans les légions de Tibère
(alors simple légat d'Auguste, pas encore empereur) dans
la campagne contre Baton, et qu'ainsi All'ombra... précède
Il Massacro... non l'inverse ! Ceci expliquerait pourquoi
ce dernier film commence par les congratulations que le général
en chef romain Drusus (7)
adresse à Arminius, allusion aux campagnes d'Illyrie-Pannonie
(8).
(Il est à noter que le nom de Marcus Ventibius
n'est pas sans rappeler celui du légat de Rome Ventidius
Carbo qui, dans La bataille d'Arminius de Kleist est l'ambassadeur
d'Auguste auprès des Chérusques. Ce «Ventidius
Carbo» est un personnage imaginaire, inventé par
le dramaturge allemand, qui en décalqua probablement le
nom sur celui des frères Ventidius, marianistes
opposés à Sylla, qui lors de la guerre civile rejoignirent
le camp de Cn. Papirius Carbo .)
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Le fort romain de «Divitia»
(ainsi nommé par le Neues Filmprogramm),
que Cæcina va défendre avec la même
ingéniosité que celle dont, selon Tacite,
il avait fait preuve aux pontes longi, à
la bataille des «Longs-Ponts». (Il Massacro
della Foresta Nera / Hermann der Cherusker)
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7.3.1. Le tournage
Tourné en Yougoslavie, dans quelque fortin en rondins ayant
précédemment servi aux aventures de Winnetou, mais
plus ou moins habillement «récupéré»
- on aperçoit, le temps d'un plan, le fossé rempli
d'eau, la haie de branchages acérés, mais point
de levée de terre -, on s'étonne tout de même
de ce que, dans une coproduction allemande glorifiant le «Vercingétorix
national» Arminius, si peu de soins aient été
consacrés à la reconstitution des Germains antiques,
dont les murs et coutumes ont été largement
décrits par Tacite dans sa Germanie et les costumes,
parures et habitations étudiées par les archéologues.
Les Germains combattaient quasi nus, se teignaient les cheveux
en rouge, etc. Ceux-ci, on ne peut plus balkaniques, ressembleraient
plutôt, avec leurs grosses tuniques et leurs toques en peau
de mouton, à des partisans titistes de la Deuxième
guerre mondiale. Exploitant la vogue actuelle pour l'heroic
fantasy, les affiches italiennes et anglaises «à
la Frazetta», sans rapport avec les images du film, sont
quant à elles plus proches de l'imagerie romantique wagnérienne.
(...) «Au milieu de la plaine, des ossements blanchissants,
épars ou amoncelés, suivant qu'on avait fui ou combattu.
A côté, par terre, des morceaux d'armes et des membres
de chevaux. Des têtes humaines pendaient au tronc des arbres.
Dans les bois voisins, les autels barbares où furent immolés
les tribuns et les centurions primipiles. Et les soldats qui survivaient
à ce désastre, ayant échappé à
la mort ou s'étant échappés de leur prison,
montraient la place où périrent les légats,
où les aigles furent enlevées. Ici Varus reçut
une première blessure; là son bras malheureux, tourné
contre lui-même, le délivra de la vie. Ils disaient
sur quel tribunal Arminius harangua son armée, combien
il dressa de gibets, fit creuser de fosses pour les prisonniers;
par quelles insultes son orgueil outragea les enseignes et les
aigles» (TAC., An., I, 60).
En relisant Tacite, on reste confondu par les possibilités
d'images de l'anecdote historique, cependant que dans le film,
son caractère dramatique, son ambiance étouffante,
cauchemardesque sont réduits à néant...
Si Il Massacro della Foresta Nera élude les horribles
détails qui suivirent l'anéantissement militaire,
on peut en tout cas s'en faire une idée, lorsque Cæcina
parcourt l'ancien champ de bataille jonché d'armes et d'ossements.
La séquence manque de gros plans, mais l'on voit les crânes
suspendus aux branches, et même un squelette romain crucifié.
Détail malvenu (il s'agit, bien sûr, de signifier
au spectateur que les squelettes sont romains), démontrant
que l'effet esthétique doit toujours être contrôlé
par une documentation historique scrupuleuse : plusieurs aigles
romaines sont encore fichées en terre, abandonnées
depuis six ans, alors qu'en réalité, les Germains
qui avaient servi comme auxiliaires dans les légions, conscients
de l'importance de ces symboles, en avaient conquis deux (9)
qu'ils avaient consacrées dans certains de leurs sanctuaires
: celle de la XIXe Légion fut récupérée
par L. Stertinius chez les Bructères (TAC., An.,
I, 60); l'autre chez les Marses (TAC., An., II, 25).
Pour quiconque considère Rome comme le symbole de l'ordre
et de la raison, la description de cet horrible charnier, les
sacrifices humains à Woden le roi des dieux, à Donner
le dieu de la guerre - les officiers uniquement, les hommes de
troupes étant emmenés en esclavage -, hérisse
le poil dans la nuque. Tous ceux qui le purent, officiers ou soldats,
se suicidèrent pour ne pas être pris vivants. Aux
«barbares germains» se substituent des images émotionnelles,
des images floues de massacre de «civilisés»
par des «sauvages», à peine sortis du cannibalisme
pour y replonger.
Ce genre de scène qui a fait les délices de la
Hammer dans La reine des
Vikings, n'a pas du tout été exploité
dans le film de Baldi. Pour une fois, les décors macabres
dont bien des productions auraient fait leurs choux gras, étaient
justifiés. Evidemment, il s'agit d'une production allemande,
et il faut donc donner le beau rôle à Arminius, non
à ses ennemis Romains - donc pas de détails choquants
sur les sacrifices humains, etc. Néanmoins, vers la même
époque, les Britanniques n'étaient point gênés
pour montrer les cruelles coutumes des anciens Celtes, leurs aïeux.
7.3.2. Exit Germanicus
Plus axé sur le Romain Cameron Mitchell que sur Arminius,
Il Massacro della Foresta Nera ne cherche toutefois pas
à charger la «cruauté» des Germains
que, du reste, celle des Romains valait bien, qui ne se gênaient
pas pour exterminer des villages entiers, tous sexes et générations
confondus. N'en accablons pas les Romains pas plus que les Germains
: les lois de la guerre étaient alors ainsi. Point, à
la ligne.
Nous sommes néanmoins fort surpris de l'importance du rôle
attribué Aulus Cæcina, vrai «brave à
trois poils» certes, mais qui n'était que le
légat de Germanicus. Germanicus a été complètement
escamoté du scénario; c'est tout juste si, au début
du film, apparaît... son père, Drusus I. Comment
les cinéastes ont-ils ainsi pu gommer le général
en chef de cette campagne, qui fut aussi le chef de guerre romain
le plus adulé de son siècle ?
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AULUS CAECINA
SEVERUS (Cameron Mitchell)
consul suffect en -1
Aulus Cæcina Severus est d'abord mentionné
comme légat en Msie, en 6 de n.E., pendant
le soulèvement des tribus dalmates et pannoniennes
sous les deux Baton. Son esprit de décision sauve
la ville de Sirmium, où il neutralise le chef des
Breuciens Baton. Quand Sarmates et Daces menacent sa province,
Cæcina en organise la défense. En 7 de n.E.,
il participe aux opérations victorieuses contre les
Pannoniens et les Dalmates.
Il commande en second en Germanie quand, en 14 de n.E.,
il doit faire face à la mutinerie des légions
et fait montre d'un extrême sang-froid (TAC., An.,
I, 31-32), réprimant de l'intérieur par une
sorte de «pogrom» la révolte des légionnaires
(TAC., An., I, 48).
Au cours de la campagne contre les Germains
d'Arminius qui s'ensuivit, Cæcina se trouvait presque
toujours à l'avant-garde des forces romaines. L'année
suivante (15 de n.E.), ramenant par voie de terre une partie
des troupes de Germanicus - qui, lui, a rembarqué
avec la flotte, par le fleuve, il est encerclé par
Arminius aux «Longs-Ponts», une zone marécageuse
proche de l'Ems (le synopsis allemand du film de Baldi nomme
ce lieu «Divitia» (?)). Cæcina s'y retranche
avec ses quatre légions (I, V, XX, XXI) et organise
la défense en attendant l'aube. La nuit, il rêve
que le fantôme ensanglanté de Varus lui apparaît,
émergeant du marais et le pointant du doigt. Mais
plus compétent militaire que Varus, il préserve
ses légions de la destruction. Par une manuvre
habile, il laisse pénétrer les Germains dans
son camp... et les y encercle (TAC., An., I, 63-68).
Cette même année 15, avec ses collègues
L. Apronius et C. Silius il aura droit au Triomphe sur les
Germains à Rome (TAC., An., I, 72).
Il continuera à suivre Germanicus
dans sa campagne contre les Chérusques d'Arminius,
et construira une flotte (TAC., An., II, 6).
Aulus Cæcina servit les aigles romaines
au long d'une carrière de quarante ans (TAC., An.,
I, 64), au cours de laquelle il engendra six enfants nonobstant
le fait que - de sa conviction personnelle - on ne devait
pas permettre aux gouverneurs de provinces d'admettre leurs
épouses auprès d'eux.
(Dans le film de F. Baldi, Cameron
Mitchell incarne le personnage historique de celui
qui fut consul suffect en 1 av. n.E., Aulus
Cæcina, ainsi nommé dans les versions
italienne et anglaise. Cependant, dans les sources allemandes,
il est rebaptisé «tribun Colonna»,
nom fictif assez ridicule.) |
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Le résumé publié
dans le Neues Filmprogramm correspond, à des détails
près, aux VHS anglaise et espagnole que nous avons pu visionner.
La principale différence entre cette source allemande et
le film que nous avons visionné réside dans le fait
que l'action militaire de Varus et celle de Colonna (ou Cæcina)
y étaient présentées comme simultanées.
Selon cette source allemande l'action d'Arminius consistait à
empêcher la jonction des deux armées romaines.
... Alors que le film montre bien que la seconde armée
fut envoyée pour venger la première et qu'un laps
de temps conséquent sépare les deux actions - les
corps ont largement eu le temps de se décomposer pour se
transformer en squelettes parfaitement blanchis, les étoffes
qui les vêtaient se sont volatilisées...
C'est à la fin du premier tiers d'Il Massacro...
que l'on assiste au massacre des légions de Varus, dans
des marécages supposés se trouver aux confins des
sources du Rhin et du Danube. Mais on ne voit pas Auguste proférer
son pathétique «Vare, legiones redde !»
(SUÉT., Aug., 23) pourtant mentionné dans
le Neues Filmprogramm (10).
Après bien des péripéties, la vidéo
britannique/espagnole s'achève par la défaite d'Arminius
par Cæcina, qui signe la paix avec Rome... hérésie
historique de taille !
7.3.3. Commentaire historique
Pas mal d'inexactitudes donc dans cette coproduction germano-italienne
où chacun s'efforce de garder le beau rôle. Par exemple
- nous l'avons dit - on n'y voit pas figurer Germanicus, le vainqueur
d'Arminius, mais seulement Cæcina, son légat, qui
peut ménager un happy end de commande.
Historique, le personnage de Thusnelda a surtout été
développé par les écrivains allemands des
XVII-XIXe s. : il est clair que le scénario s'inspire plus
ou moins de cette tradition romantique bâtie autour du héros
fédérateur champion de l'indépendance pour
ménager une intrigue confuse, qui n'existait pas chez les
historiens romains mais qui est indispensable pour mener à
bonne fin un scénario de film ou de théâtre.
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Hermann et Thusnelda (Hans
von Borsody & Antonella Lualdi) s'aiment et vont se
dresser contre l'arbitraire de Rome. A droite : Hermann-Arminius
en toque de fourrure : le film de F. Baldi a choisi une
esthétique réaliste, éloignée
des clichés wagnériens du casque ailé
ou à corne. (Il Massacro della Foresta Nera
/ Hermann der Cherusker)
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| Curieux profil que celui de ces
guerriers germains, coiffés de toques de fourrure, éloigné
de l'imagerie romantique, et qui tend à se rapprocher d'une
certaine exactitude historique.
Le film souffre manifestement d'une insuffisance de budget. Le
camp romain est un fortin en rondins, qui a dû servir au
tournage de nombreux westerns européens en Yougoslavie.
Si la version 1993/95 de l'Hermannsschlacht présente
l'immense intérêt d'avoir été en grande
partie été tournée in situ, F. Baldi
a incontestablement su - pour Il Massacro della Foresta Nera
- en dépit d'un budget manifestement étique, trouver
un excellent décor pour décrire l'extermination
de Varus et de ses trois légions : une chaussée
de rondins (11)
au milieu du marais. Mais il l'a fort mal exploité. A peine
entré dans le marais chérusque, Varus s'y fait cribler
de traits, tandis que sur ses arrières, le gros de ses
troupes est massacré dans la plaine par la cavalerie des
Germains... Des traits incendiaires (poncif cinématographique,
soit !), et d'entrée en matière des grappes de guerriers
demi-nus dégringolant de... modestes saules pleureurs.
C'est quelque peu hâtif, et la belle séquence reste
à faire, avec travail sur la lumière, etc. : les
Romains affolés sous la pluie battante, les flèches
jaillissant des frondaisons... La terreur des soldats mélangés
de presqu'autant de civils (réduits, dans le film, à
un seul chariot !). Varus marchait dans les Wiehengebirge (12)
depuis deux jours, avec ses hommes et un train de bagages important.
L'extermination de sa colonne dura au total trois jours, sous
une pluie battante, comme le précise Dion Cassius. Et avec
des fortunes diverses - ainsi les Romains réussiront à
édifier un petit fortin et à s'y retrancher avant
d'être contraints de l'abandonner. Le suicide de Varus et
ses lieutenants. Les sacrifices humains. Les légionnaires
emmenés en esclavage... (TAC., An., I, 60-62).
Déplorons donc le manque d'envergure de cette séquence,
qui eut également gagné à s'offrir un directeur
de photographie plus imaginatif (on est loin de l'atmosphère
oppressante de la bataille dans la forêt des Marcomans de
La chute de l'Empire romain, sorti sur les écrans
l'année précédente) sinon davantage de moyens.
Le cinéma nous a quand même offert quelques réussites
dans le genre comme le massacre de la colonne britannique du colonel
Munro dans Le dernier des Mohicans (Michael Mann, 1992)
ou les fusillades, charges et contre-charges entre infanteries
nordiste et confédérée dans les sous-bois
de la colline de Round Top dans Gettysburg (Ronald F. Maxwell,
1993).
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7.4. Die Hermannsschlacht
(Christian Deckert, Hartmut Kiesel, Christoph Köster, Stefan
Mischer, Cornelius Völker - AL, 1993/95)
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| Suite… |
NOTES :
(1) Cf. MOMMSEN, Hist. rom.,
éd. Bouquins, II, p. 534, note 1. - Retour
texte
(2) Avec un zeste d'antiquité
comme la «faucheuse», le char à faux du chevalier
mongol Ariberto, ou les emprunts scénaristiques au personnage
mythologique de Danaé et de la Belle au Bois Dormant
confondues... - Retour texte
(3) C'est probablement lui l'empereur
de Byzance, ou Constantinople. - Retour
texte
(4) Dans sa Germanie, Tacite
voyait en les guerriers d'Outre-Rhin l'archétype des
premiers Romains et, magnifiant leurs vertus héroïques,
les proposait en exemple à ses compatriotes du «Siècle
d'Auguste». - Retour texte
(5) Ce Drusus I est le père
de Germanicus (C. Julius Cæsar Germanicus) qui vengera
les aigles bafouées de Rome en défaisant Arminius
au terme d'une campagne qui dura cinq ans. Voir encadré
Drusus I & II. - Retour texte
(6) Le scénariste aurait-il
confondu -9 et +9 ? On en a vu d'autres, à Cinecittà
et... ailleurs ! - Retour texte
(7) Décédé depuis
longtemps, Drusus I pouvait difficilement complimenter Arminius,
à la veille de sa révolte. Drusus
II serait évidemment plus vraisemblable, mais était-il
déjà en Germanie vers 8 de n.E. ? - Retour
texte
(8) Campagnes d'Illyrie, Dalmatie
et Pannonie de 6 à 9 de n.E. : Baton Dysidiate (ou Baton
le Dalmate) se révolta contre Auguste, bientôt
rejoint par un chef homonyme, Baton le Pannonien. - Retour
texte
(9) Selon Florus, la troisième
aigle avait été sauvée par le porte-enseigne
(FLORUS, IV, 12)). Les aigles récupérées
furent intégrées dans l'Arc de Triomphe de Tibère,
près du Temple de Saturne, dans un angle du Forum romain,
après que Germanicus vainqueur eut défilé
avec ses cinq enfants sur son char (TAC., An., II, 41).
- Retour texte
(10) Ce qui en soi ne constitue nullement
une preuve; chacun sait que les résumés publiés
dans les pressbooks, catalogues (tel Unitalia/Anica)
et autres Neues Filmprogramm peuvent contenir des détails
fantaisistes. - Retour texte
(11) ... Qui certes eut sans doute
mieux convenu pour la «Bataille des Longs-Ponts»,
ces routes de rondins traversant les marais de l'Ems où
Cæcina et ses quatre légions défirent Arminius.
Bataille intéressante où les Germains contrèrent
le Romains en rompant des digues pour noyer le terrain et le
rendre impraticable - la bataille de l'Yser avant la lettre,
retournée en faveur des Germains - mais qui ne correspond
pas tout-à-fait au contexte du Teutoburger Wald. - Retour
texte
(12) A l'époque du tournage
(1964-1965), T. Clunn et F. Berger n'avaient pas encore entrepris
leurs fouilles à Kalkriese (publiées en 1996).
- Retour texte
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