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30 juillet 2008
ANNONCÉ : Daniel 007 Craig dans Les mémoires d'Hadrien de John Boorman

Ca doit bien faire dix ans qu'il est en question, mais le projet de John Boorman de porter à l'écran le célèbre roman de Marguerite Yourcenar semble se concrétiser. Il y a quelques mois encore, il était question que le rôle de l'empereur romain soit endossé par Antonio Banderas; celui-ci s'étant désisté, c'est Daniel Craig qui l'assumera. Avec Charlie Hunnam (Queer as Folks, Les Fils de l'homme) dans le rôle de Antinoüs, l'amant d'Hadrien. Ca va de nouveau jaser dans les chaumières...
Le tournage devrait commencer au Maroc, en septembre 2008.

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memoires d'hadrien - marguerite yourcenar
 
 

[...]
MEMORANDUM : TIBERIUS & CAIUS SEMPRONIUS GRACCHUS

Alexandre Dumas, déjà, avait tenté un essai dans l'écriture tragique à sujet antique avec Les Gracques (1827); mais dans «Comment je devins Auteur dramatique» (1833), il avouera : «Je lui ai rendu justice en le brûlant à peine né.» Les films consacrés aux frères Gracques sont suffisamment rares - nous ne voyons guère que Cajo Gracco (Valiant Roman, or the Death of Gracchus [GB]) (Prod. Latium Film [Rome], IT - 1911) - pour que nous insérions ici un petit mémorandum, en fait une compilation de quelques ouvrages de références pour éclairer le docufiction réalisé par Christopher Spencer pour la BBC.

On a voulu voir en Tiberius et Caius Sempronius Gracchus des socialistes avant l'heure. Le révolutionnaire Babeuf, qui tenta de renverser le Directoire, adopta même leur patronyme. Gracchus ! Le nom sonne bien et est connoté de démocratie, sinon de communisme. Les vertus des frères Gracchus sont tellement bien ancrées dans la mémoire collective que leur mère sera l'un des rares personnages féminins à apparaître dans un court récit historique du journal Tintin, «Cornélie, mère des Gracques» (Füncken), mais c'était en 1965 il est vrai. Dans les années '50, les femmes étaient - par contrat - proscrites dans les illustrés catholiques pour jeunes garçons : c'est ainsi que Cuvelier dessina une guerre de Troie sans la Belle Hélène (1956) et les Füncken une «Sédition Nika» sans l'impératrice Théodora (1956).
C'est sans doute cette image d'intégrité morale qui poussera Jacques Martin à en attribuer le nom à son héros gaulois adopté par un patricien romain : Alix Gracchus. Dalton Trumbo incarnera en un Gracchus non-historique, mais canalisant les aspirations des populares, le personnage interprété par Charles Laughton dans Spartacus (Stanley Kubrick), l'ami de Jules César, l'opposant à Crassus. La chose est amusante, car loin d'être son ennemi, César, en fait, était l'allié de Crassus - ce chevalier enrichi qui sponsorisait sa carrière politique. Et un aïeul de Crassus, P. Licinius Crassus avait, par ailleurs, soutenu les Gracques dans leur «révolution» agraire.
On pouvait être fabuleusement riche comme Crassus ou aristocrate jusqu'au bout des ongles comme César, et en même temps être un popularis. La politique !... Ceci démontrant que les tenants et aboutissants de la politique romaine échappent totalement au public comme aux cinéastes, lesquels préfèrent plaquer des positions d'aujourd'hui sur les figures emblématiques de l'Histoire.

Un autre exemple ? Dans Gladiator, le principal sénateur opposant au populisme de Commode, le parangon des vertus républicaines à l'ancienne, est un autre Gracchus (Derek Jacobi). Mais c'est un peu vite oublier que l'illustre tribun de la plèbe aurait sans doute volontiers lynché ses opposants siégeant à la Curie, si ceux-ci n'avaient été plus rapides que lui !

En fait, les frères Gracchus nous sont connus surtout à travers les textes de Plutarque et d'Appien qui écrivaient plus de trois siècles après leur mort et, sans doute, ne comprenaient plus très bien les enjeux de l'époque républicaine - eux qui vivaient dans les réalités de l'Empire.
De ces réalités-là, l'historien moderne peut néanmoins se faire une idée à travers les allusions des contemporains des Gracques ou de la génération qui les suivit immédiatement. Les frères Gracchus n'étaient pas des révolutionnaires mais étaient soucieux de faire appliquer des lois existantes, relatives à l'ager publicus. Ils s'inquiétaient de la chute de la natalité dans les classes des petits propriétaires qui devaient le service militaire (à cette époque, les légionnaires fournissaient leur propre équipement, armes etc.). Et si ces dignes humanistes défendirent les prolétaires qu'étaient devenus les petits paysans romains, ce fut au détriment des sujets de l'Empire qu'il livrèrent à la férocité des publicains. Fermiers de l'impôt, ces publicains étaient des chevaliers romains (equites), une nouvelle classe à la charnière des optimates et de la plèbe, que les Gracques contribuèrent largement à créer : une «noblesse d'argent», celle des banquiers, des affairistes et des capitalistes.
Les Gracchi ne s'étaient-ils pas liés aux philhellènes Sciponi, aristocrates qui entretenaient des relations suivies avec les milieux d'affaires campaniens, les marchands de Naples rivaux de ceux de Carthage ? C'est la défense de leurs intérêts qui généra les Guerres puniques, ce conflit impensable entre une puissance foncière péninsulaire et un empire commercial maritime, lesquels n'avaient aucune raison de se jalouser. Du reste, payant de leur personne, il faut reconnaître que les Scipion s'y investirent grandement : Scipion l'Africain en remportant la Deuxième Guerre punique, Scipion Emilien la Troisième, et Tiberius Gracchus en gagnant la corona muralis sous les ordres de ce dernier.

Sources : Claude NICOLET, Les Gracques. Crise agraire et révolution à Rome (Julliard, coll. «Archives», 1967), nous a fourni l'essentiel (la Chronologie et l'Appréciation). Les notices biographiques et autres définitions sont de Jean H. CROON (Encyclopédie de l'Antiquité classique, Sequoia, 1960) et M.N. BOUILLET (Dictionnaire classique de l'Antiquité sacrée et profane, Paris, Bélin-Mandar éd., 1841).

1. Rappel préliminaire de deux notions

A. La classe des chevaliers (équites)
B. L'ager publicus

2. Biographies des Gracques

A. M.N. Bouillet (Dictionnaire classique de l'Antiquité)
B. Jean H. Croon (Encyclopédie de l'Antiquité classique)

3. Chronologie des Gracques
4. Appréciation de l'action des frères Gracchus

1. Rappel préliminaire de deux notions

A. La classe des chevaliers (équites)

ÉQUITES, (a) - cavaliers de l'armée romaine; à l'origine, citoyens romains jouissant de la fortune exigée en garantie de l'entretien des chevaux fournis par l'Etat. A la longue, Rome n'eut pourtant à son service que des cavaliers étrangers (en particulier Gaulois et Ibères).
(b) - l'ensemble de la cavalerie romaine qui, ne comportant plus de fonction militaire, était soumise à un census (norme de biens).
Depuis Caius Gracchus (154-121 av. J.-C.), les équites formaient une classe à part venant aussitôt après les sénateurs; Gracchus leur donna les charges de membres du jury au tribunal et de percepteurs d'impôts en Asie. Ils formaient une véritable «noblesse d'argent» et gagnaient souvent d'énormes fortunes comme banquiers, marchands et publicains. Sylla leur supprima beaucoup de privilèges. Sous les empereurs, les hauts fonctionnaires étaient souvent choisis dans ce milieu. Les insignes des équites comprenaient une tunique à étroit bord rouge et un anneau d'or. (CROON, Dict.)

B. L'ager publicus

AGER PUBLICUS, terres annexées lors de la conquête de l'Italie et qui faisaient partie du domaine national romain. Elles furent, primitivement, distribuées entre les patriciens et les plébéiens, qui n'en obtinrent que très peu. Une partie fut affermée par les censeurs au profit de l'État, une autre destinée aux colonies. Malgré la loi agraire de Licinius (367 av. J.-C.), qui limitait les biens particuliers de l'Ager Publicus, les grands domaines, ou latifundia, prirent de plus en plus d'importance. Les Gracques (vers 130-120 av. J.-C.) voulurent remédier à cette situation, en reconstituant les petites propriétés, mais aucun résultat définitif ne fut atteint. La question agraire est l'un des plus intéressants problèmes de la dernière période de la République romaine. Cette question changea d'aspect lorsque les guerres civiles nécessitèrent la mobilisation de grandes armées et la confiscation des terres cultivées au profit des vétérans. Les terres des régions conquises et les villes dévastées devinrent Ager Publicus dans les provinces. (CROON, Dict.)

2. Biographies des Gracques

A. M.N. Bouillet (Dictionnaire classique de l'Antiquité)

GRACQUES (Tib. et C. Sempronius), tribuns du peuple, célèbres par leur éloquence, leur dévouement à la cause populaire, et leur fin malheureuse, étaient tous deux fils du consul Sempronius et de Cornélie, sui les avait élevés avec le plus grand soin.

Tiberius Gracchus
Tiberius, l'aîné, se fit élire tribun l'an 153 av. J.-C. Profitant de sa grande popularité, il voulut renouveler la loi agraire, qui avait déjà causé des troubles à Rome. La loi fut adoptée, et Tiberius nommé commissaire avec Appius, son beau-père, et Caius son frère, pour présider au partage des terres entre les citoyens. Les richesses qu'Attale avait léguées au peuple romain furent distribuées sans opposition. Tiberius s'applaudissait de son triomphe, et allait être réélu tribun pour l'année suivante, lorsqu'il fut assassiné au milieu de ses partisans, par P. Nasica, 133 ans av. J.-C. Sa mort réprima un instant l'ardeur des partisans de la démocratie.

Caius Gracchus
Mais dix ans après, soit par justice et par dévouement pour le peuple alors écrasé par les grands, soit par vengeance, son frère se fit nommer tribun à son tour, et défendit la cause du peuple avec encore plus d'emportement que Tiberius. Une nouvelle loi agraire fut proposée et accueillie, d'autres dispositions non moins fatales à la noblesse de Rome se succédaient journellement : deux ans entiers Caius fut l'arbitre de la république; tout annonçait la ruine totale de l'aristocratie quand le consul Opimius, employant la force ouverte pour prévenir cet événement, se rendit au forum avec des hommes armés, et voulut dissoudre l'assemblée. Un combat s'ensuivit, le peuple fut vaincu, et Gracchus forcé de fuir dans le temple de Diane, où ses amis l'empêchèrent de s'ôter la vie; mais il y fut tué par l'ordre d'Opimius, l'an 121 av. J.-C., douze ans après la fin malheureuse de son frère Tiberius.
On a accusé Caius d'avoir trempé ses mains dans le sang de Scipion l'Africain, qui fut trouvé mort dans son lit.
(PLUTARQUE, Gracchus - CICÉRON, Cat. - LUCAIN, Pharsale, VI, 796 - FLORUS, II, 17; III, 14.)

B. Jean H. Croon (Encyclopédie de l'Antiquité classique)

GRACQUES (Les), tribuns, orateurs et réformateurs sociaux de Rome, au cours de la seconde moitie du IIe s. av. J.-C. Leur activité donna l'impulsion aux luttes qui opposèrent les optimates et les populares pendant tout le Ier s. av. J.-C.

(a) - Gracchus, Tiberius Sempronius, fils de Cornélie, la fille de Scipion l'Africain; né en 160 av. J.-C., élevé dans les idéaux grecs du «cercle de Scipion» (v. Lælius), idéaux qu'il voulut réaliser sur le plan politique.
C'est en se rendant à Numance, où il servit sous Scipion Emilien, qu'il aurait été indigné par l'injustice régnant dans les latifundia; à son retour, ému par le sort des prolétaires il se fit élire tribun de la plèbe (133) et proposa une loi agraire. Cette loi n'était certes pas révolutionnaire. II voulait faire entrer en vigueur une ancienne loi préconisant que personne ne pouvait posséder plus qu'une certaine part de l'ager publicus; le surplus, divisé en petites parcelles, serait distribué aux prolétaires. Le projet devait être financé par les capitaux d'Attale III : ce qui portait atteinte aux droits du Sénat puisque ce dernier contrôlait les Finances et les Relations extérieures. Les sénateurs, grands propriétaires fonciers, possédèrent donc une arme contre lui. Ils achetèrent un collègue de Gracchus qui opposa son veto au projet de loi; mais Gracchus obtint par le Peuple la démission de ce tribun (ceci était bien révolutionnaire), et la loi fut votée par les comices tributes. Lorsque Gracchus voulut se faire réélire (ce qui était illégal) une émeute éclata et il fut tué par Scipion Nasica; 300 de ses partisans périrent. La loi resta en vigueur.

(b) - Gracchus, Caius Sempronius, frère du précédent, élu tribun de la plèbe en 123, il décida de venger Tiberius et de réaliser ses plans avec encore plus d'énergie. Plus calculateur et plus rusé, il essaya de diminuer la puissance du Sénat en enfonçant un coin entre les sénateurs et les «barons de la finance» qui allaient bientôt former la classe des equites. II confia aux derniers la perception des impôts dans la nouvelle province d'Asie, ainsi que la marche des tribunaux qui jugeaient les procès pour cause d'exaction. II se gagna les faveurs du peuple grâce à une loi instituant la vente du blé à bas prix, et put alors exécuter son propre programme. C'était un projet grandiose ayant pour but la création de colonies agricoles en Italie et surtout à l'extérieur, sur les terres de Carthage, détruite en 146; le Sénat parvint de nouveau à lui opposer un collègue, Drusus, prêt à faire échouer ses plans. Il supplanta Gracchus dont la popularité commença de baisser pendant son 2e tribunat (entre-temps la réélection était devenue possible). Une proposition de loi visant à accorder aux socii le droit de cité romain en compensation de la perte de leurs terres, fut repoussée par le peuple imprévoyant. C'est en vain que Gracchus essaya de se faire élire une troisième fois. Des émeutes éclatèrent; le Sénat employa pour la première fois, le senatus consultum ultimum (v. caveant consules), et Gracchus se fit tuer par un esclave après avoir pris la fuite (121).

L'activité des Gracques, celle plus idéaliste du premier et celle à tendance plus politique du second, eut des conséquences imprévisibles. Les Gracques avaient compris la profondeur de la décadence sociale à Rome et en Italie, mais le temps n'était pas encore venu pour mener une lutte efficace, surtout contre l'opposition égoïste des optimates. La plupart de leurs buts furent seulement atteints sous l'Empire : Rome dut traverser d'abord les guerres civiles que les Gracques avaient en fait déclenchées. Mais ils avaient prouvé que l'oligarchie des Nobiles pouvait être secouée par une agitation politique. Il existe néanmoins une différence importante entre leur politique sociale et celle des empereurs ultérieurs; ainsi Caius jeta aux loups, sans aucuns scrupule, la population des provinces, notamment celle de l'Asie, pour aider les prolétaires. De plus, il n'était pas question de «socialiser» la propriété privée puisqu'il ne s'agissait que des possessions de l'Etat. Il n'est donc pas correct de considérer les Gracques comme les prototypes des socialistes, ainsi qu'on le fera quelques siècles plus tard.

3. Chronologie des Gracques

Le déroulement des événements politiques entre 155 et 121 av. J.-C.

155 Mort de Tiberius Sempronius Gracchus, père des Gracques. Il avait été légat en 190, ambassadeur en 185, tribun de la plèbe (187 ou 184 ?), triumvir pour la déduction d'une colonie en 183, édile curule en 182, préteur en Espagne Citérieure en 180, consul en 177, censeur en 169, consul II en 163, proconsul en 162, encore ambassadeur en 162-161. II était entré dans la famille des Scipions en épousant Cornélie.
Athènes envoie à Rome une ambassade concernant le territoire d'Oropos, composée de philosophes, Diogène de Babylone, Carnéade, Critolaos. Rome mène de dures guerres en Espagne.
151 Difficultés sociales et politiques à Rome; les consuls L. Licinius Lucullus et A. Postumius Albinus sont emprisonnés par les tribuns de la plèbe, pour avoir fait une levée de troupes pour l'Espagne trop exigeante (TITE-LIVE, Per., 48).
Scipion Emilien sert comme tribun militaire en Espagne.
150 Prodromes de la Troisième Guerre punique (hostilités entre Massinissa, roi de Numidie, et Carthage; ambassade en Afrique de Scipion Emilien).
149 Troisième Guerre punique. Les deux consuls, L. Marcius Censorius et M. Manilius, mettent le siège devant Carthage qui résiste farouchement.
Le tribun L. Calpurnius Piso Frugi fait passer une loi créant des «tribunaux permanents» pour juger les crimes d'extorsion.
Scipion Emilien sert comme tribun militaire en Afrique.
Mort de Caton le Censeur.
148 Guerre en Grèce : avec un prétendant en Macédoine, Andriscos, et bientôt avec La Ligue achéenne.
Scipion, à la mort de Massinissa, règle la succession de Numidie; retourné à Rome pour se présenter à l'édilité, il est élu consul, bien que n'ayant aucune des qualifications légales, et on lui assigne, sans tirage au sort, la province d'Afrique.
Début de la guerre avec Corinthe et la Ligue achéenne.
146 Scipion, proconsul, prend et détruit Carthage, après un long siège, et en «consacre» le territoire.
L. Mummius prend et pille Corinthe, confisque son territoire.
Le Sénat envoie en Achaïe et en Afrique des commissions pour régler le sort de ces provinces et décider du statut des terres nouvellement acquises à l'ager publicus.
145 Le tribun de la plèbe C. Licinius Crassus présente une loi proposant de substituer l'élection par le peuple à la cooptation pour les collèges de prêtres (repoussée grâce au préteur C. Lælius, un ami des Scipions); il s'adresse directement au peuple dans ses harangues.
144 Le préteur urbain Q. Marcius Rex accomplit, sur un fond de 180 millions de sesterces, les derniers «grands travaux édilitaires» avant ceux de Caius Gracchus (réparation des anciens aqueducs, construction d'un nouveau).
142 Censure de Scipion Emilien et de L. Mummius. Scipion se montra particulièrement sévère dans le contrôle du rôle des Sénateurs et de l'ordre équestre.
Début de la guerre contre Numance en Espagne.
140 Consulat de C. Lælius, ami et confident de Scipion. Il fait une proposition agraire, qu'il retire à cause de l'opposition du Sénat (PLUTARQUE, Tib. Gr., VIII, 3-4).
Ambassade de Scipion en Orient (Egypte, Rhodes, Pergame).
139 A. Gabinius, tribun de la plèbe, fait passer la première loi prévoyant le vote secret pour les élections.
Guerre en Espagne.
138 Nouveau conflit à Rome à propos de la levée menée par les consuls P. Cornelius Scipion Nasica et D. Junius Brutus, qui sont, eux aussi, emprisonnés par les tribuns (TITE-LIVE, Per., 55).
Affaire de la forêt de la Sila, qui oppose le Sénat aux compagnies de Publicains.
Agitation autour du prix du blé (VAL. MAX., III, 3; TITE-LIVE, Per., 55).
137 Défaite et encerclement du consul C. Hostilius Mancinus en Espagne devant Numance. Son questeur, Tiberius Gracchus, s'entremet entre les Numantins vainqueurs et Mancinus, et obtient une capitulation honorable, suivie d'un traité. Le Sénat refuse de ratifier le traité et ordonne de livrer le consul aux ennemis.
Seconde «loi tabellaire», de L. Cassius Longinus, étendant le vote secret aux comices judiciaires (sauf pour haute trahison).
136 Guerre en Espagne.
Début d'une grande insurrection servile en Sicile.
134 Scipion Emilien élu consul pour la seconde fois, toujours par dérogation à la loi. Il commence le siège de Numance, après avoir restauré la discipline militaire. C. Sempronius Gracchus, le jeune frère de Tiberius, commence à servir comme tribun militaire.
Tiberius est élu tribun pour 133.
133
Prise de Numance par Scipion.
Mort d'Attale III, roi de Pergame, qui lègue ses biens et son royaume aux Romains, à l'exception des villes libres. Son bâtard Aristonicos prend le titre de roi (Eumène III), et fait la guerre aux Romains.
Tribunat de Tiberius Gracchus.
  1. Proposition de loi agraire, d'abord soutenue par le consul P. Mucius Scævola, et l'ancien consul Appius Claudius Pulcher.
  2. Opposition, et déposition par Tiberius, du tribun M. Octavius.
  3. Election du triumvirat agraire : Ti. Sempronius Gracchus, C. Sempronius Gracchus, Ap. Claudius Pulcher. Tiberius, après son assassinat, sera remplacé par P. Licinius Crassus, beau-père de Caius.
Devant l'opposition du Sénat, Tiberius préparait peut-être d'autres mesures concernant le recrutement de l'armée et la judicature, et peut-être une proposition de loi pour être autorisé à exercer un second tribunat. Il est tué au cours d'une émeute suscitée par les Sénateurs, sous la conduite de Scipion Nasica.
132 Les consuls P. Popillius Lænas et P. Rupilius (ce dernier un client des Scipions) dirigent des poursuites officielles contre les partisans de Tiberius, par exemple Blossius, aidés par Lælius.
Rupilius met fin à la révolte servile en Sicile et donne à cette province une «charte», inspirée en grande partie de celle de Hiéron de Syracuse.
Triomphe de Scipion Emilien.
Scipion Nasica est envoyé en mission en Asie pour organiser la province.
131 Guerre contre Aristonicos en Asie.
Les deux censeurs, Q. Cæcilius Metellus Macedonicus et Q. Pompeius, entrent en conflit avec un tribun de la plèbe, et cherchent à encourager la natalité.
130 Fin de la guerre d'Aristonicos.
Mort de P. Licinius Crassus et d'App. Claudius, remplacés au triumvirat agraire par M. Fulvius Flaccus, et C. Papirius Carbo, tribun de la plèbe.
Reprise des assignations ?
Scipion Emilien prend la tête d'une sorte de «parti italien» opposé à la loi agraire. II se heurte à Papirius Carbo, qui lui reproche sa complicité dans le meurtre de Tiberius.
Carbo propose une loi permettant la réélection des tribuns, et fait passer une loi tabellaire.
129 Scipion [Scipion Emilien (1)] - qui pense peut-être à revêtir une «dictature constituante» - fait enlever, par une loi, aux triumvirs agraires leurs pouvoirs judiciaires, et la fait transférer aux consuls qui refusent d'en user sous prétexte de partir en campagne. Scipion meurt brusquement, la veille des Feries Latines, à la veille du jour où il devait proposer l'abrogation de la loi agraire. On parle d'assassinat.
126 Questure de C. Gracchus en Sardaigne.
Proposition de loi de M. Iunius Pennus pour chasser de Rome les non-citoyens, à laquelle s'oppose Caius.
125 Consulat de M. Fulvius Flaccus, qui propose de donner le droit de cité aux Italiens; recevant la Gaule comme province, il manifeste une grande activité, trace des routes, fonde des colonies.
Révolte de la ville latine de Frégelles, prise et détruite par le préteur L. Opimius.
124 Caius Gracchus, proquesteur en Sardaigne, revient à Rome pour se présenter aux élections tribuniciennes; il doit s'expliquer devant les censeurs. Il est élu avec difficulté, malgré le nombre de ses partisans venus à Rome de toute l'Italie.
123 Premier tribunat de Caius Gracchus. Le problème de la chronologie exacte de ses lois, et de leur répartition sur les deux tribunats, est très délicat et controversé. De même, on ne sait quand placer exactement le tribunat de C. Rubrius, qui proposa la loi sur la fondation de la colonie de Carthage.
122 Consulat de C. Fannius, élu avec l'aide de C. Gracchus (PLUT., C. Grac., VIII, 2-3).
2e Tribunat de Caius. Datent certainement de cette année la ou les lois proposées par lui sur l'octroi du droit de cité aux Latins, du droit latin aux Alliés, repoussées en partie à cause de Fannius. En revanche, la loi judiciaire, si elle est bien celle du texte épigraphique, doit dater de 123.
Caius passe deux mois en Afrique pour mener à bien les opérations de cadastration de la colonie de Carthage. A son retour à Rome, sa popularité est battue en brèche par la politique de M. Livius Drusus. II échoue dans sa candidature à 3e tribunat.
Tribunat de M. Livius Drusus (le père du tribun de 91 av. J.-C.) qui inaugure une politique curieuse (mais judicieuse) de «surenchères» démagogique (APPIEN, B.C., I, 23; PLUT., C. Grac., IX, 2), par exemple supprimant le «vectigal» sur les lots distribués, que Caius avait maintenu...
121 Caius n'est plus que triumvir agraire.
Election du consul L. Opimius, opposant convaincu de Caius, le destructeur de Frégelles.
Le Sénat tente de faire abroger la loi Rubria, sur la colonie de Carthage, invoquant des prétextes religieux. Fulvius et Caius veulent résister, et rassembler leurs partisans.
Le Sénat vote le «Senatus-Consultum ultimum», la loi martiale qui donne aux consuls le droit de condamner sans appel des citoyens. Caius et Fulvius sont tués, avec 3.000 de leurs partisans. (Claude NICOLET)

4. Appréciation de l'action des frères Gracchus

Certains historiens la conçoivent d'une façon qu'on pourrait qualifier de limitative ou machiavélienne [l'action de frères Gracchus]. Tiberius et Caius Gracchus ne seraient que les porte-paroles d'un «parti», ou plus exactement d'un «clan», d'une factio, regroupant certaines des grandes familles qui se partageaient, non sans rivalités, l'influence, les honneurs et le pouvoir depuis plus d'un demi-siècle (2). Or, depuis le début du IIe s. (plus exactement depuis 164 av. J.-C.), ces factiones se trouvent gênées, dans le jeu de leurs rivalités politiques, dans leurs projets de guerres coloniales, par la baisse lente mais régulière de la population civique romaine, et surtout par ses conséquences sur le recrutement militaire. Que cette baisse ne soit que la manifestation la plus visible d'une vaste crise agraire, elle-même d'origine économique et sociale, ces historiens ne le nient pas. Mais, d'après eux, les préoccupations essentielles des Gracques et de leurs amis ne dépassaient pas l'aspect purement civique et politique de cette crise; et les remèdes qu'ils s'efforcèrent d'y apporter - essentiellement la loi agraire - étaient spécifiquement limités à ce niveau le plus superficiel du problème. Ils auraient ressenti d'abord la diminution de plus en plus contraignante des classes censitaires de moyens propriétaires, parmi lesquelles seules pouvaient se recruter les armées citoyennes, l'étiolement des clientèles rurales sur lesquelles étaient assises leur influence électorale et la prospérité de leurs maisons. Ils n'auraient pas discerné les profonds mouvements économiques qui avaient occasionné cette disparition, ni ses conséquences sociales; enfin, leurs réformes, loin de chercher à porter un remède à un malaise d'origine sociale, n'auraient eu pour but que de résoudre, au profit d'une faction, la crise des clientèles militaires et civiles. Tiberius Gracchus et ses successeurs n'auraient eu aucune idée de réformes sociales et économiques profondes : ils chercheraient empiriquement une réponse à un défi politique; seules leurs méthodes, s'écartant délibérément des prudentes traditions de l'oligarchie romaine, ne répugnant ni à la démagogie, ni à l'emploi de la violence, trancheraient, par leur brutalité, sur celles de leurs pairs. Au profit de leur factio, ils introduisaient à Rome les mœurs politiques des tyrans hellénistiques et, en tâchant de favoriser des clientèles, ne chercheraient à assurer que leur pouvoir personnel.

En bonne méthode, pour apprécier justement la portée des mesures proposées par Tiberius, comme les intentions réelles qui l'animaient, il faut d'abord essayer de voir comment les contemporains ressentaient la crise qu'elles se proposaient de combattre. Il faut voir aussi si les arguments moralisants que nous transmettent les sources postérieures sont à leur place, ou non, dans le contexte idéologique du IIe s. avant J.-C. C'est sur ces deux points seulement - parmi d'autres -, que voudraient insister les chapitres suivants. Notre propos n'est pas de donner sur les Gracques un livre complet, qui réclamerait d'autres recherches, mais d'explorer seulement deux aspects privilégiés de leur histoire. (Claude NICOLET)


NOTES :

(1) Le destructeur de Carthage, en 146, également surnommé «Le Second Africain». Il s'agit de P. Cornelius Scipio Æmilianus Africanus Numantinus, fils de Paul Emile - consul en 182 et 168, le vainqueur de Pydna -, adopté par le second fils de Scipion l'Africain, P. Cornelius Scipio Africanus. - Retour texte

(2) D.C. EARL, Tiberius Gracchus, an essay in politics, coll. Latomus, Bruxelles, 1963. - Retour texte

 
 

COURRIER DE JUILLET 2008

 
[23 mars 2008]
LE SUPPLICE DE SAINTE BLANDINE ET L'«EVANGILE SELON JUDAS»
Margaux a écrit :

Récemment (au début de cette année), j'ai vu à la télévision un docufiction où l'on voyait reconstitué le supplice de sainte Blandine, contrainte à s'asseoir sur une chaise de fer chauffée à blanc. Le connaissez-vous ?

ste blandine

En 177, sous Marc Aurèle, à Lugdunum (Lyon) dans l'Amphithéâtre des Trois Gaules, Sainte Blandine fut battue, assise sur une chaise rougie au feu, livrée aux lions - qui n'avaient pas faim, le rôti étant trop cuit ! -, puis enfermée dans un filet et livrée aux cornes d'un taureau. Comme après tout cela, elle vivait encore, elle fut finalement égorgée (EUSÈBE DE CÉSARÉE, Hist. ecclésiastique). SMistes qui nous lisez, la bave au coin de la lippe, c'est sainte Blandine que vous devez révérer : seule sa haute bienveillance vous permettra de supporter les plus atroces, quoique délicieux, tourments... - encore que personnellement, nous réservions nos suffrages à sainte Agathe de Catane et à ses deux «gâteaux des Vierges» apportés sur un plateau d'argent, dont parle Tomasi di Lampedusa à la fin du Guépard et que Francisco de Zurbarán a fixés pour l'éternité (dessin de Pierre Castex pour L'Histoire de France en bandes dessinées, Larousse, 1976)

 
 
RÉPONSE :

Il doit s'agir de L'évangile selon Judas (2005), passé effectivement sur RTL-TVI dimanche 23 mars 2008, puis sur TV-NET dimanche 29 juin 2008. Précédemment, on avait déjà pu le voir sur FR5 dimanche 16 avril 2006.

Vers 180 de n.E. un des Pères de l'Eglise, saint Irénée (130-202) évêque de Lyon, soucieux de mettre un peu d'ordre dans les outils de la foi chrétienne - une centaine de ses coreligionnaires venaient d'être suppliciés dans la capitale de la Gaule, dont Blandine assise sur une chaise de fer rougie au feu - avait sélectionné les quatre évangiles (Marc, Matthieu, Jean et Luc) qui lui semblaient les plus probants, pour en rejeter plus d'une trentaine d'autres qu'il décréta être hérétiques tels les évangiles de Marie-Madeleine, Philippe, Thomas ou Judas etc. Ce dernier texte était gnostique, c'est-à-dire émanant d'une secte chrétienne très influencée par le paganisme. Car Judas, considéré comme le traître absolu - 18 passages dans les Evangiles fondent sa mauvaise réputation - y était présenté comme le disciple favori du Christ, à la demande duquel il l'aurait livré aux Romains afin d'accomplir son destin de martyr. Cette réhabilitation n'était pas du goût d'Irénée. Etait-elle si étonnante, cependant ? En fait les Evangiles n'ont vraisemblablement pas été écrits par les disciples du Christ dont on leur a attribué le nom, mais beaucoup plus tard. Le plus ancien, celui dit «de Marc», daterait de 60-65 et... ne confère pas à Judas ce rôle de méchant qui lui sera attribué plus tard. Marc parle seulement de celui qui «plongea sa main dans le plat» en même temps que Jésus (1). Matthieu, le premier, désignera nommément Judas. C'est Jean qui formulera les accusation les plus nettes : «celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper.» Gardien de la bourse commune des disciples, il est présenté comme malhonnête et cupide, foncièrement mauvais. A noter également que dans les Actes, Judas ne se pend pas, mais ayant fait une chute il se rompt par le milieu du corps. Selon l'Evangile de Judas, c'est le Christ lui-même qui demande à Judas de le trahir, afin qu'il puisse accomplir son destin : «Tu les surpasseras tous [les autres disciples]. Car tu sacrifieras l'homme qui me revêt.» Et de promettre encore : «Tu seras maudit.» En fait, il ne faut pas attendre de l'Evangile de Judas des indications historiques sur la Passion de Jésus, mais plutôt des éclaircissements sur la secte gnostique qui l'a composée, une secte marginalisée par rapport au bouillonnement des tendances contradictoires d'un christianisme non encore abouti : le Christ est-il divin ou humain, doit-il se conforter au judaïsme ou s'en démarquer, doit-il perpétuer l'espèce ?

L'évangile de Judas fut découvert en 1978 par un berger sur un site copte du IIIe-Xe s. de n.E., comme l'attestent des tessons de poterie, non loin de Nag Hammadi (célèbre pour sa bibliothèque paléochrétienne riche de 52 manuscrits, découverte en 1945). L'antiquaire égyptien Hanna qui en fit l'acquisition se fit cambrioler, mais finit par récupérer son bien. Après une infructueuse tentative de le vendre à trois chercheurs américains - Stephan Emmel et deux collègues -, à Genève en mai 1983, le document de 13 feuillets écrits recto-verso atterrit dans un coffre de la Citibank à Hicksville (Long Island) où on l'oublia. Jusqu'à ce qu'en avril 2000, une antiquaire helvétique d'origine gréco-égyptienne, Frieda Nussberger-Tchacos en fasse l'acquisition pour environ 300.000 dollars. Ce sont des chercheurs de l'Université de Yale qui identifieront le codex, maintenant en très mauvais état du fait de ses tribulations, comme étant ce fameux textes auquel saint Irénée fait allusion dans son Contre les hérésies. Nussberger-Tchacos remettra le manuscrit à la Fondation Mæcenas pour l'art ancien, de Bâle, laquelle en confiera la restauration à Rodolphe Kasser assisté de Florence Darbre. Ceux-ci mettront cinq ans pour le reconstituer à 80 pour cent.
C'est la National Geographic Society qui en cofinança la restauration avec la Wait Institute for Historical Discovery, en échange de l'exclusivité de la couverture médiatique.

L'Evangile selon Judas [tv] [docufiction]
The Gospel of Judas - The Lost Version of Christ's Betrayal

Prod. : National Geographic Society (USA) / Coul. / 87'

Réal. & prod. : James BARRAT;
Scén. : John BREDAR, James BARRAT;
Prod. exéc. : John BREDAR;
Narration VO : Peter COYOTE.

Intervenants : Frieda NUSSBERGER-TCHACOS, antiquaire zürichoise - Florence DARBRE, restauratrice de papyrus - Rodolphe KASSER, spécialiste du copte, traducteur du papyrus (Université de Genève) - Bart EHRMAN, Univ. de Caroline du Nord - William KLASSEN, Univ. de Waterloo (Canada) - Marvin MEYER, spécialiste du copte, Univ. de Chapman (Californie) - Craig EVANS, Acadia Divinity College (Canada) - Stephen EMMEL, Univ. Münster (Allemagne) - Timothy JULL, spécialiste datation au carbone 14, Univ. d'Arizona - Elaine PAGELS, professeur de religion, Univ. de Princeton - Robert H. SCHOLLER, fondateur et pasteur de la Crystal Cathedral.

Distribution
EU/ TV : National Geographic Channel 9 avril 2006 (première diffusion)

Notes
Tournage en Egypte (documentaire) et en Tunisie (scènes de fiction).

Scénario
Voici les résumés publiés sur la Toile.
RTL-TVI
(dimanche 23 mars 2008 - Les grands documents de Grand Angle) : Le personnage de Judas semble l'archétype du traître. Est-il vraiment celui qui a livré le Christ aux Romains ? D'aucuns le considèrent comme le seul apôtre à l'avoir compris. En effet, un ancien manuscrit a été récemment traduit. Découvert en Egypte dans les années '70, ce document pourrait apporter un nouvel éclairage sur la relation singulière qu'entretenaient Jésus et Judas. Contrairement aux quatre évangiles reconnus par l'Eglise catholique, ce texte affirme que Judas a dénoncé le Christ à sa demande. Et il apparaît que ce manuscrit avait été évoqué par l'évêque de Lyon, en 180. Or, ces quelques lignes avaient été immédiatement qualifiées d'hérétiques par l'Eglise.
(Présenté par David Oxley [2].)

Idem : Judas est-il celui qui a trahi le Christ ? D'aucuns le considèrent comme le seul à avoir compris ce que voulait Jésus. En effet, un manuscrit a été découvert en Egypte dans les années 70. Ce document apporte un nouvel éclairage sur la relation qu'entretenaient Jésus et Judas. Contrairement aux Evangiles reconnus par l'Eglise, ce texte affirme que Judas a dénoncé le Christ à sa demande.
Le personnage de Judas semble l'archétype du traître. Est-il vraiment celui qui a livré le Christ aux Romains ? D'aucuns le considèrent comme le seul apôtre à l'avoir compris. En effet, un ancien manuscrit a été récemment traduit. Découvert en Egypte dans les années '70, ce document pourrait apporter un nouvel éclairage sur la relation singulière qu'entretenaient Jésus et Judas. Contrairement aux quatre évangiles reconnus par l'Eglise catholique, ce texte affirme que Judas a dénoncé le Christ à sa demande. Et il apparaît que ce manuscrit avait été évoqué par l'évêque de Lyon, en 180. Or, ces quelques lignes avaient été immédiatement qualifiées d'hérétiques par l'Eglise.

evangile de judas evangile de judas

L'évangile de Judas : fragment du papyrus en couverture du National Geographic, mai 2006
et le baiser de Judas à Jésus en vitrail, en couverture de Religions & Histoire, nÁ 11, novembre-décembre 2006

FRANCE 5 (dimanche 16 avril 2006) : Le documentaire sur L'évangile selon Judas, qui raconte l'histoire de ce manuscrit de sa découverte à son authentification, sera diffusé en France par la chaîne par câble et satellite National Geographic, puis par France 5, a-t-on appris auprès des chaînes. Le National Geographic avait annoncé l'authentification de ce manuscrit en papyrus datant du IIIe ou IVe s. et contenant la seule copie connue de l'Evangile selon Judas, du nom de l'apôtre qui a trahi Jésus. Le documentaire, produit par National Geographic Television et préacheté par France 5, sera diffusé dimanche 9 avril à 20h45 en première mondiale sur la chaîne par câble et satellite, National Geographic Channel. Il sera ensuite rediffusé samedi 15 et jeudi 27 avril à 20h45. France 5 sera la première chaîne hertzienne à diffuser ce document exceptionnel dimanche 16 avril à 15h30 et samedi 6 mai à 23h00. Selon le professeur Rudolf Kasser, à qui a été confié le travail de restauration, d'analyse et de traduction du document, le film reconstitue «le puzzle le plus complexe jamais créé par l'histoire», a précisé France 5. Il retrace la découverte, la restauration et la traduction de ce manuscrit de 25 pages en papyrus, écrit en copte dialectal et datant du IIIe ou IVe s., jusqu'à son authentification.

TV-NET (dimanche 29 juin 2008) : Un manuscrit en papyrus de 25 pages a été découvert, par hasard, dans une grotte, en Egypte, à la fin des années '70. Enfoui dans les sables depuis plus de 1.700 ans, le parchemin, écrit en copte dialectal, la langue des chrétiens d'Egypte, a été authentifié comme datant du IIIe ou IVe siècle. Le document met aujourd'hui toute la communauté chrétienne en émoi. En effet, il pourrait s'agir d'un évangile attribué à Judas, l'apôtre qui a livré Jésus aux Romains. Depuis le Concile de Nicée, qui s'est déroulé en 325, l'Eglise reconnaît quatre Evangiles, attribués à Jean, Luc, Matthieu et Marc. Il existe cependant une trentaine d'autres textes, dit apocryphes, tel que l'évangile de Marie-Madeleine, de Bartholomée ou encore de Nicodème. Ils auraient été écartés pour répondre aux besoins politiques de l'empereur romain Constantin, le premier empereur chrétien.

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testament de judas - daniel easterman judas

Le mystère entourant le personnage de Judas a encore de beaux jours devant lui. Dans un thriller religieux écrit dans le sillage de l'annonce de la découverte du fameux évangile gnostique, Le testament de Judas (1994), Daniel Easterman imagine la découverte d'un manuscrit de la main authentique de Jésus, qui s'y révèle avoir été un hassidéen nationaliste juif fanatique. Cassant l'image que s'en était formé le christianisme, sa publication causerait un grave préjudice au Vatican. Services secrets britanniques, soviétiques et... du Vatican vont se livrer à d'étranges tractations pour contrer une organisation ultra-catholique croate, Lux Orientalis, liée aux néo-nazis...

Dans le registre cinématographique, le personnage oscille entre le Judas de Cecil B. DeMille (Le Roi des Rois, 1927), joué par Joseph Schildkraut, qui apparaît comme un jeune publicain athlétique, habillé à la grecque et amant de la courtisane Marie de Magdala, et son exact opposé du téléfilm de Charles Robert Carner, Judas (EU, 2001), avec Johnathon Schaech (Judas Iscariote) et Jonathan Scarfe (Jésus). Dans ce second film, Judas est un nationaliste zélote, pieux et intransigeant, qui un temps suit Jésus avec qui il a de nombreux points communs, mais finalement - déçu par son pacifisme - le trahit, non pour s'enrichir, mais pour payer les funérailles de sa mère ! (DVD Judas, Paramount Home Entertainment, réf. 55762, VOSTNL.) A noter que dans le Ponce Pilate italien de 1961, rapprochement intéressant, Judas et Jésus étaient interprétés par le même acteur : John Drew Barrymore.


NOTES :

(1) Chez Marc, le nom de Judas n'apparaît pas lors de la Cène où Jésus désigne celui qui le livrera. Pourtant Marc n'ignore pas le rôle de Judas (Marc, 3 : 19; 14 : 10-11 et 43). Mais Matthieu est plus direct : «Le Fils de l'homme s'en va, selon ce qui est écrit de lui. Mais malheur à l'homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Mieux vaudrait pour cet homme qu'il ne fût pas né. Judas, qui le livrait, prit la parole et dit : Est-ce moi, Rabbi ? Jésus lui répondit : Tu l'as dit» (Matthieu, 26 : 24-25; cf. Jean, 13.2, 26-32).
Judas est désigné comme «traître» (Luc, 6 : 16), «possédé par Satan» (Luc, 22 : 3; Jean, 6 : 70-71 et 13 : 27), mais le baiser de Judas est seulement dans Luc (Luc, 22 : 47-48). Selon Jean, Judas, qui tenait les cordons de la bourse commune, était un voleur (Jean, 12 : 4-6; 13 : 29). Mais Matthieu et Luc vont plus loin : cet homme vénal livra Jésus «pour de l'argent» (Luc, 22 : 4-5), «pour trente pièces» précise le seul Matthieu (Matthieu, 27 : 3-6) (N.d.M.E.). - Retour texte

(2) Producteur exécutif chez RTL-TVI, si nous en croyons IMDb. - Retour texte