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300
(Zack Snyder, EU - 2006)

[d'après la BD de Frank Miller]

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Sparte meurt, mais ne se rend pas !

 

300 - frank miller

(Frank MILLER & Lynn VARLEY, 300, Rackham, 1998)

 

Sur cette page :

1. Dulce et decorum est pro Patria mori

1.1. Citoyens lambda
1.2. Apocalypse yesterday
1.3. Par-delà l'abîme des siècles..

2. 300 - Le film (2006)

2.1. Les acteurs
2.2. De Frank Miller et de Sin City
2.3. Universaux

3. La BD de Frank Miller

3.1. Le récit
3.2. Le graphisme
3.3. Les outrances

Pages suivantes :

4. Quelques personnages

5. Quelques faits de civilisation

6. Martyrs de la démocratie

7. Pour conclure

8. Filmographie

8.1. Cinéma

8.2. Télévision & docufictions


 
 
Léonidas, voici le manteau de pourpre que vient de t'offrir Xerxès, frappé d'admiration pour tes hauts faits. — Je n'en veux pas : c'est là une faveur pour des traîtres. Que mon bouclier me recouvre même dans la mort ! L'opulence n'est pas mon linceul. — Mais tu n'es plus. Pourquoi, même chez les morts, tant de haine contre les Perses? — C'est que l'amour de la liberté ne meurt pas.
ANTIPHILE DE BYZANCE (1)
 
pour Laurette :
«Molôn labé !»
 

Plébiscité par la «planète geek», celle des amateurs de comics et de la baston virtuelle sur console de jeux vidéos, 300 a suscité la levée de bouclier des lourds hoplites du bon goût et de la conscientisation politique. L'apophtegme «Rends tes armes ! - Viens les prendre...» («Come and get them !») a beau être historique, à l'heure de Bowling for Columbine il doit cueillir à froid certaines frileuses sensibilités. Après le «béret vert» de John Milius sur le set de Conan le Barbare, la casquette de la National Rifle Association arborée - paraît-il - sur le plateau de tournage par Zack Snyder (2) n'est bien entendu pas de nature à rassurer les belles âmes qui, à l'heure des tensions avec l'Iran d'Ahmadinejad et de la déconfiture en Irak, y voient matière à symbole et dénoncent un film bushien diabolisant une fois de plus le prétendu «Axe du Mal». Il est vrai que, le film de Snyder étant sorti sur les écrans US le 9 mars (3), «Dubbelyou»-qui-n'en-rate-jamais-une devait à pieds joints sauter sur l'aubaine pour déclarer qu'aux States le 25 mars, fête de l'Indépendance grecque (4), serait désormais celle de la Démocratie. (5)

 

zack snyder

En 1977, Ted Post avait signé un contestataire Go Tell the Spartans (en France : Le Merdier) dénonçant l'enlisement US au Viêt-nam; plus tard, la bataille des Thermopyles devait encore inspirer un épisode de Xena la Guerrière (3e saison 1997-1998 - 59e épisode [6]). Dans Alfred le Grand, vainqueur des Vikings, un moinillon érudit exhumait d'un vieux grimoire la technique de la phalange spartiate pour tenir tête à l'invasion des féroces pirates scandinaves. Plus récemment dans Le Dernier Samouraï, l'on nous donnait d'assister à l'agonie de la civilisation japonaise traditionnelle - et guerrière - succombant devant les modernes moyens de la guerre mécanisée, import from USA. Tom Cruise y faisait longuement référence à l'ultime baroud d'honneur livré par Léonidas aux Thermopyles - et à l'immortelle gloire qui en avait rejailli sur les guerriers de Sparte.

Abstraction faite du contexte politique actuel, le film de Zack Snyder - rêverie née des crayons de F. Miller marqué enfant (7) par les Three Hundred Spartans de Rudolph Maté - nous propose en 2007 une relecture mythologique du film historique de 1961.

300 - phalange

Née semble-t-il du monstrueux accouplement d'une photocopieuse avec une planche à dessin industriel : la phalange spartiate vue par Frank Miller (Frank MILLER & Lynn VARLEY, 300, Rackham éd., 1998)

1. Dulce et decorum est pro Patria mori (8)

Dans notre monde confortable, confit dans ses certitudes petit-bourgeoises et permissives, nous croyons avec arrogance que tout nous est dû. De droit. Simplement parce que nous sommes là. «Parce que je le vaux bien !», assure un slogan publicitaire. Affirmer que toute chose a un prix, souvent élevé, est politiquement incorrect. 300 est un film politiquement incorrect. Il nous apprend, en effet, que la souffrance est bonne. Que la voie la plus difficile est toujours la meilleure. Que les coups pris dans la gueule sur le sable de la palestre nous feront paraître anodins ceux que nous réserve le champ de bataille. Que seuls les forts peuvent survivre, mais aussi que - même mort - un Spartiate n'est jamais vaincu. La preuve étant que, 2.500 ans plus tard, les poètes de la planche à dessin ou de la celluloïd chantent encore la gloire immortelle du «Lion» de Sparte.

Politiquement incorrect aussi parce que l'ennemi, les traîtres etc. (bref, ceux avec qui l'on n'est pas d'accord) sont présentés comme des mutants hideux suintants de mucosités putrides, des morts-vivants masqués d'argent - les «Immortels», précisément -, ou des nègres couturés de piercings, avec des bagouzes plein les doigts, couverts d'or comme des proxos... Pis, ceux-ci sont capables de bonté, de compassion, réclament le respect du droit diplomatique... pauvres rigolos ! «Je suis bon..., proclame Xerxès au difforme Ephialtès, venu lui faire allégeance. Le cruel Léonidas t'a demandé de te tenir debout. Je te demande seulement de t'agenouiller S'agenouiller... c'est évidemment plus facile !
Car, simple évidence, 300 nous enseigne aussi qu'il n'y a pas de la place pour tout le monde, sous le soleil - ou plutôt sous les cieux tourmentés que Frank Miller savait susciter sous ses crayons...

300 - apothetes

Inaptes au métier des armes, les bébés spartiates malformés étaient impitoyablement éliminés
et jetés dans le gouffre des Apothètes

1.1. Citoyens lambda
Sitôt fini le générique, l'œil de la caméra capte quelque crânes humains pourrissant au fond d'un ravin, puis remonte vers un éperon rocheux en surplomb et se fixe sur un personnage masculin qui tient un nouveau-né dans ses bras. Alors une voix off expose qu'à Sparte, les bébés malformés, inaptes à devenir des guerriers, étaient impitoyablement éliminés. Il faut croire que le poupon Léonidas - ou était-ce Léonidas lui-même, tenant son fils ? Qu'importe... - l'enfant, donc, était conforme aux normes établies, puisque son père ne le précipita point dans le gouffre des Apothètes, pour le plus grand soulagement des spectateurs.

S'ensuit une séquence rythmée par la musique de Tyler Bates qui, sur le CD, est intitulée «Agôgè». Qu'est ce que l'agôgè ? C'est l'éducation spartiate. Pour faire court, citons le Dictionnaire de l'Antiquité grecque et romaine de Jean-Paul Thuillier, qui la définit ainsi : «Education des garçons à Sparte, caractérisée par son insistance sur la formation physique et morale, sa rudesse et sa frugalité, et centrée sur la vie collective et l'apprentissage de l'obéissance. Pour être citoyen, il était impératif de l'avoir suivie. Dès l'âge de 7 ans, l'éducation échappe à la famille et est prise en charge par la cité sous l'autorité d'un magistrat spécialisé, le pédonome. Les garçons vivent en bandes, dans le cadre de classes d'âge précisément définies. A partir de 12 ans, ils vivent complètement en commun avec leurs camarades. L'absence de chaussures, le caractère sommaire du vêtement, celui du couchage, sur des litières de roseaux, la nourriture juste suffisante, l'encouragement de certains comportements, comme les bagarres entre bandes ou le vol de subsistances, sont compris comme un entraînement à la vie militaire. L'étude des lettres et de la musique en faisait néanmoins partie, mais devait être relativement secondaire, au moins dans l'idée qu'on en avait hors de Sparte : Isocrate taxait les Spartiates, non sans excès, de profonde ignorance. La cryptie, qui la concluait pour une partie d'entre eux, était un rite de passage (exclusion temporaire de la communauté, errance dans les montagnes, meurtre des hilotes), mais aussi une formation apte à dégager une élite.» C'est très exactement ce que résume ici le film de Zack Snyder : affamé, rossé par ses condisciples plus forts, fouetté le jeune Spartiate fait l'apprentissage de la vie et de la démocratie. Mais oui, vous avez bien lu : «de la démocratie».

300 - phalanges

La phalange spartiate : un bloc soudé de soldats arborant sur leur bouclier le lambda, initiale de Lacédémone (Frank MILLER & Lynn VARLEY, 300, Rackham, 1998)

Qu'y a-t-il de plus démocratique qu'une société égalitaire où chaque citoyen est interchangeable avec un autre, identique ? Citoyens-lambdas, ils en portent le symbole sur l'épisème de leur bouclier ! Dans la superposition d'écailles qu'est la phalange, chaque hoplite assure la sécurité de son voisin de gauche. Ils sont les «Egaux», les Homoïoï - dommage que, se refusant d'être un documentaire, le film ne cite pas le terme grec ou sa traduction (pas plus qu'il ne parle des «Thermopyles» qu'il rend directement en anglais : Hot Gates). Un combattant trop grand ou trop petit n'a pas sa place dans la phalange des Egaux, comme l'expose patiemment Léonidas au monstrueux Ephialtès, plus bossu qu'il n'est permis de l'être, un faux-frère spartiate. Sans pour autant soustraire sa progéniture au dur entraînement des fils de Lacédémone, son père - trop sensible - en choisissant l'exil l'a soustrait à la fatale et inflexible loi. Ephialtès, le déchet humain, est une tache que l'on aurait préféré oublier. Ephialtès sera le traître... Lorsque le pauvre être disgracié lève son bouclier à bout de bras, il n'arrive pas à la bonne hauteur. Que peut-on faire, à Sparte, d'un avorton qui mettrait ainsi toute la phalange en péril par sa simple présence, ouvrant une brèche dans l'infrangible muraille des boucliers de bronze ?

Dans 300, la phalange est la métaphore parfaite du corps social soudé des Egaux, de Léonidas et ses camarades. Conformément au cliché scolaire maintes et maintes fois répété, Sparte va sauver la démocratie occidentale/grecque contre la barbarie Orientale/perse. En réalité, le régime politique spartiate était aristocratique, et Athènes en était aux premiers balbutiements de sa démocratie. Des gens de guerre, les Spartiates, dominaient des citoyens de seconde zone (périèques), des serfs d'Etat (hilotes) et, sans doute également des esclaves... Aussi, quand les Spartiates parlent de liberté, ils pensent seulement à la leur, à leur droit de s'exprimer librement, entre guerriers. Entre Egaux. Librement et laconiquement, car comme ils pensent pareil, il n'y a pas grand'chose à dire de plus. Les Spartiates sont unis comme les doigts de la même main, dont ils constituent les phalanges, précisément. Ce qu'ambitionnaient les Spartiates, n'était rien de plus que l'isonomie. L'égalité entre gens du même monde, de la même caste.

Cela n'empêcha pas les idéologues d'extrême-gauche comme d'extrême-droite de se référer au modèle spartiate : nazis et révolutionnaires de 1898 ou de 1917 confondus ! Quoique à notre avis, avec leurs lois eugéniques (9), les valeurs spartiates se retrouveraient mieux dans le national-socialisme que dans le bolchévisme. Or, même si à 2.500 ans d'intervalle, les mêmes termes ne recouvrent plus les mêmes réalités, le discours des Spartiates reste des plus intéressants. Leur attachement à cette liberté, par exemple, que certains définiraient parfois comme «le droit de soi-même choisir ses chaînes». La liberté des Spartiates a un prix : celui des larmes et du sang, des coups reçus, de la faim, de la pluie et du froid... Toutes ces expériences fortifiantes mais vécues ensemble, qui ont fait d'eux les meilleurs guerriers de la Grèce, les pros des pros au sein d'une civilisation qui a toujours eu le culte de l'athlétisme au point d'en faire une religion, une offrande aux dieux. Pour autant, les Spartiates n'étaient pas des êtres cruels : ils n'infligeaient rien aux autres qu'ils ne se fussent infligé à eux-mêmes, et savaient rester modestes dans la victoire. Leur furieuse liberté, ils l'ont unanimement acceptée, ils l'ont librement consentie.

Le concept est gibsonien et rappelle La Passion du Christ (et peut-être Apocalypto). Les Spartiates sont des «Seigneurs de la Guerre» et rien d'autre. Pas des menuisiers ou des boulangers comme les guerriers arcadiens conduits par leur allié Daxos, venus les rejoindre ! En toutes choses, ils sont de la même opinion que leur roi Léonidas. Bel exemple de «démocratie parfaite» que cette Sparte, où tout le monde est du même avis sur les grands principes intangibles, où tout un chacun est fier et satisfait d'être Spartiate, d'être battu par d'autres qui sont eux-mêmes battus - tout le contraire des esclaves du Grand Roi des Perses, qui se contentent de plier l'échine devant leur divin maître sans jamais rendre les coups.

Démocratie parfaite, donc ? Non, cela n'existe pas, bien sûr ! Il y a aussi, même à Sparte, des opposants politiques, des traîtres corrompus par l'or des Perses, comme Théron, et aussi les Ephores. Dans le film, les Ephores spartiates sont les prêtres dégénérés de divinités plus dégénérées encore. D'immondes vieillards libidineux, baveux et scrofuleux, couverts de pustules, qui se réservent les plus belles vierges de la ville. Vendus. Corrompus. Léonidas, comme sa reine Gorgo, aura fort à faire avec eux; autant qu'avec les ennemis perses. Leurs théories sont obscurantistes : les Lacédémoniens ne peuvent entrer en guerre avant la fin de la célébration des Carnéia (10). Cette démocratie-là n'est pas constructive. Elle est prête à se compromettre avec un pouvoir absolu qui promet l'Empire de Sparte sur toute la Grèce. Mais peut-on s'y fier ? Serait-ce seulement sage d'accepter quelque chose de la part d'un divin seigneur omnipotent qui, demain, pourrait changer d'avis et vous la retirer ? Non, bien sûr. Mieux vaut cultiver une ombrageuse fierté, dans son petit coin du Péloponnèse. Gare toutefois à qui viendrait s'y frotter ! Les larmes et la mort l'attendent (11).

En fait, Léonidas et ses guerriers forment une classe d'âge opposée à une autre, plus rassie. Et quant à elle disposée à toutes les compromissions.
300 raconte donc aussi le conflit d'une jeunesse généreuse et turbulente prête à tout résoudre en opposant sa poitrine aux flèches ennemies, alors que les vieux ne songent qu'à augmenter leurs richesses et leurs privilèges, à soigner leur arthrite ou leur goutte, tout en s'octroyant les plus belles femelles. Comparez mutatis mutandis avec ce qui se passe souvent dans le règne animal, quand les jeunes mâles doivent s'incliner devant les chefs de la harde... Mais les camarades de Léonidas peuvent bien mourir : ils ont été choisis parmi ceux qui avaient déjà un héritier mâle. Un seul, Stelios, n'en avait pas, mais avait été désigné par son père, le vieux capitaine Artémis (12) qui avait plusieurs fils. Au sein de la phalange, ce père ne voulait pas d'autre voisin que son fils préféré. Dans la bataille, il aura la douleur de le voir isolé du groupe et décapité sous ses yeux. Mais le cri de souffrance de ce père sera l'unique plainte proférée par un Spartiate - tandis que les «barbares» menés au fouet par leurs officiers se répandront en gémissements.

thermopyles - perses
«Les barbares tombaient en foule; car, placés derrière les bataillons, les chefs, le fouet à la main, faisaient pleuvoir des coups sur tous, les poussant toujours en avant. Beaucoup d'entre eux tombaient dans la mer et s'y perdaient : un bien plus grand nombre encore étaient, vivants, foulés aux pieds par les leurs; et de qui périssait, on ne tenait aucun compte» (HDT., VII)
thermopyles - perses
*

300 - kelly craig

Les évanescentes prophétesses spartiates (ici Kelly Craig) sont le domaine réservé des immondes et concupiscents représentants de la gérontocratie qui dirige Lacédémone : les Ephores

On peut s'indigner de l'image des Spartiates, peu flatteuse, que dans le film donnent les Ephores, présentés comme les prêtres de répugnantes divinités lovecraftiennes, qu'on devine tapies au fond d'insondables abîmes comme ce puits où sont précipités les Ambassadeurs perses au mépris des convenances diplomatiques les plus élémentaires («Madness ?... This is... Sparta !», hurle Léonidas [13] qui considère comme un outrage le simple fait qu'un barbare étranger ait pu un seul instant s'imaginer pouvoir disposer à discrétion de sa Patrie). Les Ephores sont encagoulés comme des moines catholiques rivalisant de tares au fond de leur sacristies, ravagés par la lèpre ou la syphilis ou les deux ensemble... Ils posent leurs griffes, leurs lèvres répugnantes sur la chair diaphane des plus belles jeunes filles de Sparte «dont ils ont fait leurs pythies». Cette dimension heroic fantasy nous met un peu mal à l'aise : au pied du mont Callidromos et au bord de la mer Egée, le défilé des Thermopyles en ces belles journées du mois d'août 480, oppose un déni à la vision de F. Miller qui en a fait un décor wagnérien embrumé et nocturne, zébré par le tonnerre (14). Mais tel était le choix du réalisateur que de restituer l'ambiance de la BD. C'est à un nouveau Crépuscule des Dieux - les dieux de la guerre spartiates - que nous convie Zack Snyder, et avec lui la musique impressionnante de Tyler Bates, qui ne pouvait que conspuer les démoniaques entités venues du fond des âges.

 

300 - leonidas

1.2. Apocalypse yesterday
Nous avons dit plus haut que le modèle spartiate avait séduit les idéologues de tous bords, y compris les nazis. Les ambiances sombres, brumeuses voulues par Zack Snyder, ne sont pas sans nous rappeler Les Hérétiques de Saint-Loup, récit de guerre consacré à l'odyssée, sur le Front de l'Est, des Waffen SS français dressés «contre cette horreur qui accourt en vagues hurlantes depuis le fond de la Sibérie !», dans le sillage de cavaliers de l'Apocalypse qui s'appelaient Tcherniakovski, Rokossovski et Joukov. Leur division se fit ratiboiser en Poméranie, mais 300 survivants de celle-ci comptèrent parmi les ultimes défenseurs de Berlin en avril 1945. «Mourir à l'ennemi c'est mourir dans l'honneur. «Mon honneur s'appelle fidélité.» Devise SS ! La fidélité des hommes appartenant aux races supérieures c'est de mourir pour rester dignes de ceux qui les ont faits ce qu'ils sont. Nous n'inventons rien. C'est la philosophie de Sparte !», déclare leur chef, le capitaine Fernay (15).

300 - dilios

«Mourir à l'ennemi c'est mourir dans l'honneur», rappelait l'auteur des Hérétiques. Dans 300, le Spartiate Dilios étonne son camarade arcadien, lorsque toisant l'armée ennemie il s'interroge : «J'ai participé à de nombreux combats. Trouverais-je enfin, cette fois-ci, l'adversaire capable de me donner une mort honorable ?» C'est une véritable folie suicidaire, une aspiration au martyre qu'exprime Dilios, l'unique survivant des Thermopyles qui l'année suivante combattra à Platées

Tout en référant à foison à des âges sombres, médiévaux, antédiluviens, préhistoriques ou de la pierre polie que parcourent des dinosaures ou des engins apocalyptiques comme les redoutables T 34 soviétiques - la lutte inexpiable du surhomme contre l'hérédo-syphilitique -, Saint-Loup multiplie à l'envi les allusions à Sparte (16), la «Sparte hitlérienne», dont celle-ci, à peine voilée : «Nous ne connaissons qu'un péché, irrémissible : celui du mâle qui meurt sans progéniture !» (17) Léonidas avait voulu n'emmener avec lui, que des hommes qui avaient déjà un fils, afin que nulle famille ne s'éteigne par sa faute. L'auteur des Hérétiques mêle les terreurs de l'An Mil aux brumes wagnériennes, et les «mystérieux hiéroglyphes» dessinés par le phosphore des bombes incendiaires se graveront aux parois de «villes suppliciées exhibant leurs moignons de pierre», telle cette petite bourgade de Poméranie, dont les «incendies brillent mieux que l'or du Rhin». N'oublions pas les femmes aux jupes retroussées, violées, éventrées par les barbares asiatiques... Mais ne sont-ce pas là, à l'identique, les mêmes images qu'avec les spectateurs, Léonidas et les Spartiates découvrent en arrivant dans le petit village grec que les avant-gardes perses ont mises à feu et à sang, après avoir empalé aux branches d'un arbre cent douze de ses habitants ? Et plus tard en voyant déferler sur eux les plus incroyables pachydermes, les plus invraisemblables créatures mutantes... ?

 
300 - supplces perses
 
300 - village grec
Le film s'achèvera sur les images de Dilios - l'unique survivant des compagnons de Léonidas - et de l'armée grecque s'apprêtant à livrer bataille à Platées. The End.
Après y avoir défait les Perses, le vainqueur Pausanias (neveu de Léonidas), pillant le camp ennemi, s'étonna du luxe dont s'entourait le général ennemi, Mardonius. Il ordonna alors aux cuisiniers du général perse tué, de préparer le repas de leur maître comme s'il eut été encore vivant; mais il se fit également apporter le brouet spartiate. Ensuite, il convia les autres généraux grecs et leur déclara son étonnement de constater qu'un homme qui avait vécu dans une telle opulence, ait encore trouvé le moyen de convoiter la maigre pitance du Spartiate !

1.3. Par-delà l'abîme des siècles...
Qu'est l'heroic fantasy, sinon l'expression des refoulements du judéo-christianisme ? Assurément pas, en tout cas, l'exaltation des élégantes et olympiennes divinités du panthéon classique : l'éternel éphèbe Apollon, la grâce élancée de sa sœur Artémis, la vierge chasseresse - les divinités poliades de Sparte !
La dénonciation des démoniaques divinités de Sparte offre d'étonnantes résonnances chrétiennes - d'où que nous ayons qualifié ce film de «gibsonien». Léonidas et ses 300 camarades apparaissant comme les martyrs d'une certaine Amérique partie en croisade contre l'Axe du Mal. Sans aucun doute Snyder n'a-t-il rien voulu d'autre qu'illustrer le plus fidèlement la BD de F. Miller, mais chaque chose vient en son temps. Il n'est pas indifférent de noter que le film met en évidence le fait que Sparte se doit de soutenir ses soldats qui combattent «là-bas dans le nord» - la proposition, insistante, revient à plusieurs reprises. Et le choix du thème récurrent des Guerres médiques, de l'Occident démocratique s'opposant à la Barbarie asiatique des Perses, n'est pas innocent au moment où l'Iran chiite s'investit dans le nucléaire. Ce qui nous vaudra d'ailleurs de prémonitoires et pittoresques figures de Perses mutants, comme ce bourreau dont les avants-bras sont des pinces de crabe, qui décapite les généraux malchanceux. Ou comme ces guerriers voilés - inspirés de la Mosaïque d'Apelle pour la coiffure et de la frise de Suse pour la robe -, ces «Immortels» aux masques d'argent, qui dissimulent des visages putréfiés de morts-vivants (18), à la démarche incertaine des Orques du Seigneur des Anneaux ! Snyder enrobe à plaisir son discours dans la fantasy - les rhinocéros et les éléphants de combat titanesques. Mais personne ne s'y trompera : lorsque l'Ambassadeur perse s'offusque de ce que la reine de Sparte - une femme - ait osé donner son avis en sa présence, il est difficile de gommer la référence à l'intégrisme islamiste de l'Iran contemporain... («C'est parce que seules les femmes de Sparte mettent au monde de vrais hommes !») quand bien même l'apophtegme serait garanti historique, et il l'est (PLUT., Lyc. ! Mais n'avons-nous pas encore eu - en Belgique - la confirmation de ce machisme déplacé, il n'y a pas si longtemps ?

 

300 - immortels

2. 300 - Le film (2006)

C'est en association avec Legendary Pictures et Virtual Studios, que Warner Bros. présente donc ce film tant attendu, 300, une production Gianni Nunnari (Seven, Alexandre [O. Stone], Les Infiltrés), Mark Canton, Bernie Goldmann (Le Territoire des Morts) et Jeffrey Silver (Training Day). Le metteur en scène est Zack Snyder, un réalisateur venu de la pub et du video-clip, à qui on devait déjà un premier long métrage, Dawn of the Dead (L'armée des morts, 2004), remake nihiliste du film de George Romero (19).
Zack Snyder et Kurt Johnstad ont adapté le roman graphique (20) de Frank Miller (Sin City) aquarellé par Lynn Varley (Ronin, The Dark Knight Returns), après une première mouture de scénario signée par Michael Gordon, mais à laquelle collabora aussi Deborah Snyder.

2.1. Les acteurs
Seconde adaptation filmique de la fameuse bataille des Thermopyles, cette réalisation se veut avant tout le fidèle transfert à l'écran d'une BD-culte, titulaire en 1999 de plusieurs Eisner Awards, dont ceux de la meilleure série limitée, du meilleur scénariste/dessinateur et du meilleur coloriste (21). Dans le rôle principal, le film est interprété par l'acteur écossais Gerard Butler, surtout connu pour Le Fantôme de l'Opéra (2004) de Joel Schumacher, mais qui fut également le partenaire d'Angelina Jolie-Lara Croft dans Tomb Raider 2 : The Cradle of Life (2003, Jan de Bont). On l'a aussi vu en comte Dracula dans Dracula 2000 (2000, Patrick Lussier), dans Timeline (Prisonniers du temps, 2003, Richard Donner), dans Reign of Fire (Le règne du feu, 2002, Rob Bowman), ainsi que dans le rôle de Burke dans Tale of the Mummy (Talos the Mummy, 1998, Russel Mulcahy). Les rôles de guerrier barbare lui vont à ravir : n'a-t-il pas aussi incarné le légendaire Beowulf dans Beowulf and Grendel (2005, Sturla Gunnarsson) et, pour la TV, le roi des Huns, Attila (Attila, 2001, Dick Lowry) ? On a même pu l'apercevoir dans un autre bref rôle antique, celui du tribun du prétoire Cassius Chærea dans un court métrage italo-américain de cinq minutes - Trailer for a remake of Gore Vidal's Caligula, (2005), de Francesco Vezzoli.
A ses côtés, Lena Headey (Brothers Grimm/Les Frères Grimm et The Cave) incarne la reine de Sparte Gorgo, l'épouse de Léonidas.

Gravitent autour d'eux, David Wenham - Faramir, frère de Boromir, dans les volets 2 et 3 du Seigneur des Anneaux - et Vincent Regan, vu dans Danny the Dog et, dans des rôles antiques, en Eudorus dans Troie et en Marc Antoine dans Empire. Ils incarnent respectivement le capitaine commandant la garde de Léonidas, et le conteur Dilios, qui aura un œil crevé mais - envoyé à Sparte comme messager - survivra à la bataille !
Rodrigo Santoro (Love Actually, un soap brésilien, et Charlie's Angel 2 : Full Throttle où il fait du surf avec Cameron Diaz) incarne un empereur Xerxès plutôt déconcertant tant par son costume de drag-queen sans commune mesure avec les représentations de Suse ou d'Ecbatane, qu'avec son facies négroïde, éloigné du Perse antique. N'y a-t-il pas là - à tout bien considérer - quelque dérision de la part de F. Miller ? L'Iran, l'Ayryana Vaejô, - fut le berceau des «Aryens» dont elle tire son nom; mais l'empire achéménide était pluriethnique, incluant des Africains (Egyptiens, Lybiens), des Sémites (Phéniciens, Syriens, Arabes) et bien sûr des Grecs d'Asie Mineure. Mais qu'importe ? Le portrait de Xerxès est conforme à celui que lui prête le roman graphique dont le film ne se veut rien de plus que le transfert cinématographique. Rodrigo Santoro nous a laissé quelques réflexions savoureuses sur son interprétation de Xerxès, sa taille, ses troubles de la personnalité : «Xerxès voulait montrer qu'il était le fils élu, même si ce n'était peut-être pas le cas. Je crois que derrière son apparence divine décrite par Frank Miller, avec sa voix aussi grave que le tonnerre, Xerxès cache un enfant faible, gâté et effrayé qui joue ce rôle démesuré pour se protéger. Je pense qu'il avait vraiment peur du monde qui l'entourait, mais qu'il était aussi très vaniteux et mégalomane. Selon mon interprétation de la BD de Miller et de son univers, Xerxès n'a rien d'humain. Il y a par exemple dans le roman graphique tout un paragraphe consacré à la description de sa voix. Elle était aussi grave que le tonnerre et douce que de l'huile chaude. C'était un individu imposant, qui mesurait plus de deux mètres. J'ai tenté de l'incarner non comme un simple humain, mais davantage comme une entité. Zack m'avait demandé de descendre ma voix au maximum afin d'obtenir la gravité vocale escomptée. Ma voix a ensuite été modifiée par ordinateur pour en parfaire encore l'effet» (22). Enfin, dans le rôle du félon Théron, il y a Dominic West, le père traumatisé de Mémoire effacée, également vu dans Le sourire de Mona Lisa.

 
300 - xerxes rodriguo santorio
L'Empereur perse Xerxès, tout percé de piercings. Surprenant ! (Frank MILLER & Lynn VARLEY, 300, Rackham éd., 1998). A droite, son interprète : l'acteur brésilien Rodrigo Santoro, à la ville.
Le film de Snyder (ci-dessous) a scrupuleusement respecté le look du roman graphique
300 - xerxes

2.2. De Frank Miller et de Sin City
Scénariste de Robocop 2 et 3, Frank Miller partage son activité entre les 7e et 9e arts. Dans le registre BD, on lui doit notamment Sin City et The Dark Knight Returns (une nouvelle mouture de Batman, qui inspirera un épisode de la saison 2 de The New Batman Adventures).
Sin City, la BD de Miller - tout comme son adaptation cinématographique par Robert Rodriguez avec la collaboration de Quentin Tarantino -, nous fait plonger dans un monde complètement désespéré et corrompu, où le crime fait la loi. Bruce Willis y incarne un vieux flic sur le point de prendre sa retraite mais qui veut aller jusqu'au bout de sa dernière enquête, en espérant que son cœur fatigué ne le lâchera pas avant. Son obsession : mettre hors d'état de nuire Roark jr, un serial-killer cannibale qui est aussi l'intouchable fils et le neveu de deux personnalités de la ville - le tout puissant sénateur Roark et son frère, ce dernier étant un cardinal catholique. Péripéties hallucinantes, giclement de sang... blanc (le film est en noir et blanc comme les cases de la BD, avec seulement quelques rehauts de couleur). Le flic-justicier descendra en Enfer, connaîtra de longues années de prison, mais remplira quand même sa mission; puis, unique témoin restant, il se logera une balle dans la tête afin d'éviter les représailles qui ne manqueraient pas de s'abattre sur la jeune fille qu'il a sauvée. Trois histoires, celles du détective John Hartigan (Bruce Willis), du paumé Marv (Mickey Rourke) et du repris de justice en cavale Dwight McCarthy (Clive Le Roi Arthur Owen), s'entrecroisent dans ce film. Elles coulent parallèles, avec la même logique et la même fin désespérée qui trouve sa source dans l'idée pessimiste que Miller - marqué, enfant, par le sacrifice de Léonidas dans le film de Rudolph Maté - se fait du héros. Un homme qui va jusqu'au bout de ce qu'il estime juste, sans se soucier d'en être récompensé, moins encore de la reconnaissance d'autrui. «J'ai compris que les vrais héros sont ceux qui sont prêts à combattre et mourir pour une cause, que cela leur apporte ou non les honneurs», affirme Miller (23). «J'ai toujours considéré que Marv, Batman et Léonidas incarn(ai)ent en quelque sorte le même archétype, la même vision de l'héroïsme. (...) Léonidas (...) a de l'humour (24), sans être pourtant un boute-en-train. Il a conscience de sa propre puissance, tout en demeurant quelqu'un de très sombre», renchérit son adaptateur et désormais complice Zack Snyder (25).

Les sources chaudes, qui donnèrent leur nom aux Thermopyles.
L'odeur nauséabonde de l'hydrogène sulfuré passait pour être celle des chairs putréfiées d'un illustre baigneur, Héraclès, attaquées par le venin vésicant du sang de l'Hydre de Lerne combiné avec celui du Centaure Nessos (Photo : Fotis Kerasaridis (c) 2007)

2.3. Universaux
Ce caractère sombre prêté à Léonidas par Miller est une caractéristique de la mythologie germanique, aussi ne nous surprendra-t-elle pas vraiment de la part d'un auteur WASP (le «mauvais» de Sin City est, comme par hasard, catholique !). Bien sûr, elle choquera quelque peu le lecteur/le spectateur du vieux continent, qui se fait une toute autre idée de la Grèce par ce beau mois d'août 480 - son ciel bleu soutenu; son soleil dévorateur que réverbère la pierre usée, polie; le crissement des cigales et la mer fluide, que domine la splendeur tranquille des monts Callidromos et Œta. C'est dans ces nauséabondes «sources chaudes», qui donnèrent leur nom aux Thermopyles, qu'Héraclès - l'aïeul de Léonidas - tenta d'apaiser le poison de l'Hydre de Lerne qui imprégnait la fatale tunique de Nessos. C'est là en face, sur le mont Œta, que le héros acheva son tragique destin, édifia son bûcher et, emporté sur le char de la déesse de la guerre, sa demi-sœur Athéna, monta dans les cieux rejoindre les dieux de l'Olympe. Sophocle en tirera le sujet de sa tragédie, Les Trachiniennes. Car, toute emplie de dieux jaloux du bonheur des mortels, la tragédie grecque sait elle aussi avoir les sombres, les pessimistes accents des épopées du Nord.

thermopyles

«A l'endroit appelé les Thermopyles, les monts Trachiniens rencontrent la mer. Une route longeait le littoral sur une longueur d'environ huit kilomètres, entre le flanc de la montagne et une falaise à pic sur la mer. Sur la plus grande partie de son sinueux parcours, le col avait environ soixante mètres de largeur, mais à chaque extrémité et sur une courte distance en son milieu, il se rétrécissait jusqu'à quatre ou cinq mètres. C'est à travers ce col que l'armée de Xerxès devait se diriger vers Athènes» (Roderick MILTON, Va dire à Sparte).
The Leonidas's last stand : en bas de la photo court, sous le mont Callidromos - dont on aperçoit la cime, en haut à droite -, la route Lamia-Athènes (de droite à gauche). Il y a 2.500 ans, la mer affleurait à la route; aujourd'hui les alluvions du Sperchios ont repoussé de quelques kilomètres le littoral du golfe Maliaque.
Au bord de la route, au milieu de la photo, se détache une butte nettement entourée par l'ocre d'un chemin : c'est le kolônos, le mamelon sur lequel furent exterminés à coups de flèches les derniers défenseurs des Thermopyles. Les fouilles archéologiques de 1939 y ont retrouvé quantité de pointes de flèches, dont des persanes à trois arrêtes. Quarante ans après la bataille, les ossements de Léonidas dont le corps sans vie y fut supplicié, furent ramenés à Sparte par Pausanias (PAUS., III (La Laconie), 14. 1).
C'est sur ce kolônos que se dresse actuellement le monument moderne commémorant la bataille d'août 480. Sous le Callidromos et derrière le mont Phricion s'ouvre - au centre de la photo -, plus sombre, «le défilé du Milieu», où serpente le fameux sentier d'Ephialtès (photo : Raymond V. SCHODER, La Grèce antique vue du ciel. Les sites archéologiques photographiés d'avion, Seghers, 1975)

Le thème développé par le film de Snyder est, somme toute, universel : «Le besoin de protéger ses terres, sa famille, ses enfants fait partie intégrante de la condition humaine. atteste le scénariste, Kurt Johnstad. (...) C'est une histoire aussi moderne qu'antique qui a été traduite à l'écran dans un style que je qualifierais d'assez proche du kabuki. Le film fonctionne à plusieurs niveaux, tant auprès d'un public masculin que féminin et quelles que soient les nationalités» (26).

A noter que, selon le site Infogrèce (25 août 2005), le film aurait pu être tourné en Grèce. En mars 2005, le ministre grec du Développement touristique, Dimitris Avramopoulos, en visite aux Etats-Unis, avait du reste rencontré le président de la Warner, Steve Papazian, et s'était déclaré optimiste pour que le tournage ait lieu dans son pays. Visiblement les majors américains n'ont pas attendu que l'administration grecque fasse ses offres. Mais n'y aurait-il pas eu alors conflit d'intérêt avec la vision esthétique de Frank Miller ?
Pour adhérer au «roman graphique», le film fut entièrement tourné dans un ancien hangar du chemin de fer, aux Icestorm Studios à Montréal (27). On pourrait s'étonner de voir tourner au Canada et en automne une histoire censée se passer pendant l'été, en Grèce. En fait, le film aurait pu être tourné n'importe où et en n'importe quelle saison. Sauf la séquence de l'arrivée à Sparte des ambassadeurs du Grand Roi, qui fut filmée en extérieur, tout fut réalisé en studio selon la technique du travelling matte, c'est-à-dire sur fond d'un blue screen.

300 - leonidas - blue screen

 

De la même manière que Sin City, des images de synthèse furent ensuite rajoutées à la post-production, afin de conserver la facture visuelle hyperréaliste et stylisée de la BD de Miller. Il s'agissait d'adhérer le plus fidèlement possible à la trame du roman graphique dont les dessins servirent de base au story-board, complétés par une série d'ajouts du cru de Snyder et de Johnstad, destinés à combler les ellipses du langage bédéique pour sa translation en scénario de film; par exemple, le développement du personnage de Gorgo, la reine de Sparte et épouse de Léonidas. Il fallait également tenir compte du fait que certaines attitudes conventionnelles, normales à l'intérieur du cadre d'une vignette statique, n'étaient pas jouables par un acteur en mouvement. «Par moment, Léonidas a des manières incroyables de se tenir ou de poser et j'ai essayé de les reproduire dans le film, déclarera Gerard Butler. Mais ça reste un comic book, et il fallait que je trouve un équilibre entre lui et l'authenticité, pour éviter des postures qui pourraient mener au ridicule» (28). Se mettre dans la peau du personnage ne fut pas non plus une sinécure, pour l'acteur écossais : «Mais petit à petit vous aimez ce roi. Même dans le livre. Vous respectez ce qu'il a vécu, les liens qu'il a tissés avec ses hommes, son combat pour sauver son peuple. Il a des principes honorables mais il est aussi féroce, un peu fou, vaurien, dangereux. C'est un aspect de lui que j'adore. Il est un héros qui expose les limites de la définition du héros au point que parfois on pense que les Perses sont les gentils et les Spartiates les méchants (...). Ce film représente, d'une façon très épique, ce que nous sommes prêts à sacrifier pour la vérité, pour nos croyances, notre foi, notre confiance envers ceux qui nous entourent. Il nous fait nous demander comment éviter les tentations de la vie pour suivre ces valeurs spirituelles. Et combien de gens on est prêt à tuer pour ça...» (29).

Pour respecter le travail du coloriste de la BD, les collaborateurs de Snyder créèrent un nouveau procédé de filtration des couleurs, baptisé le «crush», pour élaborer l'aspect visuel de son film et retrouver les couleurs et les contrastes des aquarelles de Lynn VarIey. Cette technique écrase littéralement le noir d'une image et rehausse la saturation des couleurs afin de modifier les contrastes (30). Plus simplement, en tant que spectateur, nous dirions que la tonalité sépia du film de Snyder renvoie aux vieux grimoires du passé, de ceux où le Père de l'Histoire consigna l'héroïque sacrifice de Léonidas. Un passé si lointain et, en même temps, si actuel...

Il est curieux de constater qu'à peu près en même temps que Zack Snyder attaquait son film, Clint Eastwood achevait, avec des choix chromatiques similaires, La mémoire de nos pères, consacré à la bataille d'Iwo-Jima envisagée d'un point de vue américain (l'année suivante [2007] il sortit Lettres d'Iwo-Jima, la même bataille du point de vue japonais). Le film a été photographié en couleurs virées noir et blanc (il n'y a pratiquement que les flammes des explosions ou des tirs qui soient en couleur) pour imiter les images d'archives, les images de la mémoire. Eastwood s'était basé sur les souvenirs de l'infirmier de la Navy, John «Doc» Bradley (31), un des «Marines» de la photo historique du hissage de drapeau, manipulé à des fins de propagande par les autorités US pour vendre au bon peuple les bons de guerre destinés à réalimenter la machine militaire américaine. Etonnant ce film d'anti-héros show-bizz concocté parallèlement à l'ultra-héroïque 300 ! On objectera que 300 est un film mythologique, bédéique ou autre chose d'approchant, dont l'action se situe il y a 2.500 ans, alors que La mémoire de nos pères touche des plaies non encore tout à fait cicatrisées outre-Atlantique. Il nous plaît de relever ici le constat : on peut lire régulièrement sur les blogs et forums que le spectateur moyen se moque de la précision historique, que seul l'entertainement l'intéresse... aussi répondrons-nous paisiblement qu'il y a 2.500 ans ou seulement 50, la guerre reste la guerre, et l'ultime sacrifice demeure l'ultime sacrifice. Ce qui compte, c'est qu'un spectacle ou une attitude donné(e) est proposé(e) aux spectateurs de 2007. Mais en quels termes ? Iwo-Jima ou les Thermopyles, quelle importance au fond ? Les hoplites spartiates sont des pros, comme le sont les membres de l'USMC. Ainsi, quand on leur demande qui ils sont, répondent-ils unanimement : «Waouh !» (32).

harry dickson 300 - spartiates

Dans l'Italie fasciste, le cri de guerre des Spartiates, devenu «Eia ! Eia ! Eia alalà...», fut emprunté aux Arditi de Gabrielle d'Annunzio, le grand poète nationaliste féru de grec, une sorte d'«Hip ! Hip ! Hip ! Hourra !» (Christian VANDERHAEGHE (sc. [d'après Jean RAY]) & Pascal J. ZANON (d.), Les Spectres Bourreaux (Harry Dickson/2), Bruxelles, Editions Art & B.D. (diffusion Dargaud), 1988).
Quand on leur demande qui ils sont, les Spartiates répondent unanimement : «Waouh !». Dans la BD originale de Miller, ils se contentaient de brandir leur lance, sans phylactère ou onomatopée. Aussi, n'est-ce pas innocent si les Spartiates de Snyder poussent ce cri de guerre typiquement US - et, du reste, fort impressionnant

3. La BD de Frank Miller

Pour les amateurs du Neuvième Art, branchés USA, 300 est une BD «culte», titulaire - nous l'avons dit - de plusieurs Eisner Award. Examinons les avis de Hoody et CœurDePat, sur le bédéique Bulle d'air.com, qui expriment particulièrement bien la fascination exercée par cette bande qui, dans son édition française chez Rackham (1998), bénéficia d'une mise en page des plus choisies, en format italien. Détachons-en quatre extraits.

3.1. Le récit
300, c'est du pur Miller, «très dur, à la limite du nazifiant (glorification du sacrifice, du courage au combat, de la mort de l'ennemi, patriotisme élitiste...)» (Hoody). «... Ce n'est pas le côté historique qui fait sa force. Non, sa force c'est sa dureté, l'esprit implacablement obstiné et résolu des Spartiates, cette obsession d'être un guerrier, d'être dur, fort. Cet aspect est rendu de façon si magistrale qu'on en est tout ébloui, même si on se dit (raisonnablement) que tout ça déborde un peu de testostérone...» (CœurDePat).

300 - leonidas

Le propre des héros mythologiques est de s'affirmer en terrassant féroces lions et sangliers monstrueux, taureaux furieux et sauvages cavales - quand ce ne sont des dragons. Mais à l'époque historique, le lion a disparu du Péloponnèse, aussi le futur «Lion de Sparte» devra-t-il se contenter d'un loup au cours d'un affrontement qui, par ailleurs, n'est pas sans rappeler le Tierkampf, le combat à mains nues contre un molosse, imposé aux élèves-officiers de la Waffen SS.
Pour cette séquence, les techniciens des effets spéciaux de 300 ont créé en animatronique un loup aux yeux rouges, dont la gueule exécute vingt mouvements différents

1.2. Le graphisme
«Visuellement c'est en effet superbe. Les couleurs, sombres, sont magnifiques et les jeux de lumière sont remplacés ici par d'abondants jeux d'ombre, souvent impressionnants» (CœurDePat).

«Dans 300, le rapport habituel scénario/dessin s'inverse et l'histoire (même si très sympa) n'est qu'un écrin pour un dessin somptueux, mais alors somptueux. Tout en très gros effets souvent sur toute une page, au programme: contrastes gargantuesques, contre-jours à gogo, mouvement de foules, etc. Le trait de Miller est unique, à la fois crade et gracieux.
Vous me direz, on a déjà vu pour
Sin City... Mais ici Miller est associé à Lynn Varley pour les couleurs (comme pour Dark Knight) et là c'est la claque! Il nous lâche des tons fins et chauds qui nous immergent tout de suite dans la Grèce et surtout il réalise avec ses encres un travail sur la «matière» bluffant et tellement réjouissant à l'heure de l'ordinateur.
Mention spéciale pour les ciels, enivrants à eux seuls»
(Hoody). Ah les ciels ! Tout un langage de sentiments et de passions ! Rappelons-nous les cieux tourmentés d'Autant en emporte le vent de Victor Fleming (1939). Souvenons-nous aussi de la scène d'Alexandre le Grand de Robert Rossen : Alexandre-Richard Burton invective les archontes athéniens sur fond d'un ciel courroucé. Contre-champ sur les archontes : un ciel serein, derrière eux, magnifie leur prudente sagesse.

frank miller

Nullement impressionné, Frank Miller compte les morts ! Dans son Modèle occidental de la guerre, Hanson parle du champ de bataille et d'empilements de cadavres sur plusieurs couches. L'hallucinant mur phocidien «reconstitué» par les Spartiates en empilant les cadavres ennemis est une de ces exagérations poétiques qu'il nous faut bien accepter, digne d'une épopée mythologique, et qui fait entrer 300 dans le registre lyrique de l'opéra. Mais qui s'est jamais soucié des libertés prises avec l'Histoire par les librettistes d'opéra ?

1.3. Les outrances
Parmi les scènes accessoires du comic book américain conservées pour le film, l'entraînement de Léonidas enfant, son combat avec le loup, et le meurtre du messager empalé aux Thermopyles. Le réalisateur a promis, et a tenu sa promesse, une adaptation fidèle du «roman graphique». On peut néanmoins regretter un trop grand respect de la sombre coloration heroic fantasy apportée par Miller à sa BD, les grosses brutes spartiates toutes baraquées comme des culturistes anabolisés, un panthéon religieux spartiate particulièrement trash qui trahit un regard judéo-chrétien rabique, et un empereur achéménide au visage criblé de piercings !

 

300 - leonidas

Léonidas. Un visage énergique qui n'est pas sans rappeler Russell Crowe-Gladiator. A noter que la rigueur historique voudrait que les Spartiates eussent les cheveux longs, divisés par une raie au milieu. En fait, dans le film de Snyder, ils les ont tous, flottant librement, sauf Léonidas qui les a nattés dans le cou. La moustache en revanche semble discutable : les éphores ne l'interdisaient-ils point (33) ? (Frank MILLER & Lynn VARLEY, 300, Rackham éd., 1998)
Au contraire du film de 1961, qui a éludé la scène, 300 ne craindra pas de montrer les Spartiates peignant paisiblement leur longue chevelure, affectant de mépriser la proximité d'une patrouille perse - l'anecdote est dans Hérodote

Suite…

NOTES :

(1) Anthologie grecque, II, "Epigrammes funéraires et épigrammes desriptives" (trad. Maurice Rat), Garnier, 1941, Remerciements à Fal. - Retour texte

(2) Cf. Cédric FLAMENT, «Thermopyles atomiques (Sous la Grèce, les muscles)», Vers l'Avenir (Belgique), mercredi 21 mars 2007, p. 20. - Retour texte

(3) Avec toutefois une avant-première le 9 décembre 2006 (Austin Butt-Numb-A-Thon). - Retour texte

(4) Le 25 mars 1821, Germanos, archevêque de Patras, donna le signal de l'insurrection qui aboutira à l'Indépendance de la Grèce (12 janvier 1822) et qui sera confirmée après d'âpres combats par le protocole de Londres, le 3 février 1830. Il faudra encore attendre deux ans avant que ne se constitue le Royaume de Grèce avec pour roi Othon de Bavière, fils de Louis Ier (8 août 1832). - Retour texte

(5) «Les Etats-Unis et la Grèce partagent une longue amitié construite sur des valeurs communes et un amour constant pour la Liberté.
En ce jour de l'Indépendance de la Grèce, nous soulignons les chaleureuses relations entre nos pays, nous reconnaissons les Grecs américains qui enrichissent notre société, et commémorons l'anniversaire de la Grèce moderne.
Les Grecs antiques ont confié à leurs citoyens le droit de gouverner, et ils croyaient en la force de la Liberté pour protéger la dignité humaine et les droits de l'Homme.
Plusieurs des Pères-Fondateurs de l'Amérique ont étudié l'histoire grecque et ont pris l'inspiration de ces idéaux démocratiques pour la création de notre Constitution.
Les fondateurs de la Grèce moderne ont eu l'appui fort de notre jeune démocratie quand ils ont déclaré leur indépendance en 1821, et nos nations se sont tenues comme alliés dans les principaux conflits du 20e siècle.
Aujourd'hui, nous continuons à défendre la liberté ensemble dans la guerre globale sur la terreur, car les forces armées américaines et grecques travaillent pour créer la base de la paix pour les générations futures.
En ce jour de l'Indépendance de la Grèce, et tout au long de l'année, nous célébrerons l'universalité de la Liberté et la résistance commune entre la Grèce et les Etats-Unis pour celle-ci.
Maintenant, par conséquent, moi, George W. Bush, Président des Etats-Unis d'Amérique, en vertu de l'autorité dont je suis investi par la Constitution et les Lois des Etats-Unis, proclame que le 25 mars 2007, jour de l'Indépendance grecque est jour national de célébration de la démocratie grecque et américaine.
J'invite tous les Américains à honorer ce jour par des cérémonies et des activités appropriées.»
(Texte original anglais sur le site Phantis, - traduction française d'après Info-Grèce.) - Retour texte

(6) Dans cet épisode, intitulé Seule contre tous (One Against an Army), sont allégrement confondus les batailles de Marathon et des Thermopyles, dont Xena interdit le franchissement en provoquant une avalanche... - Retour texte

(7) Qui l'en blâmerait ? - Retour texte

(8) HORACE, Odes, III, 2. 13. - Retour texte

(9) Ne nous y méprenons pas, la plupart des peuples de l'Antiquité, y compris les Athéniens et les Romains, ont mis à mort ou rejeté les enfants indésirés ou mal-formés. Ce qui n'empêcha pas Maurice Barrès, nationaliste et antisémite, venu en pèlerinage méditer sur les bords de l'Eurotas, de noter désabusé : «Et le culte de la race, s'il nous donne de secret d'une énergie et d'une aristocratie incomparables, nous explique aussi la décadence» (M. BARRÈS, Sparte - cf. Bibliographie). - Retour texte

(10) Les Carnéia était célébrées principalement à Lacédémone (Sparte) en l'honneur d'Apollon Carnéen - épithète tiré du fait que le dieu garda des troupeaux ou, selon d'autres, du nom d'un de ses favoris, le devin Carnus, compagnon des Héraclides de qui descendaient les deux familles royales de Sparte. «Ces fêtes commençaient le 13 du mois de Métagéinion [15 août-15 septembre], et duraient neuf jours, note N. Bouillet, pendant lesquels neuf hommes de trois tribus différentes vivaient sous neuf tentes aux dépens du trésor public, afin d'imiter la vie militaire et la discipline observée dans les camps. Cette fête était suivie d'un concours de musiciens, dont les vers étaient appelés carnéens - Retour texte

(11) Lorsque les ambassadeurs du Grand Roi vinrent en Grèce demander la terre et l'eau, la plupart des cités oligarchiques comme les béotiennes Thèbes et Orchomène se soumirent. La sujétion au Grand Roi ne leur était nullement odieuse, puisque les cités grecques d'Ionie soumises aux Achéménides, qui avaient des régimes oligarchiques, s'en trouvaient bien. C'étaient les éléménts démocrates qui, avec l'aide d'Athènes et d'Erétrie, avaient tenté le secouer le joug des «tyrans» - ce qui causa les Guerres médiques, en représailles.
Seuls les démocratiques Athéniens osèrent égorger les ambassadeurs, tandis que les aristocratiques Spartiates les précipitaient dans un puits. C'était-là un manquement élémentaire à l'immunité attachée à la fonction des hérauts, mais il n'était pas rare - dans l'Antiquité - que les porteurs de mauvaises nouvelles fussent mis à mort.
Semblablement, lorsque l'empereur de Chine, le Mongol Kublaï Khan, envoya un ambassadeur exiger la soumission des Japonais, ceux-ci le mirent à mort, débitèrent délicatement son corps en innombrables morceaux qu'ils renvoyèrent à son maître dans autant de coffrets précieux. Ah ! la délicatesse orientale ! - Retour texte

(12) C'est Wikipedia qui attribue le nom d'«Artémis» au capitaine. La BD de Miller, ni le film, ni la documentation de presse ne lui attribue un nom. - Retour texte

(13) En fait, c'est en 491, à l'orée de la Première guerre médique et de la bataille de Marathon, que Spartiates et Athéniens massacrèrent les ambassadeurs perses. Pour des raisons scénaristiques, F. Miller s'est permis un raccourci en en attribuant le meurtre à Léonidas, qui à l'époque n'était pas roi.
Par la suite, les Spartiates regretteront amèrement leur impie geste d'humeur et enverront au Grand Roi deux nobles citoyens chargés d'expier le crime de leur patrie. Avec une réelle grandeur d'âme, Darius les renverra en se refusant à imiter les Spartiates dans leurs iniquités. - Retour texte

(14) En revanche - et en dépit de son traitement infographique -, on tiendra la tempête pour authentique. A la hauteur du cap Sépias (sur le versant égéen du mont Pélion), elle sévit trois jours durant, dispersant la flotte perse et lui détruisant 400 unités et les approvisionnements qu'elle portait, la contraignant en outre à trouver refuge dans le golfe Pagasétique.
Hérodote et Polyen (dans ses Stratagèmes) décrivent un véritable ouragan, lié aux vents étésiens de la mi-août. «L'horizon était donc dissimulé par les nuages qui s'étaient amoncelés, et, dans la voûte nébuleuse du firmament, (...) la région des Thermopyles était ébranlée par le tonnerre et striée d'éclairs...», résume A. DASKALAKIS (Problèmes..., p. 117). Cette tempête, précéda de quelques jours la bataille proprement dite (qui elle aussi en dura trois); à ce moment, les Grecs avaient déjà pris position dans le défilé. Et, selon l'auteur des Stratagèmes, Léonidas aurait eu beau jeu de regonfler le moral de ses troupes en présentant ce déchaînement des forces de la nature comme la manifestation de la volonté divine, favorable à la cause grecque. - Retour texte

(15) SAINT-LOUP, Les Hérétiques, Presses de la Cité, 1965, p. 41. - Retour texte

(16) Dans la Waffen SS... «on danse devant le buffet. Les Miliciens ont fait connaissance avec le renard de la Sparte hitlérienne qui ronge pour maintenir au centre de chaque homme une notion de vide» (Op. cit., p. 159). «Des sections entières manquent de brodequins. Elles manœuvrent, dans la neige, avec des planchettes attachées sous les pieds par un réseau de ficelle ! Les garçons perdent encore quelques kilos (...). C'est Sparte, revue et corrigée par la misère de l'Allemagne» (Op. cit., p. 37). - Retour texte

(17) SAINT-LOUP, Op. cit., p. 243. - Retour texte

(18) Clin d'œil de Snyder à son précédent film L'Armée des Morts. - Retour texte

(19) Night of the Living Dead (1968). - Retour texte

(20) Les Anglo-Saxons distinguent la BD courante (comics) de la graphic novel qui s'applique à des productions plus ambitieuses destinées le plus souvent à un public adulte. - Retour texte

(21) Et, en 2000, le «Will Eisner Award» de la meilleure conception graphique pour Mark Cox (Dark Horse). - Retour texte

(22) Dans L'Écran fantastique, n 274. - Retour texte

(23) F. Miller interviewé par Staci Layne WILSON (trad. : Yann LEBECQUE), L'Écran Fantastique, n 274, mars 2007, pp. 24 et 33. - Retour texte

(24) Quand Xerxès tente de convaincre Léonidas de passer dans son camp, les civilisations grecque et perse ayant tant de choses à s'apporter mutuellement, Gerry Butler-Léonidas répond pince-sans-rire : «Depuis ce matin, nous faisons des échanges... culturels» (N.d.M.E.). - Retour texte

(25) Z. Snyder interviewé par Staci Layne WILSON, L'Écran Fantastique, n 274, mars 2007, p. 25. - Retour texte

(26) K. Johnstad, interviewé par Staci Layne WILSON, L'Écran Fantastique, n 274, mars 2007, p. 27. - Retour texte

(27) Début 2005, Darren Aronofsky y avait tourné des scènes de The Fountain avec Hugh Jackman; et Bruce Willis et Morgan Freeman y étaient également passés pour Lucky Number Slevin. Les studios de Montréal devaient encore accueillir, fin 2005, Sunrise, une production 20th Century-Fox bénéficiant d'un budget de 140 millions USD, avec Stephen Sommers comme réalisateur. - Retour texte

(28) Ciné Live, n 110, p. 31. - Retour texte

(29) Ciné Live, n 110, p. 31. - Retour texte

(30) V. TROUILLET, Ciné Live, n 110, mars 2007, p. 29. - Retour texte

(31) ... rédigées par son fils : James BRADLEY & Ron POWERS, Mémoires de nos pères, Movie Planet éd., 2006. - Retour texte

(32) Ou «Ah-ouh !» ? Repassant la superbe mini-série Nord et Sud, épisode 4, nous pouvons voir en les mêmes circonstances, à l'interpellation : «Pour la sauvegarde de la Nation !», les cadets de West-Point brandir leurs fusils en poussant le même «Waouh !»
Dans la BD de Miller, ils se contentent de brandir leur lance, sans phylactère ou onomatopée. Aussi, ce n'est pas innocent si les Spartiates de Snyder poussent ce cri de guerre typiquement US - et, du reste, fort impressionnant. Nous savons que celui des Spartiates et des Grecs en général était beaucoup plus modulé : «Alalala !» (que dans Les Oiseaux, le Coryphée vocalise «Eléléleu» [ARISTOPHANE, Ois., 364]). Cette onomatopée a du reste généré, en grec, le substantif alalagma «cri de guerre» (HDT., VIII, 37) et le verbe alalazô «pousser le cri de guerre» (XÉN., Anab., V, 2. 14; VI, 5. 27 etc.). «Eleleu ! Iou ! Iou !» était aussi un cri d'allégresse poussé notamment à Athènes pendant les Oschophories, fête des vendanges associée au retour de Crète de Thésée (PLUT., Thés., XXII [ou XXVI, dans l'édition Pléiade]). - Retour texte

(33) Les Spartiates - coquetterie ou soumission - semblent s'être rasé la lèvre supérieure, si l'on en croit un curieux passage de PLUTARQUE, citant ARISTOTE (PLUT., Agis et Cléomène, XXX (dans la trad. Lazarus, 1950) ou XXXIII (trad. Jacques Amyot, Pléiade). - Retour texte