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La dernière légion
(The Last Legion - The Enchanted Sword)
(Doug Lefler, 2007)

 

livre valerio manfredi

Couverture du roman de V. Manfredi chez Pocket. Détail de Vercingétorix jette ses armes aux pieds de Jules César, 1899, par Lionel-Noël Royer. Le Puy-en-Velay, musée Crozatier

 

Le dernier des derniers romains...

(Bientôt sur nos écrans)

L'an 476 marque officiellement la fin de l'Empire romain mais il y a longtemps déjà que Vandales, Huns et Wisigoths ravagent et occupent la Gaule et l'Italie. Alaric a pris Rome et Constantin a choisi Byzance pour capitale. En détrônant l'enfant Romulus Augustule, le chef goth Odoacre met à mort l'Empire disloqué.

Le Barbare épargne néanmoins la vie du dernier des Césars adolescents. C'est l'exil, et la fuite vers les confins septentrionaux, sous la protection d'Aurélius, commandant d'une légion décimée. Une extraordinaire découverte, une épée à l'inscription mystérieuse, oriente alors le voyage : cette arme légendaire semble leur indiquer les brumes du pays breton...

Une prodigieuse rencontre entre deux civilisations menacées, entre le légionnaire romain et le chevalier celte, entre les survivants du Capitole et la cour du roi Arthur. Notre civilisation occidentale a peut-être commencé à cet instant-là (résumé 4e plat de couverture du roman).

En quelque sorte, La dernière légion est la préquelle du Roi Arthur d'Antoine Fuqua, puisqu'elle se propose de nous raconter les «débuts» du célèbre souverain romano-breton, restitué à son contexte historique au prix de quelques anachronismes - l'Histoire, au grand écran, ayant tendance à compresser des faits qui se déroulent parfois sur plusieurs décennies. Et, bien sûr à «romancer» (mais comment faire autrement ?), ainsi par exemple si Odoacre déposa bien le jeune Romulus Augustule (septembre 476), ce fut pour le reléguer dans une villa de Campanie avec une rente annuelle de 6.000 livres d'or. A ce moment, Romulus Augustule sort de l'Histoire, et nul ne peut dire combien de temps il vécut encore. Ces failles de l'Histoire font bien évidemment la joie des romanciers, qui s'engouffrent dans la brèche pour ancrer leurs fictions. «Je me demande parfois si nous pouvons réellement connaître le passé - écrit John Maddox Roberts, en préambule d'un de ses «polars antiques». Comme les morts n'écrivent pas, l'histoire est racontée par les survivants. Parmi ces derniers, certains ont vécu les événements tandis que d'autres en ont seulement entendu parler. Celui qui raconte ou qui écrit ne relate pas à coup sûr les choses telles qu'elles se sont déroulées, mais plutôt comme elles auraient dû le faire afin de donner une bonne image de l'historien, de ses ancêtres ou de son parti politique» (1).

Le réalisateur Doug Lefler n'est pas un inconnu pour les amateurs de films historico-mythologiques. On trouve son nom associé à celui de Sam Raimi comme coscénariste ou dessinateur de story-boards ainsi pour Evil Dead 3 (Army of Darkness, the Ultimate Experience in Medieval Horror) ou les séries TV Hercules : The Legendary Journeys et Xena, the Warrior Princess dont il met en scène de nombreux épisodes (participant à d'autres comme réalisateur de 2e équipe). Au cinéma il a été réalisateur de seconde équipe sur Spider Man. La dernière légion est son premier film de réalisateur pour le grand écran.

Initialement mis en chantier par Carlo Carlei pour De Laurentiis et RAI Cinema, avec Anthony Hopkins dans le rôle d'Aurélius. L'adaptation du roman de Valerio Manfredi, L'Ultima Legione, est signée par le britannique David Leland (Whish You Were Here), d'abord pressenti comme réalisateur. L'Anglo-Soudanais Alexander Siddig, qui incarne ici Theodorius Andronikos, a précédemment interprété le rôle d'Hannibal dans le docu-fiction de Richard Bedser (Hannibal, l'ennemi de Rome). Enfin, signalons la présence de la reine de Bollywood, Aishwarya Rai (Devdas) qui tient ici son premier rôle dans un film occidental.

 

Fiche technique

Dernière légion (La)
Etats-Unis - Grande-Bretagne - France, 2006
t.o. Last Legion (The) / Enchanted Sword (The)

Prod. : Dino, Martha & Raffaella De Laurentiis - Ingenious Film Partners - Quinta Communications (Tarak Ben Ammar) - Zephyr Film / Coul.

Fiche technique
Réal. : Doug LEFLER; Scén. : David LELAND & Leslie MEGAHEY (d'après le roman de Valerio MANFREDI, La dernière légion, 2002); Images : Marco PONTECORVO; Prod. : Tarak BEN AMMAR (producer), James CLAYTON (executive producer), Chris CURLING (co-producer), Dino DE LAURENTIIS (producer), Raffaella DE LAURENTIIS (producer), Hester HARGETT (associate producer), John MILIUS (executive producer), Salvatore MORELLO (co-executive producer), Duncan REID (executive producer), Phil ROBERTSON (co-producer), Martha SCHUMACHER [Martha DE LAURENTIIS] (producer), Harvey WEINSTEIN (executive producer); Montage : Simon COZENS; Casting : Lucy BEVAN, Lenka STEFANKOVICOVA; Prod. Desgn : Carmelo AGATE; Dir. art. : Roberto CARUSO; Costume Desgn : Paolo SCALABRINO. - Makeup Department : Jana CARBONI (makeup artist), Federico CARRETTI (assistant makeup artist), Giannetto De ROSSI (key makeup artist), Mirella De ROSSI (key hair stylist). - Production Management : Aziz BEN CHAABANE (production manager), Viliam RICHTER (production manager), Piergiuseppe SERRA (production manager), Simona VESCOVI (unit manager). - Second Unit Director or Assistant Director : Gerry GAVIGAN (first assistant director), Peter PALKA (first assistent director : Slovakia), Emma STOKES (third assistant director), Gareth TANDY (first assistant director), Paul TAYLOR (second assistant director), Paula TURNBULL (second assistant director). - Art Department : Matthew BUTTON (armory department). - Sound Department : Iain EYRE (ADR editor), Stefan HENRIX (supervising sound editor), Steve LITTLE (dialogue editor), Michael PRICE (music editor), George TREVIS (boom operator), Martin TREVIS (sound mixer). - Effets spéciaux : Trevor WOOD (special effects supervisor). - Visual Effects : Alain CARSOUX (visual effects supervisor), Jerome FOURNIER (matte painter), Haure SEBASTIEN (senior character modeler : DUBOI). - Cascades : Ben COOKE (stunt double : Colin Firth), Steve GRIFFIN (stunt coordinator), David HOLMES (stunt double), David HOLMES (stunt double : Thomas Sangster), Todor LAZAROV (stunts), Branislav MARTINAK (stunt double : Sir Ben Kingsley), Lubomir MISAK (stunt coordinator : Slovakia), Radoslav PARVANOV (stunts), Stanimir STAMATOV (stunts). - Divers : Catherine ALLINSON (script supervisor), Abigail BARBIER (ADR voice casting), Mark BIRMINGHAM (production accountant), Charles BODYCOMB (supervising armorer), Robert-James BOVA (crane operator), Robert-James BOVA (operator : remote head), Emma BRAZIER (assistant accountant), Billy BUDD (military consultant), Matthew BUTTON (armoury department designer), Claudia CIMMINO (production coordinator), Stefano De NARDIS (assistant costume designer), Peter EARDLEY (location accountant), Dave EVANS (armorer), Keith HAMSHERE (still photographer), Richard HOOPER (supervising armorer), Paul HORNSBY (senior military advisor), Moira HOULIHAN (unit publicist), Charles HOWES (tutor), Peter HRIC (horse master), Aymen KHALIFA (cultural consultant), Dion LAM (fight consultant), Brad LARNER (first assistant camera : «B» camera), Goran MECAVA (camera operator), Ray MEERE (assistant camera), Lubomir MISAK (horse master : Tunisia), David MORGAN (camera operator), Julian MURRAY (location accountant), Hilde ODELGA (production coordinator), Richard RYAN (sword master), Alessandra SANGERMANO (central loader), Luciano TEOLIS (first assistant camera), Maurizio TORTI (key set costumer), Lori WYANT (script supervisor); Musique : Patrick DOYLE.

Fiche artistique
Colin FIRTH (Aurélius) - Ben KINGSLEY (Ambrosinus) - Aishwarya RAI (Mira) - Nonso ANOZIE (Batiatus) - Robert BRAZIL (Scorpion Commander) - James COSMO (Hrothgar) - Igor De LAURENTIIS (Septimus) - Rupert FRIEND (Demetrius) - Iain GLEN (Orestes) - John HANNAH (Nestor) - Lee INGLEBY (Germanus) - Rory JAMES (Arthur, jeune) - Ferdinand KINGSLEY (druide) - Murray McARTHUR (Tertius) - Kevin McKIDD (Wulfila) - Peter MULLAN (Odoacre) - Robert PUGH (Kustennin) - Aishwarya RAI (Mira) - Mark SANGSTER (Metellus) - Thomas SANGSTER (Romulus Augustule) - Alexander SIDDIG (Theodorus Andronikos) - Beata Sonczuk-Ben AMMAR (Flavia) - Owen TEALE (Vatrenus) - Alexandra THOMAS-DAVIES (Ygraine) - Harry Van GORKUM (Vortgyn) - Andrew WESTFIELD (Marcallis).

DISTRIBUTION
INT/ En postproduction. Sortie prévue : 2007.

NOTES
Extérieurs tournés en Italie (Capri, Naples, Campanie) et en Slovaquie (châteaux de Cerveny et Spis, Pezinok, Zehra). Studios Tarak Ben Ammar, en Tunisie. Budget 70 millions de dollars.

BIBLIOGRAPHIE
Valerio Massimo MANFREDI, La dernière légion (L'Ultima Legione, Mondadori, 2002), Plon, 2003; rééd. Pocket, n 12.048, 2005.

GALERIE DE PHOTOS : www.firth.com

FORUM LA DERNIERE LEGION (en italien) : www.imperium-romanum.it

SCÉNARIO
(Eté 476)
L'Empire d'Occident s'effondre sous la poussée des Barbares, que conduit Odoacre, roi des Hérules, lequel revendique pour sienne un tiers de la péninsule italienne. L'ancien secrétaire d'Attila, le général Oreste et son épouse Julia sont assassinés à Rome. Epargné par le conquérant, son fils de douze ans - le jeune empereur Romulus Augustule - est relégué dans un ancien palais de Tibère, à Capri. Avec l'aide de son protecteur Aurélius, tribun de la IVe légion, il réussit à s'en évader et, accompagné de celui-ci et du devin Ambrosinus, il prend la route de l'exil... et de l'île de Bretagne - Byzance ayant fait alliance avec les conquérants barbares.
Là, ils rallient les dernières troupes loyales de la IXe légion, engagées dans une lutte sans merci contre les envahisseurs saxons...

ANALYSE
Note de Valerio Manfredi, à propos des sources de son roman
La chute de l'Empire romain est l'un des grands thèmes de l'histoire de l'Occident, mais aussi l'un des plus mystérieux du fait de sa complexité, de la rareté des sources et des témoignages concernant l'époque de son déclin définitif. En outre, cet événement, traditionnellement jugé catastrophique, est, d'un point de vue historiographique, totalement conventionnel. En effet, en 476 après Jésus-Christ, personne ne se rendit compte que le monde romain avait pris fin : les événements qui s'étaient succédé n'étaient pas plus traumatisants que ceux qui se produisaient quotidiennement depuis de nombreuses années. Tout simplement, Odoacre, le chef hérule qui avait déposé Romulus Augustule, envoya les insignes impériaux à Constantinople en affirmant qu'un empereur était plus que suffisant pour tout l'Empire.

A travers cette histoire, qui est en grande partie le fruit de mon imagination, j'ai tenté de reconstituer cet événement dans son contexte historique, mais aussi de mettre en évidence la naissance de nouveaux mondes, de nouvelles cultures et de nouvelles civilisations aux racines encore vitales dans le monde romain. La conclusion «arthurienne» de notre histoire doit être prise dans son sens symbolique de véritable parabole, mais pas seulement : les chercheurs reconnaissent désormais que les événements qui engendrèrent la légende du roi Arthur, codifiée au Moyen Age par Geoffrey de Monmouth, se déroulèrent à la fin du Ve siècle en Grande-Bretagne, et comptèrent parmi leurs acteurs principaux le mystérieux et héroïque Ambroise Aurélien, solus Romanæ gentis («le dernier des Romains»), vainqueur de la bataille de Mount Badon contre les Saxons, prédécesseur de Pendragon et d'Arthur. Au niveau populaire, nous considérons ces personnages comme des chevaliers médiévaux, alors qu'ils étaient beaucoup plus proches du monde romain. La tradition selon laquelle les Romano-Bretons du Ve siècle invoquèrent à plusieurs reprises l'aide de l'empereur contre les envahisseurs du Nord et du Sud, obtenant deux fois du général Ætius l'envoi de Germain (2), figure mystérieuse, à mi-chemin entre le saint et le guerrier, correspond également à la vérité. D'autres personnages, tels que le Celte Myrdin, le Merlin de la légende, sont, en revanche, tirés du corpus épique du cycle arthurien, qui tourne autour de l'épée mythique Excalibur, dont le nom a récemment été interprété par d'illustres celtistes comme une crase des mots latins ensis caliburnus, c'est-à-dire «épée forgée par les Chalybes», expression qui nous ramène au milieu méditerranéen. Cette histoire se présente donc comme une hypothèse mythique et symbolique, inspirée par des événements historiquement reconnaissables qui, au crépuscule du monde antique, auraient pu se rapprocher de cette zone d'ombre dont le mythe arthurien tire son origine.

Pour cette fiction littéraire, j'ai choisi le point de vue d'un groupe de soldats romains loyalistes, dépositaires de la tradition, qui considèrent les barbares comme des étrangers féroces et dévastateurs, une attitude effectivement très répandue à l'époque. La durée éphémère des royaumes romano-bretons fut justement causée par le fossé qui opposait les populations romanisées aux envahisseurs. Aujourd'hui, on préfère au terme «invasions» celui de Volkerwanderung, de migrations, mais le résultat demeure identique. En notre époque aussi troublée, l'Occident, qui se croit d'une certaine façon immortel et indestructible (tout comme l'Empire romain de la meilleure période), devrait méditer cette leçon : tôt ou tard, les empires s'écroulent, et la richesse d'une partie du monde ne peut cohabiter avec la misère des autres populations. Ceux qu'on appelait alors barbares ne voulaient pas la destruction de l'Empire, ils souhaitaient en faire partie, et nombre d'entre eux le défendirent au prix de leur vie. Mais ils provoquèrent sa chute en précipitant le monde dans une longue période de dégradation et de désordre.

Certains personnages du roman laissent entrevoir par leur façon de s'exprimer une survivance résiduelle de sentiments païens, qu'il est difficile de justifier à la fin du Ve siècle, mais qui n'est pas totalement improbable, au vu des signaux que nous révèlent des sources plus tardives. De tels sentiments traduisent ici l'attachement à la tradition et au mos maiorum (3), qui n'était peut-être pas totalement éteint. En ce qui concerne le personnage de Romulus, et l'âge, controversé dans les sources, auquel il fut déposé, j'ai préféré la version de Excerpta Valesiana, 38, qui le définit comme un enfant : «Odoacar... deposuit Augustulum de regno, cuius infantiam misertus concessit ei sanguinem...» (Odoacre déposa Augustule et épargna sa vie par compassion pour son jeune âge...).

Le lecteur averti reconnaîtra dans la trame du roman un grand nombre de sources issues du Bas-Empire latin, pour la plupart : les Histoires d'Ammien Marcellin, le De reditu suo (4) de Rutilius Namatianus, le De gubernatione Dei de Salvien, l'Histoire de la guerre gothique de Procope de Césarée, l'Historia Lausiaca de Palladius, l'In Rufinum de Claudien, l'Anonymus Valesianus, la Chronique de Cassiodore et la Vita Epiphanii, ainsi que des références occasionnelles à Plutarque, Orose, saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme; enfin, une série de sources du haut Moyen Age, qui sont la base de l'épilogue «britannique» de notre histoire : l'Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable, le Comitis Chronicon et le De exitio Britanniæ de Gildas. (© Plon, 2003)


NOTES :

(1) J.M. ROBERTS, Sacrilège à Rome, 10-18, n 3809, p. 11. - Retour texte

(2) Saint Germain d'Auxerre (N.d.M.E.). - Retour texte

(3) «La coutume des ancêtres», c'est-à-dire les valeurs intangibles de la romanité, l'ordre des choses - telles qu'elles avaient toujours été et devaient le rester (N.d.M.E.). - Retour texte

(4) A été porté à l'écran par Claudio Bondi (De Reditu / Il ritorno, 2003). En 417, le préfet de Rome Claudius Rutilius Namantius, poète païen, regagne Toulouse sa ville natale, et traverse la Gaule dévastée par les Goths. Au passage il visite l'empereur Honorius, retranché dans Ravenne, et vainement l'invite à envoyer des troupes à Rome.

de reditu

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