site peplums
 
logo peplums

Percy Jackson : Le Voleur de Foudre
(Percy Jackson & the Olympians : The Lightning Thief)
(Chris Columbus, EU - 2009)

Page 1/2

 

TABLE DES MATIÈRES

Sur cette page :

I. Le Choc des Titans (2010)

II. Percy Jackson : Le Voleur de Foudre (2010)

A. Percy Jackpot et les mythèmes
1. Le fils de Zeus
2. Athéna et Méduse
3. L'Hydre

B. Aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années
1. De Perseus à Percy
2. Conflit des générations

C. Mythes cosmogoniques et eschatologiques
1. Hadès et les Enfers
2. Les guerres des Dieux

a. La Titanomachie
b. La Gigantomachie

3. La révolte d'Héra, Poséidon et Athéna
4. Le subtil Hermès

D. Pour conclure

Page suivante :

E. Fiche technique

Bibliographie

 
 

L'année 2010 a été une année mythologique. Coup sur coup ont déferlé sur nos écrans deux versions du conte de Persée et la Gorgone : Percy Jackson : Le Voleur de Foudre (10 février 2010) et Clash of the Titans (7 avril 2010), un remake du film de Ray Harryhausen et Desmond Davis (1981).
En outre il se prépare encore un «Thésée et le Minotaure», La Guerre des Dieux
(1) dirigé par Tarsem Singh, produit par Relativity Media, avec Henry Cavill (Les Tudors) dans le rôle de Thésée. Le script de La Guerre des Dieux a été acheté à Charley & Vlas Parlapanides par Relativity. Hollywood Gang de Gianni Nunnari et Canton Productions de Mark Canton se sont réunis pour le produire avec Ryan Kavanaugh.

I.Le Choc des Titans (2010)

Ecrit par Lawrence Kasdan, la nouvelle mouture du Choc des Titans est une coproduction de Legendary Pictures, de Basil Iwanyk (Thunder Road) et de Kevin De La Noy, sous l'égide de Warner Bros. Le Français Louis Leterrier (L'incroyable Hulk), en a assuré la mise en scène, avec dans le rôle de Persée Sam Worthington (Terminator 4 Renaissance, Avatar) et Gemma Arterton (Quantum of Solace) dans celui d'Io, la maîtresse de Zeus. Dans le rôle de Cassiopée, nous retrouvons Polly Walker (Atia, dans Rome (HBO)) et, dans celui de Draco, Mads Mikkelsen («Le Chiffre», dans Casino Royale).
Deux acteurs britanniques, Liam Neeson et Ralph Fiennes incarnent respectivement Zeus et Hadès. Zeus, le Dieu des Dieux, le Roi de l'Olympe, est doté d'une grande sagesse mais aussi d'un très mauvais caractère. Face à lui se tient son frère Hadès, le Dieu des Enfers qui a décidé de le détrôner (Ralph Fiennes aime les rôles de méchants).
Liam Neeson, qui venait de terminer le film Chloe, s'était engagé à incarner Zeus quelques semaines avant le décès de son épouse, Natasha Richardson. Depuis, il a enchaîné avec un autre remake, Le Cercle rouge de Johnny To, pour ensuite retrouver Steven Spielberg - sous la férule de qui on l'avait déjà vu dans La Liste de Schindler - pour jouer dans le biopic Lincoln.
Quant à Ralph Fiennes, on se souviendra surtout de son interprétation de «celui dont on doit taire le nom», Lord Voldemore, dans Harry Potter (Le Prince de sang mêlé).

Comme dans la version 1981, Persée s'éprend de la princesse Andromède (Alexa Davalos, 2010). Mais, dans la première version du Choc des Titans, leur amour était contrarié par une malédiction que faisait peser sur elle son ancien prétendant, Calibos (2), rendu laid et difforme par Zeus... Tous ceux qui prétendaient épouser Andromède devaient d'abord, sous peine de mort, être capables de répondre à une énigme élaborée par Calibos : jusqu'ici, personne n'a su relever ce défi morbide (3)...
Dans la version 2010, Calibos n'est plus le prétendant d'Andromède mais... le père de Danaé (donc le grand-père de Persée). Zeus a puni sa cruauté vis-à-vis de sa fille en le foudroyant. Aussi Hadès le ressuscite-t-il pour s'en faire un allié contre Persée. Calibos exhibe un magnifique crâne fendu par la foudre, la plaie encore à vif ! On mesure ici la distance prise par la version 2010 d'avec la version 1981 relativement fidèle au mythe grec.

gorgone, sept visages du dr lao, george pal

La Gorgone des Sept visages du Docteur Lao de George Pal

Stricto sensu, l'épisode de Persée et Méduse a diversement inspiré le cinéma. Après une première apparition au temps du muet, Das Haupt der Medusa (Franz Höbling, AU - 1919), il faudra attendre un peu plus de quarante ans pour voir tourner Persée l'Invincible (A. De Martino, 1962) (CLICK, CLICK & CLICK), puis ce sera Le Choc des Titans (Desmond Davis, EU - 1981), un sketch du dessin animé inspiré du poème d'Ovide Les Métamorphoses/Winds of Change (Takashi, JP - 1979) et, pour la TV, Perseus and the Gorgon, deuxième épisode de «Jim Henson's The Storyteller : Greek Myths» (David Garfarth, GB - 1991), suivi de Andromeda : The Warrior Princess et Perseus : The Search for Medusa, deux épisodes de la série «Mythic Warriors : Guardians of the Legend» (John Craig, CND - 1998). En 1985, le sujet avait - avec d'autres - inspiré un film d'animation à Jean-Manuel Costa, Du pays des légendes, qui ne semble pas avoir abouti (succédant à Armando Valcauda, J.-M. Costa avait réglé les effets spéciaux de plusieurs films de Luigi Cozzi, dont deux Hercules avec Lou Ferrigno). Pourtant grandes consommatrices de monstres mythologiques en tous genre, les séries Hercules, the Legendary Journeys et Xena Warrior Princess boudèrent la Méduse (notons toutefois une créature qui en est très proche dans La femme-serpent/The Wrong Path, épisode de la première saison d'Hercules [Doug «La dernière légion» Lefler, 1995]).

Davantage que son vainqueur Persée, Méduse a également suscité l'intérêt des cinéastes et romanciers, qu'il s'agisse de films fantastiques comme Gorgone, déesse de la Terreur (Terence Fisher, GB - 1964) où la Gorgone est bizarrement rebaptisée «Mégère»; de Malpertuis, roman de Jean Ray (1943) & film d'Harry Kümel (BE-FR-AL - 1972) avec Susan Hampshire dans le rôle d'Euryale, la dernière Gorgone; des Sept visages du Dr. Lao, roman de Charles G. Finney (The Circus of Dr. Lao, 1935) & film de George Pal (1964); ou d'un péplum sans Persée comme les Titans (Duccio Tessari, IT - 1962).
Un thriller de Jack Gold, La grande menace (The Medusa Touch, GB - 1978), avec Richard Burton et... Lino Ventura, «métaphorise» le mortel regard de la Gorgone : les pensées criminelles d'un romancier se concrétisent tragiquement, etc.
Avec ou sans chevelure serpentine, le personnage a connu de nombreuses variantes depuis l'enchanteresse Circé d'Homère qui, en leur faisant boire un philtre, changeait les compagnons d'Ulysse non pas en statues mais en animaux, jusqu'à ses démarques cinématographiques. C'est ainsi que la sorcière Gaïa, dans Le Géant de Thessalie (R. Freda, 1960), métamorphosait en moutons les Argonautes en leur offrant une coupe fatale, le même mode opératoire permettant à Kadija de statufier ses imprudents visiteurs dans Le Voleur de Bagdad (Arthur Lubin, 1960).
Après avoir réveillé les instincts bestiaux/sexuels de ses amants, l'Antinéa de Pierre Benoit a beau les changer en statues d'orichalque par un procédé galvanoplastique : comment méconnaître qu'elle est elle aussi une lointaine cousine de Méduse (4) ? Tout un rayon de la littérature populaire a su tirer parti de la fascination sexuelle pour une créature reptilienne, comme Shambleau la nouvelle SF de Catherine L. Moore... ou une l'explication pseudo-rationaliste du détective Harry Dickson, dans «La Résurrection de la Gorgone» (Harry Dickson, ní 163, 1939) (5).

percy jackson, voleur de foudre
 

II.Percy Jackson : Le Voleur de Foudre (2010)

Ce n'était donc pas la première fois que Zeus, Apollon, les Furies et la Gorgone descendaient sur terre deux mille ans après la naissance du Christ et la fin du paganisme (6), pour se mêler aux humains. En 1943, Jean Ray en avait fait le sujet de son roman Malpertuis, magistralement porté à l'écran par Harry Kümel (1972) : un alchimiste, l'Oncle Cassave, a emprisonné les dieux de l'Olympe dans des baudruches humanoïdes qu'il retient captives dans sa maison «Malpertuis», à Gand. Avec Percy Jackson nous quittons le pavé humide d'une Flandre embrumée et pleine de sortilèges pour le pays du néon et du ketchup. Désormais l'Olympe siège au 600e étage de l'Empire State Building à New York et les ailes d'Hermès ne s'attachent plus à des spartiates mais à des «Converse». Quant au héros Percy/Persée, il guette le reflet de Méduse non plus dans l'orbe polie comme un miroir de son bouclier, mais sur le boîtier plastique de son portable. Que s'était-il passé, par Jupiter et par exemple ?

percy jackson

Voici quelques années, Harry Potter avait mis la sorcellerie à la portée des kiddies. Surfant sur les mêmes rouleaux de l'Océan des Ténèbres, Percy Jackson compte initier nos chères petites têtes blondes, lisses ou bouclées aux arcanes de la mythologie grecque. Ce n'est pas vraiment un hasard si le réalisateur de Percy Jackson : Le Voleur de Foudre, Chris Columbus, avait précisément et précédemment mis en scène les deux premiers opus d'Harry Potter (et produit les trois) !

Par moment, la recette de ce cocktail paradoxal fait peur. Peur, pour le puriste nourri des textes classiques, s'entend. Car le film a beau être envahi de monstres mythologiques comme le Minotaure ou l'Hydre de Lerne, on est tout de même très éloigné de la cruauté sans façons des mythes primitifs, car on compte bien entendu sur l'audience du plus grand nombre, c'est-à-dire le public des ados qu'il ne faut pas choquer (7), pour «bancabiliser» ces incontournables stars que furent autrefois Jupin et consorts.
N'empêche que l'on éprouve un frisson au creux des reins lorsqu'on voit les Dieux de l'Olympe - Zeus, Poséidon, Hermès et les autres - tous revêtus de cuirasses, ce qui n'est rien moins que bafouer les symboles traditionnels avec lesquels il est de règle de les représenter (8). L'un d'eux est même un Ethiopien qui, certainement, aurait étonné l'aveugle Homère... s'il avait vu le voir. Sans oublier Grove, le Satyre de service, et même Perséphone, la reine du sombre séjour - lequel semble avoir déteint sur elle. Mais bon, il est politiquement correct de sacrifier au cosmopolitisme; quoi de plus multi-ethnique que les U.S.A. ? En vérité, on se croirait dans un comics de superhéros de la Marvel; et plus d'un spectateur non averti a dû s'y tromper.

zeus, poseidon

Dans Percy Jackson, Zeus, Poséidon et les autres ne tombent jamais l'armure. Bizarre...

A.Percy Jackpot et les mythèmes

Des personnages mythologiques redistribués un peu au hasard, comme les pommes et les bananes d'une de ces machines à sous que les Britanniques nomment, je crois, le One Armed Bandit («Bandit à un bras»), mieux connues chez nous sous le nom de Jackpot ? C'est une première impression, heureusement fausse (?), qui s'impose au spectateur voyant défiler des personnages mythiques, mais pas leurs mythèmes...

1.Le fils de Zeus
Ainsi, par exemple, Percy/Persée n'est plus le fils de Zeus (et de Danaé), mais celui de Poséidon et d'une mortelle nommée Sally Jackson. Hérésie ? Sûrement. Mais il fallait bien qu'il en fût ainsi, pour organiser un scénario où, étant l'arbitre suprême, Zeus ne pouvait - en droit bien compris - être à la fois «juge et partie».
Et que penser de Sally Jackson/Danaé qui, prise par le Minotaure, se voit pulvérisée en poussière d'or ?... Dans le mythe, c'était Zeus lui-même qui, descendu sur terre sous forme de pluie d'or, séduisait la princesse Danaé retenue captive dans sa prison d'Argos ! Alors-là, oui, indubitablement les mythèmes sont quelque peu bousculés. Mais du Juif Süss de Veit Harlan à Troie de Wolfgang Petersen, en passant par les Centurions de Mark Robson, ce n'est pas une nouveauté si - comme souvent - le cinéma inverse les valeurs pour se conformer aux goûts du moment au déni de l'œuvre originale...

percy jackson, annabeth, fille d'athena

Annabeth : la fille d'Athéna, ou son hypostase ? La mythologie est assez claire sur ce point : Athéna n'a jamais conçu. Sur les six déesses olympiennes, Athéna forme avec la chasseresse Artémis et Hestia, le feu du foyer, un trio de Déesses Vierges, contrastant avec les trois autres déesses olympiennes : Héra, l'épouse de Zeus et Reine des Dieux; Déméter, la déesse de la fécondité et des moissons, mère de Perséphone; et Aphrodite, la déesse de l'amour.
La seule fois où Athéna faillit concevoir fut lorsque son propre frère Héphaïstos, le divin boiteux, voulut la violenter. Il ne parvint pas à ses fins et sa semence coula sur le mollet de la déesse. Athéna l'essuya avec un flocon de laine, qu'elle jeta ensuite sur le sol (Gé). C'est comme cela que de Gé, ainsi indirectement fécondée par Héphaïstos, naquit Erechthée (ou Erichthonios). Toutefois Gé confia aux soins d'Athéna le nourrisson Erechthée. C'est au prix de cette laborieuse explication qu'Athéna Parthéna, tout en demeurant «la Vierge», fut la mère nourricière du premier roi de l'Attique
(9)

2.Athéna et Méduse
Dans le même ordre d'idée, rappelons que ce ne fut point Athéna qui changea Méduse en monstre reptilien - comme dit dans le film - mais bien Poséidon. L'incorrigible surfeur Poséidon (Aaaaah ! Kevin «Vorenus» McKidd !), non content d'engrosser la pauvre Sally Jackson, avait également été in illo tempore très épris de Méduse; la vierge timide s'étant refusée à ses propositions malhonnêtes, il la métamorphosa en cette créature hideuse que nous connaissons, objet de notre répulsion pétrifiée... euh, horrifiée, que le film de Chris Columbus nous a superbement bien restituée, miracle de l'infographie.
En fait, la vaillante Athéna, qui ne faisait pas toujours la guerre et l'amour encore moins, se livrait aussi - parfois - à des travaux plus en rapport avec sa condition féminine : le tissage, par exemple. Or en ces temps-là, il advint qu'une mortelle nommée Arachné se vanta d'être, en cet art, plus habile que la déesse. Et advint ce qui devait advenir : Athéna changea Arachné en cette créature tout aussi hideuse que Méduse, cette chose à huit pattes qui porte toujours son nom, l'araignée qui si bien sait tisser des toiles... arachnéennes !

En revanche, pour expliquer l'antipathie que la fille d'Athéna, Annabeth, nourrit pour notre héros fils de Poséidon, le même passage du film fait explicitement référence au mythe de la fondation de l'Attique. Poséidon et Athéna s'étaient effectivement disputés le privilège d'en devenir la divinité tutélaire, le premier offrant le cheval de guerre, la seconde l'olivier de la paix.

percy jackson, meduse

3.L'Hydre
Une autre bizarrerie à relever - et puis nous arrêtons - est l'épisode où Percy et ses amis doivent affronter l'Hydre (de Lerne ?) à l'intérieur du «Parthénon» de Nashville. Les têtes coupées par Percy repoussent et se dédoublent comme dans le deuxième des Travaux d'Hercule. Attaquant alors de plus belle, l'Hydre vomit les flammes par gueule et naseaux. Fils du dieu des Eaux, Percy n'a alors d'autre ressource que de déchaîner celles contenues dans une vasque, lesquelles débordant à gros bouillons éteignent les «lance-flammes» (10).
Or dans le mythe grec c'était Iolas, le neveu et compagnon d'Hercule, qui brûlait les têtes de l'Hydre au fur et à mesure que le héros les tranchait. Ainsi les empêchait-il de repousser. Mais dans le film de Chris Columbus, Grover/Pan le Satyre brandit alors la tête de Méduse et pétrifie le monstre. Le spectateur ravi peut sans peine imaginer la tête des touristes visitant, le lendemain, le «Parthénon» et découvrant au milieu du naos cette effarante statue de l'Hydre de Lerne venue de nulle part !

hercule, hydre de lerne hercule, hydre de lerne

Héraclès et l'Hydre de Lerne, stamnos-psyker à figures rouges (480-470 av. n.E.) et amphore (480 av. n.E. - Musée du Louvre).
On peut voir que l'Hydre de Lerne tient davantage du mollusque céphalopode que du dragon cracheur de feu

C'est toutefois un peu «solliciter» la légende que de voir combattue par l'eau, non par le feu, une Hydre ignivome - alors que, justement, l'Hydre c'est «l'eau» (gr. hudor). En fait, ce n'est que dans les légendes médiévales que les Hydres, confondues avec les Dragons, cracheront le feu ! Bien sûr, les cinéastes s'en fichent un peu (même erreur dans Jason et les Argonautes de Don Chaffey).
Les mythologues admettent que l'hydre à sept têtes (ou davantage) a pu être inspirée par la pieuvre et ses huit tentacules - un motif récurrent de l'art mycénien. Tout comme l'on admet également que ses sept têtes renaissantes seraient en relation avec les multiples sources alimentant le marais de Lerne, asséché et drainé au XIIIe s. av. n.E. par les Mycéniens représentés, dans le mythe, par leur mythique roi Héraclès.

parthenon de nashville
 
percy jackson, parthenon de nashville

Parmi les «Antiquités étatsuniennes» on trouve à Nashville (Tennessee), l'«Athènes du Sud», cette réplique du Parthénon d'Athènes, œuvre de William B. Dinsmoor et Russell E. Hart, construite en 1897 mais finalisée entre 1925 et 1931 (Wikipedia).
Le cadre se prêtait à un épisode des aventures de Percy Jackson qui y affrontera l'Hydre de Lerne

 

B.Aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années

Dans le film de Kümel, Yann était un Persée très démuni face à des puissances qui le dépassaient. Un Persée amoureux transi de Nancy/la Gorgone Euryale. Bref, un anti-héros très en-dessous de son archétype mythologique.

Percy Jackson est, quant à lui, un ado qui n'a peur de rien. Un héros tels que se voient tous les ados du monde, nourris de comics et de films d'aventure. Ah ! le courage de l'inconscience. A plusieurs reprises, il affronte son beau-père Gaby «Pue-grave», pour lui enseigner à respecter sa mère qu'il traite comme une domestique («Femme, apporte-moi une bière !»). A la suite d'une nouvelle dispute Percy, le petit coq dressé sur ses ergots, se voit contraint de fuir - avec sa maman et son copain Grove -, puis à entreprendre aux Enfers la quête du Foudre de Zeus volé, mais surtout d'en ramener sa mère tuée pendant leur fuite. C'est là, en gros, le pitch du film.

1. De Perseus à Percy
Dans le mythe grec, tel qu'Ovide nous le rapporte aux livres IV et V de ses Métamorphoses (OV., Mét., IV, 611 à V, 249), Acrisios roi d'Argos avait une fille nommée Danaé. Un oracle lui ayant prédit que son petit-fils le détrônerait et le tuerait, il enferma sa fille dans une tour afin qu'elle ne rencontrât jamais d'homme. Comme dit plus haut, Zeus y pénétra sous l'aspect d'une pluie d'or et la féconda. N'osant lui-même tuer la mère et l'enfant, Acrisios les enferma dans un coffre qu'il abandonna aux caprices de la mer.
(Est-ce pour cette raison que Percy Jackson sera, dans le film, un fils de Poséidon plutôt que de Zeus ? Le séjour dans le coffre obscur peut être considéré comme un rite de passage, suivi d'une seconde naissance... comme fils de la Mer.)

Les courants rejettent le coffre sur le rivage de l'île de Sériphos, où la mère et l'enfant sont recueillis par un pauvre pêcheur nommé Céphée. Céphée est le frère du tyran Polydecte, qui règne sur l'île. Des années plus tard, Polydecte s'aperçoit de l'existence de Danaé [Sally Jackson] et veut l'épouser contre son gré. Pour se débarrasser de l'encombrant fiston qui défend la vertu maternelle, Polydecte [Gaby «Pue-grave», mais vous l'aviez déjà reconnu !] enjoint à celui-ci de rapporter la tête de Méduse, qui vit aux confins occidentaux du monde.
Persée se met en quête de Méduse
[ou du Foudre volé, dans le film (11)]. Il bénéficie de la protection d'Athéna [c'est-à-dire d'Annabeth, dans le film], qui lui remet un bouclier poli comme un miroir, et de celle d'Hermès [c'est-à-dire de Luke, dans le film], qui lui offre des talonnières ailées, une épée magique [dans le roman : «Turbulence» (gr. Anaklusmos), en fait un stylo-bille qui une fois décapuchonné devient une épée, forgée dans du Bronze Céleste. Dans le film, cette épée-stylo est un don du Prof Brunner (Chiron le Centaure)] ainsi que le chapeau d'Hadès [on va le retrouver plus loin, celui-là. Hadès. Pas le chapeau !], qui rend invisible. Persée doit d'abord s'emparer de l'œil unique des trois Grées, qui se le repassent ainsi que leur unique dent commune [les trois perles, dans le film]. Puis, notre héros trouve Méduse, la décapite comme on sait, en évitant son regard pétrifiant grâce au bouclier-miroir. Du sang coulant de son torse mutilé jaillissent Pégase, le cheval ailé, et Chrysaor, l'«être à l'épée d'or».
Persée fourre dans un sac la tête de Méduse et, chevauchant Pégase
(12), traverse le désert de Libye [le désert américain, dans le film - entre Nashville et Las Vegas] pour arriver à Joppé (Palestine). Là il voit la princesse Andromède, fille du roi Cepheus et de la reine Cassiopée, qui - pour conjurer une malédiction - est exposée à la férocité d'un monstre marin [l'Hydre, of course]. Il tue le monstre à grands coups de son épée recourbée, puis pétrifie son rival Phineus, fiancé d'Andromède. Notre héros épouse la belle et rentre à Sériphos, où il exhibe la tête pétrifiante sous le nez du méchant roi Polydecte qu'il change en cailloux [ce qui arrive effectivement à Gaby, dans le film, lorsque voulant se prendre une bière dans le frigo, il se retrouve nez-à-nez avec la tête de Méduse... mise au frais].

Sa mère délivrée de son fâcheux prétendant, Persée et Andromède se rendent alors en Argolide. Sur la colline de Larissa, où se dresse la citadelle d'Argos, il participe à une compétition de lancer du disque. Un coup de vent fait dévier le sien, qui s'en va fracasser le crâne d'un spectateur... qui n'était autre que son grand-père Acrisios. La prophétie est accomplie.

Le mythe grec exprime clairement le rite de passage : au prix des périls qu'il est censé courir pendant le dangereux voyage de son initiation - sa mort symbolique, suivie d'une seconde naissance - le jeune garçon devient adulte et prend femme, en l'occurrence la princesse Andromède qu'il a arrachée au monstre marin. Le mythe se double d'une connotation freudienne, celle du Père (ou du Grand-Père) qui redoute la fatale rivalité avec son (petit-)fils plus jeune. C'était le cas du roi de Thèbes, Laïos à qui il a été prédit que son fils Œdipe «tuerait son père et épouserait sa mère». Dans le mythe de Persée, ce sera son beau-père Polydecte, puis son grand-père maternel Acrisios qui mourront de son fait.

percy jackson, chiron, grover, pierce brosnan

Chiron (Pierce Brosnan), le professeur de latin paraplégique, et Grover, le Satyre (Brandon T. Jackson), son «protecteur», ont été commis à veiller sur le nouveau Messie, le Fils de Poséidon que des forces surnaturelles et mauvaises aimeraient réduire à merci. Dans la tête des ados comme dans l'Olympe, la «théorie du complot» a encore de beaux jours devant elle...

2.Conflit des générations
Destiné à un public adolescent, Percy Jackson : Le Voleur de Foudre reprend à son compte cette connotation freudienne, mais l'exprime bien évidemment du point de vue du Fils. Percy est un ado rebelle, hyperactif et dyslexique («tu es structuré pour le grec», lui dira Chiron [13]). Un adolescent qui, bec et ongle, défend sa mère contre la grossièreté et la vulgarité de Gaby «Pue-grave» toujours empestant d'aigres relents de bière. Non seulement mon Père a couché avec ma Mère, mais mon Beau-Père aussi : quel répugnant personnage ! Percy n'ose imaginer la putain qui se cache derrière la sainte (14). Percy ne peut concevoir l'insondable mystère de l'origine de la vie. De ses origines. Il doit s'imaginer une sorte d'idiot solidement baraqué genre Clark Kent/Superman ou Charles Ingalls (15), qui n'a rien de mieux à faire de sa vie que de voler au secours des faibles ou de lui tenir la main. Or, au bout du compte, il ne découvre qu'un Dark Vador.

Il en est ainsi de l'ado, toujours disposé à s'immiscer dans le couple parental, à vouloir lui imposer ses «valeurs». Sans pouvoir imaginer une seul instant que ce que eux trouveraient normal de faire avec leur petite copine, leurs parents - ces vieux dégueulasses - l'on fait avant eux, sans quoi ils n'auraient jamais été là. Et qu'ils le font encore. «Les parents n'ont pas de vie sexuelle !», s'écrie indignée la fille ado du juge Koen Allegaerts (16).
Eux ! Les vieux ! (l'assonance est belle). Un comble ! Alors que je me croyais - comme le Messie - né du Saint-Esprit ! Mais qui oserait affirmer, hors l'humour britannique de Winston Churchill, «c'est [à tel endroit] que je pris les deux décisions les plus importantes de ma vie : naître et me marier» (17). Ou encore le romancier Jackson Curtis - un homonyme ? - annonçant à ses enfants en vacances : «Je vais vous montrer un endroit fabuleux, où votre mère et moi avons connus de bons moments.» Et le fils (moins de dix ans), de répondre : «Je ne veux pas savoir où maman et toi vous êtes envoyés en l'air» (2012, Roland Emmerich, EU - 2009). Hélas oui, la vie nous offre de ces odieuses déceptions... Persée, Perseus en grec, c'est «le Destructeur». Sa frustration est partagée par Annabeth et Luke, qui eux non plus n'ont pas connu leur Père (18) et se sentent délaissés. Contrairement à Churchill, ils n'ont pas décidé de venir au monde, et n'ont pas été consultés quant à l'opportunité du coït parental, ce grand mystère. Pour un jeune, rien n'a existé avant lui. Cependant, il est désormais le centre du monde, le soleil autour duquel graviteront les satellites qui doivent l'aimer et le servir...
Comment ? Son père Poséidon a d'autres responsabilités, plus importantes que ses bobos : assurer l'équilibre cosmique, réguler la fureur des océans ? Quelle gifle pour l'impulsif et pauvre teenager... qui néanmoins finira par devenir adulte lorsqu'il acceptera la main qu'enfin lui tend son divin père. C'est-à-dire une fois qu'il aura su escalader l'Olympe des adultes.

Ses nouveaux amis, Annabeth fille d'Athéna - la déesse aurait donc fini par sacrifier sa légendaire virginité ? - et Luke fils d'Hermès savent, eux, qui ils sont, même s'ils n'ont jamais rencontré leur divin géniteur. Ils le savent et leur en veulent un peu, pour ça. Percy, quant à lui, vient seulement d'apprendre, fortuitement, qu'il est fils de Poséidon; il ne digère absolument pas que ce père indigne ne se soit jamais manifesté. Mais si Annabeth et Luke sont seulement Annabeth et Luke, des demi-dieux, ou à la rigueur des hypostases, des avatars d'Athéna et d'Hermès, Percy, lui, est bien différent. Percy n'est pas que Percy, il est également Persée, le vainqueur de la Gorgone. Il en est clairement l'avatar terrestre.

(Nota bene : Percy Jackson n'est pas que Persée. Il procède aussi d'Orphée, descendant aux Enfers pour en ramener son Eurydice. Sa femme. Pas sa maman !
Ainsi la trame de ses aventures sera-t-elle toute tracée, même si repassée au mixer de la grosse machinerie hollywoodienne (amusant le clin d'œil qui nous montre les Enfers s'ouvrant juste sous les lettres géantes du fameux «HOLLYWOOD», qui se lit sur la colline à l'entrée de la ville).)

hollywood

Un clin d'œil ? C'est sous le mont Lee, sous le «H» de Hollywood exactement, que s'ouvre l'entrée des Enfers

 

C.Mythes cosmogoniques et eschatologiques

1.Hadès et les Enfers
De Mario Bava à Walt Disney, le cinéma a bien du mal à concevoir que les Enfers des Gréco-Romains aient pu être très différents de l'Enfer chrétien tel que Dante l'a fixé dans notre imaginaire collectif (19). Hadès vit sa relégation aux Enfers comme une malédiction personnelle. Une damnation. Percy Jackson : Le Voleur de Foudre décrit les Enfers comme un lieu de feux perpétuels. Les défunts y sont tous des damnés enfermés chacun dans une bulle de flammes vives. Des torches vivantes qui se consument sans fin. C'est aussi l'aspect de dragon incandescent que sait prendre Hadès, quand il ne revêt pas sa tenue de détente «à la Mick Jaegger», chez lui, au coin de l'âtre au fond duquel - tels des bûches - grillent les damnés.

Hadès est un personnage maléfique, un fauteur de trouble qui menace l'ordre cosmique. Un Satan. Ce qu'il n'était certainement pas pour les Gréco-Romains.
Dans Hercule contre les Vampires, Hadès a délégué sur terre une créature maléfique, Lycos le vampire, interprété par Christopher Lee; et lorsque sa «fille» Perséphone accepte de suivre Thésée dans le monde des vivants, il y déchaîne des calamités, famines etc. Dans le dessin animé de Walt Disney et les imitations qui s'ensuivirent Hadès rêve de renverser son frère Zeus et d'imposer son règne.

2.Les guerres des Dieux
Il n'y a manifestement pas de Paradis/de Champs Elyséens, séjour des justes, dans l'eschatologie percyjacksonienne ! A moins de considérer comme tel le Camp des Sang-Mêlés qui sont censés être tous des demi-dieux. Or, le Centaure Chiron/M. Brunner et le Satyre Pan/Grover Underwood exceptés, on ne voit guère comme semi-divin que la fille d'Athéna et le fils d'Hermès : Annabeth Chase et Luke Castellan (il y a aussi, dans le roman mais pas dans le film, une Clarisse, fille d'Arès). Quid de la divine filiation de leurs comparses des camps Rouge (Athéna) et Bleu (Hermès), qui passent leur temps à s'entraîner à la guerre : parcours commando et interminables parties d'escrime. Se préparent-ils à participer à quelque finale bataille des Dieux ?
Le film ne le dit pas, mais on a tout de même l'impression qu'ici la saga percyjacksonienne s'est laissée contaminer par la mythologie germanique, celle du Walhalla où les héros nordiques tombés à la guerre, se battent et festoient indéfiniment en attendant l'affrontement final où, aux côtés des Ases, ils combattront les Géants du Jotunheim pour tous ensemble périr dans la conflagration finale du Götterdämmerung - le Crépuscule des Dieux.
A vrai dire, l'hypothèse sus-évoquée est d'autant plus séduisante qu'elle offre un parallèle avec la mythologie grecque, à ceci près que les anciens Germains situaient l'épisode dans le futur, à la Fin des Temps; les Grecs aux Origines du Chaos; et Hollywood entre les deux, mais plus près de la fin que du début. A l'orée du troisième millénaire, les vieilles terreurs de l'An Mil ressurgissent, tant il est vrai que les dérèglements de notre écosystème ne laissent plus rien augurer de bon pour notre Planète bleue... d'où l'engouement du cinéma pour les sujets catastrophe de Waterworld à The Day after, 2012, etc.

a. La Titanomachie
Donc à l'Origine était le Chaos : la terre, les eaux, le ciel n'étaient pas encore bien en place. Cronos et les Titans - ses frères et sœurs -, qui en étaient issus, régnaient sans partage sur le Monde.
De Cronos sortirent les Olympiens : Zeus et ses frères et sœurs. On sait comment Zeus renversa son père Cronos, et se vengea de ce qu'il avait dévoré sa progéniture en le forçant à la régurgiter. Après quoi il le castra avec une serpe magique (harpè) et l'exila dans le lointain Couchant. Une fois vainqueurs des autres Titans (c'est le sujet de la «Titanomachie», la guerre des Titans), les Olympiens se partagèrent l'univers : à Zeus le ciel, à Poséidon les mers, à Hadès le monde subterranéen, c'est-à-dire les Enfers.

De six au début - Zeus, Poséidon, Hadès et leurs sœurs Héra, Hestia et Déméter - les Olympiens sont passés à douze avec l'arrivée de leurs enfants : Apollon, Artémis, Athéna, Héphaïstos, Aphrodite, Arès et Dionysos - sans oublier toute une galaxie de divinités mineures comme les Néréïdes Thétis (mère d'Achille) et Amphitrite (épouse de Poséidon) ou la fille de Déméter Perséphone, épouse d'Hadès.

b. La Gigantomachie
Puis, contre les Olympiens - bis repetita placent -, se révolta une autre génération de créatures primordiales : les Gigans (les Géants). Après avoir enfermé dans une jarre de bronze Arès, le dieu de la guerre, Otos et Ephialtès empilèrent le Pélion sur l'Ossa afin d'escalader l'Olympe, etc. Ce fut la «Gigantomachie», la guerre des Gigans. Or les Dieux, qui en douterait ?, ne sont que peu de choses sans les humbles mortels pour les adorer et les nourrir de leurs sacrifices. Quoiqu'il en soit, les Dieux ne pouvaient vaincre ces terrifiants Gigans - monstrueux anguipèdes pourvus chacun de cinquante têtes et de cent mains - sans le conjoint concours d'un mortel. C'est Hercule qui vint à leur rescousse, ses flèches dédoublant les foudres des Olympiens. Et c'est ainsi que Poséidon put ensevelir Polybœtès sous l'île de Cos; qu'Hermès, coiffé du casque d'Hadès qui rend invisible, tua Hippolytos; et qu'Athéna abattit le géant Pallas, l'écorcha et revêtit sa peau (c'est depuis lors qu'on la nomme Pallas Athéna), etc.

gigantomachie, bas-relief romain
Quelques aspects de la Gigantomachie, la Guerre des dieux contre les géants : sur ce bas-relief romain conservé au Musée du Vatican, l'on voit très bien les cuisses-serpent des géants anguipèdes.
Sur ce vase à figures noires (Etrurie, VIe s.), Héraclès darde sa flèche contre le géant Alcyonée
gigantomachie

3.La révolte d'Héra, Poséidon et Athéna
Fort bien, direz-vous. Zeus réussit à vaincre les Titans et à réprimer la révolte des Gigans; mais ici ce n'est pas d'un Titan ou d'un Gigan qu'il s'agit, mais d'un autre dieu. Son frère Hadès, rebellé contre les autres Olympiens.
Sauf qu'il ne met pas spécialement en cause Hadès, ce Complot des Dieux appartient au plus ancien fond de la mythologie grecque, puisqu'il nous est déjà rapporté par Homère dans l'Iliade (Il., I, 396 sqq.; XV, 18-22). L'Iliade, le plus ancien texte littéraire grec connu, était aux Hellènes ce que la Bible sera aux Judéo-Chrétiens. Homère y raconte, en effet, comment son épouse Héra, son frère Poséidon, sa fille Athéna et tous les autres dieux - sauf la discrète déesse Hestia - ligotèrent le Roi des Dieux pendant son sommeil, après lui avoir confisqué son foudre.
Zeus ne put briser le complot qu'avec l'aide de la Néréide Thétis, laquelle sortit des Enfers une autre de ces créatures primordiales «à cent mains», l'Hécatonchire «Ægéon, que les dieux nommaient Briarée». En représailles contre son épouse Héra, l'instigatrice du complot, Zeus la pendit par les cheveux au pinacle de l'empyrée, une enclume attachée à chacune de ses chevilles. Voilà un dieu qui savait parler aux déesses !

4.Le subtil Hermès
Un mot encore à propos d'Hermès, dont le demi-dieu de fils, Luke Castellan, tient un rôle important dans Percy Jackson.
Hermès est le Héraut et le Messager des Dieux, mais aussi le dieu du négoce et... celui des voleurs. Avec un tel pedigree, il était normal qu'on en fît le voleur du Foudre. Délit de «sale gueule», en somme. Pourtant aucun mythe n'a jamais mis en cause la loyauté d'Hermès vis-à-vis de son père Zeus !
Comme Hermès Psychopompe, il conduit aux Enfers les âmes des défunts. Ce qui explique pourquoi, non sans une mauvaise pensée, c'est lui qui oriente vers Hadès la recherche du Foudre volé.

Dans le mythe grec, Hermès utilise ses talents de voleur dans divers épisodes dont celui-ci, assez curieux, qui semble être un fragment détaché de la Gigantomachie. Il s'agit de l'épisode où Zeus doit affronter le géant Typhon, ou Typhœus, qui a lui aussi cinquante têtes, cent mains et le corps ceint de vipères menaçantes. Typhon vainc Zeus, arrache les tendons de ses membres, et les enferme dans une peau d'ours qu'il cache au fond d'une grotte de Cilicie, à la garde de laquelle il prépose un dragon mi-femme mi-serpent, Delphynè.
C'est Hermès qui viendra à la rescousse du roi des Dieux vaincu, dont le corps gît désarticulé. Avec l'aide de Pan, le Satyre, il réussit à déjouer la surveillance de Delphynè et à s'emparer des tendons, qu'il remet en place. La vengeance de Zeus ne se fera pas attendre, et le géant enfin vaincu sera enterré vivant sous l'Etna, d'où s'exhale encore aujourd'hui son souffle incandescent (dans le récit de la Gigantomachie, variante, c'était le Géant Encélade qui était enfermé sous l'Etna).

D.Pour conclure

Nous venons de passer en revue les mythes qui structurent les aventures de Percy Jackson, imaginées par le romancier Rick Riordan qui en a fait son fond de commerce pour toute la série de romans.

A l'aube du XXIe s., Percy/Persée le demi-dieu tient la place naguère dévolue à Hercule. Celle du mortel dont le concours permettra aux Dieux d'abattre leurs adversaires.
Pour rétablir l'ordre cosmique dans tout le vaste univers, il lui faut empêcher une guerre civile entre les dieux et rétablir le pouvoir de Zeus en lui restituant le Foudre volé. Tout se dénouera au cours du duel final qui l'opposera à un autre demi-dieu rebelle, le vrai coupable, et l'apaisement du conflit qui oppose les Dieux de l'Olympe à leur frère rebelle Hadès - mais aussi Annabeth et Percy contre leurs Pères respectifs...
(A noter que le film ne traite que du tome 1 de la saga, qui en compte maintenant six. Très dense, la matière du roman a été sérieusement élaguée pour établir le scénario du film. A la fin du quatrième volume, on apprend enfin qui se cachait derrière tout cela : Cronos, le roi des Titans, ce père que Zeus avait jadis mutilé et chassé. Décidément, cette histoire joue à fond le conflit des générations, et de là sans doute tire-t-elle toute sa saveur.)

La Guerre des Titans, comme celle des Gigans, n'a que peu intéressé le cinéma historico-mythologique. Il y a bien sûr Les Titans de Duccio Tessari, qui d'emblée les montre déjà vaincus, enchaînés aux Enfers. Dans Hercules, Luigi Cozzi fait intervenir une étrange créature de feu, gisant au fond des entrailles de la Terre tel Encélade ou Typhon; mais il s'agit du Phénix renaissant de ses cendres, pas d'un Titan. Par contre, Zeus contro l'Universo (1983 ?) d'Emimmo Salvi semble avoir voulu traiter assez sérieusement de la question, mais en dernière analyse le film ne semble pas avoir été achevé ni diffusé (20).
L'épisode de la Gigantomachie a cependant connu un peu plus de faveur au niveau du cinéma d'animation et se trouve au centre de l'Hercule de Walt Disney et de Hercules and Xena, The Battle of the Mount Olympus. Dans l'un et l'autre de ces dessins animés, Hadès assimilé à Satan-Lucifer joue le rôle du méchant absolu.

vulcain, fils de jupiter, titan contra vulcano zeus, e. salvi e. salvi, zeus contro l’universo

Vulcain, fils de Jupiter (E. Salvi, 1962) : affiche espagnole Titan contra Vulcano (rééd. en Espagne sous un visuel HF (21) et retitré Batalla de Titanes - cf. site Nanarland). Le producteur et réalisateur italien Emimmo Salvi, qui avait connu un succès d'estime avec Le Géant de Métropolis, est probablement l'unique cinéaste à avoir tenté de porter à l'écran life les aventures non plus de demi-dieux, mais des dieux à part entière. Après un assez médiocre Vulcano, figlio di Giove qui connut une carrière assez confidentielle (22) (il ressortit en salles en 1981, et il y eut même, en 1988, une VHS chez MP.M rebaptisée Vulcan, dieu du Feu)).
Au cours des années '80, il fut question, pour E. Salvi, de produire un nouveau film intitulé tantôt Zeus et tantôt Zeus contro l'Universo sur lesquelles les plus folles rumeurs coururent, dans le milieu du cinéma-bis : remontage du film de 1962, film d'animation avec des marionnettes... Il était également question d'y voir jouer les vétérans Gordon Mitchell et Mickey Hargitay, mais le projet aurait avorté à cause de la prétention de ce dernier à vouloir faire attribuer à sa fille Mariska le principal rôle féminin (Mariska Hargitay : le détective «Olivia Benson» dans la série TV New York unité spéciale/Law & Order : Special Victims Unit). Ci-dessus, deux visuels de pré-production.

--------oOo--------
Suite…

NOTES :

(1) War of the Gods, devenu War of Gods et, maintenant, Dawn of War, est toujours en préproduction. Sa sortie est prévue pour 2011. - Retour texte

(2) Calibos est un personnage emprunté à La Tempête de W. Shakespeare. Dans la légénde grecque, il pourrait à la rigueur correspondre avec le fiancée d'Andromède, Phinée, dont Persée se débarassera en le pétrifiant en exhibant la tête de Méduse. - Retour texte

(3) Cette situation est clairement empruntée à l'histoire d'Œdipe qui doit résoudre l'énigme posée par la Sphinx, et peut ensuite monter sur le trône de Thèbes et en épouser la reine (sa propre mère, mais ils l'ignoraient). - Retour texte

(4) Le roman de Benoit contenant d'ailleurs une brève allusion à la Méduse libyenne. - Retour texte

(5) C'est aussi un thème classique du cinéma fantastique : un assassin camoufle les corps de ses victimes sous l'aspect de mannequins de cire (Le moulin des supplices/Il mulino delle donne di pietra, Giorgio Ferroni, 1960; un sketch avec Peter Cushing de La Maison qui tue (The House that Dripped Blood), Peter Duffel, 1970/1971; etc.). - Retour texte

(6) Façon de parler (ou de compter), bien sûr. On peut théoriquement dater la fin du paganisme en 395, quand l'empereur Théodose Ier fait fermer les temples des dieux, interdire les sacrifices et même les Jeux olympiques... - Retour texte

(7) Sexuellement, s'entend. - Retour texte

(8) Notons que le plastron de la cuirasse de Poséidon est en motif d'écailles, ce qui sied au dieu de la Mer. - Retour texte

(9) Le mythe le place en concurrence avec Cécrops, qui lui aussi passe pour avoir été le premier roi d'Athènes. - Retour texte

(10) Le pouvoir de Percy sur les eaux rappelle un peu le géant Antée, fils de la Terre, qui était invincible tant que ses pieds touchaient le sol. - Retour texte

(11) L'épisode de Méduse passant, dans le film de Chris Columbus, du principal à l'accessoire. - Retour texte

(12) Dans le mythe grec, le cheval ailé Pégase fait double emploi avec les talonnières d'Hermès : voilà une faute scénaristique que - par exemple - les cinéastes se devaient de rectifier. Ils le firent.
Quant à Chrysaor, son «épée d'or» ne joue aucun rôle dans le mythe grec, puisque Persée avait déjà été pourvu d'une épée magique par Hermès. Dans le film, c'est Chiron qui remet l'épée magique à Percy; mais selon le roman de Rick Riordan, ce fameux stylo-bille (symbolisant la supériorité de l'écrit sur les armes ?) aurait primitivement été une épingle à cheveux qu'aurait donné à Héraclès l'Hespéride Zoé Nightshade. Ces derniers personnages n'apparaissent pas dans le film, qui a dû élaguer de nombreuses fioritures. - Retour texte

(13) ... songeant sans doute à l'écriture à rebours - le boustrophédon. - Retour texte

(14) Un autre élément savoureux, au niveau de la psychologie de l'adolescent, est le piédestal où il place le Père à la fois adoré et haï : c'est un Dieu. Il est le Dieu des Mers, Poséidon. Un Dieu-Père... mais ailleurs. Inaccessible. - Retour texte

(15) La petite maison dans la prairie. - Retour texte

(16) Dans SM-Rechter (Erik Lamens, BE - 2009), tiré d'un fait divers qui, en 1996, secoua la magistrature flamande. L'adolescente venait de découvrir qu'à la demande de celle-ci, son père «torturait» sa mère au cours de soirées très spéciales... - Retour texte

(17) W. CHURCHILL, Mes jeunes années (1930), Tallandier, coll. «Texto», 2007. - Retour texte

(18) Leur Mère dans le cas d'Annabeth, fille de la déesse Athéna - encore que supposée «vierge». - Retour texte

(19) Pour les Gréco-Romains il y a plusieurs «Enfers», inferiori loci (le Tartare pour les méchants, les Champs-Elyséens pour les justes) au contraire des Chrétiens, qui n'en connaissent qu'un seul : le séjour des méchants opposé au Paradis, qui est dans les Cieux, et au Purgatoire, entre les deux. Mais si pour les Chrétiens - et pour Percy Jackson, mais aussi pour Mario Bava (Hercule contre les Vampires) - les Enfers sont un lieu de flammes, pour les Grecs c'était surtout un lieu d'incorruptibilité, un lieu fangeux pour les Romains, et un lieu de putréfaction pour les Mésopotamiens. Nous renvoyons ici à l'amusant petit essai d'Ornella Volta (O. VOLTA, Guide de l'Au-Delà, Balland, 1972). - Retour texte

(20) Selon une interview de Gordon Mitchell, après six mois de préproduction Emimmo Salvi, diabétique, se suicida d'une balle de pistolet. - Retour texte

(21) Le même que pour la tardive édition italienne d'Il Massacro della Foresta Nera (Ferdy Baldwyn/Ferdinando Baldi). - Retour texte

(22) En fait, à l'orgine ce film dont le héros était un lutteur et culturiste iranien nommé Rod Flash (ou Rod Flash Ilush, ou encore Richard Lloyd), Iloosh Khoshabe de son véritable nom, n'était pas destiné au marché européen mais proche-oriental. - Retour texte